15 mai 2018

[L’Avenir de l’Artois] Scandale judiciaire chez les religieux du Village d’enfants de Riaumont

SOURCE - L’Avenir de l’Artois - 9 mai 2018

Liévin. Un juge de Béthune enquête sur deux enseignants. L’ancien prieur aurait consulté des images à caractère pédopornographique. L’affaire est révélée par nos confrères du Point
L’ESSENTIEL
  • L’hebdomadaire Le Point révèle, le 2 mai, un scandale de pédophilie qui touche la communauté traditionaliste de Riaumont. Le père Alain, prieur en 2016, qui a quitté ses fonctions, serait inquiété par la justice pour consultation de fichiers pédopornographiques. 
  • L’information judiciaire ouverte cherche à savoir si des pratiques illégales ont eu lieu dès les années 1990.
  • Le Village d’enfants est une institution religieuse éducative. Elle accueille des adolescents et dispense un enseignement essentiellement technique.
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Plus que jamais, la présomption d’innocence est de rigueur. Car les accusations de pédophilie, portées par nos confrères du Point dans leur article du 2 mai, sont lourdes. Elles portent sur plusieurs religieux ayant exercé au Village d’enfants de Riaumont, dont le père Alain, encore prieur en 2016. Des faits distincts, remontant aux années 1990, forment un second volet dans cette affaire.

Le père Alain, ancien professeur d’anglais, se voit reprocher par la justice d’avoir consulté sur son ordinateur des images à caractère pédopornographique.

Le père Jean-Pierre Argouarc’h, ancien prieur redevenu « simple religieux » confirme : « Oui, le père Alain s’est rendu sur ce site web, reconnaît-il, mais aucun acte pédophile ne lui est reproché ». Il s’étonne aussi « de ne pas encore avoir été entendu par la justice alors que j’étais prieur » dans les années 1990. « À cette époque, rien ne m’avait été remonté. »
DES RELIGIEUX ABASOURDIS
Le religieux se dit abasourdi par le scandale qui éclate en mai 2017. Le père Hervé, parle de « sa souffrance » de voir le Village d’enfants ainsi traîné dans la boue et tout le travail d’une équipe remis en question. « Il faut pourtant que l’enquête se fasse et que la justice passe. Le Village d’enfants ne pourra être lavé dans son honneur qu’à ce prix. Et si des choses graves se sont produites, la condamnation sera sévère.»

Aussi sévère que l’éducation dispensée à des enfants souvent difficiles, « parfois placés chez nous par la justice alors que la prison les attend.»
ENQUÊTE NATIONALE ET 200 TÉMOINS ENTENDUS
Le Village d’enfants de Riaumont n’est pas une maison de redressement, même si les principes scouts prônent une éducation à la dure, avec parfois des travaux et punitions qui n’ont plus cours dans l’Éducation nationale. Une pédagogie coercitive envers des enfants en échec total devant le système scolaire classique et en route vers la délinquance.
   
L’information judiciaire est toujours en cours à l’échelle nationale. 200 anciens pensionnaires ont déjà été entendus. « Beaucoup de témoignages sont très favorables », confie le père Argouarc’h. Reste donc à savoir ce que contient effectivement le dossier sur les pratiques ayant eu cours entre 1990 et 2016.
   
B. H.

Contactés à plusieurs reprises, le père Alain et son avocat maître Bodereau, n’ont pu être joints.
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Pédophilie ou enseignement à la dure?
Ce n’est pas la première fois que le Village d’enfants se retrouve dans le collimateur de la justice. En 2001, Romain, 14 ans, avait été retrouvé pendu. Mais l’enquête sur le suicide avait abouti à un non-lieu. Pourtant, à l’époque, les méthodes d’enseignement sont clairement remises en question. Lors de notre visite en 2016, le père Alain n’avait pas caché le caractère propre de l’établissement, qui n’est pas sous contrat avec l’État. Les élèves, en plus de leur formation, doivent accomplir des travaux domestiques, s’occuper du potager, participer à des activités religieuses et des camps scouts. « Mais rien humiliant car cela serait contre-productif. Un enfant doit sentir qu’on l’aime », explique le père Hervé. « Dur, mais juste » serait en résumé le projet pédagogique. « Par exemple, on raconte qu’on faisait mettre les enfants à genoux sur une règle. Rien n’est plus faux », tonne le père Argouarc’h. Les résultats obtenus sont excellents : beaucoup d’enfants repartent avec un diplôme sous le bras. Et des souvenirs douloureux ? Certains nous ont confié en 2016 que la discipline n’était pas toujours facile à accepter. Elle semble même de plus en plus en décalage avec la société actuelle. Il n’en reste pas moins que certains anciens pensionnaires se plaignent d’attouchements d’un professeur, notamment à l’infirmerie dans les années 1990. Certaines auscultations auraient pu se transformer en caresses. Réalité ou vengeance tardive d’anciens élèves ?