29 mars 2018

[FSSPX Actualités] François sur les pas du Padre Pio

SOURCE - FSSPX Actualités - 28 mars 2018

En déplacement à Pietrelcina et San Giovanni Rotondo le 17 mars 2018, le pape François a invité les fidèles à se mettre à l’école du Padre Pio et a dénoncé le fait que de nos jours les enfants mal formés soient rejetés « avec un raffinement de cruauté qui n’a rien à envier à l’antique cité de Sparte ».

Un des temps forts du voyage pontifical fut la visite de l’hôpital fondé par le capucin sous le nom de « Maison du soulagement de la souffrance ». François a pu franchir le seuil du département d’oncologie-hématologie pédiatrique et rencontrer dix-huit enfants malades.

Après sa visite à l'hôpital, le Saint-Père s’est recueilli devant la dépouille du Padre Pio. Celle-ci demeure dans un état de conservation exceptionnel. Sur la châsse en verre, le pape a déposé une étole pastorale. Le vicaire du Christ a ensuite célébré la messe devant 30.000 fidèles. Dans son homélie, François a appliqué trois leçons tirées des textes liturgiques au saint de Pietrelcina.
Un modèle pour adorer Dieu dans la prière
D'abord la prière. Padre Pio fut un modèle de persévérance dans la prière, et il encourageait ses nombreux visiteurs à ne jamais se lasser de prier beaucoup. La prière n'est pas seulement ni d'abord une demande pour obtenir la satisfaction d'un besoin, un « appel d’urgence » ou un « tranquillisant à prendre à doses régulières, pour se soulager du stress », mais premièrement le moyen d'adorer et de louer Dieu. François a déploré que la prière d'adoration ait été mise de côté. - à qui la faute ? La pauvreté liturgique actuelle n'est-elle pas responsable en bonne partie de l'abandon de l'esprit de vérité et d'adoration dans le culte rendu à Dieu ?

Le Padre Pio fonda des groupes de prière pour encourager les fidèles du monde entier. Il leur expliquait lors d'un Congrès, en 1966 : « C’est la prière, cette force unie de toutes les âmes bonnes, qui fait bouger le monde, qui renouvelle les consciences, […] qui guérit les malades, qui sanctifie le travail, qui élève les soins de santé, qui donne la force morale, qui répand le sourire et la bénédiction de Dieu sur toute langueur et toute faiblesse ».
Un modèle pour protéger les petits et les humbles de ce monde
Ensuite la petitesse, c'est-à-dire l'humilité du cœur et de l'esprit. Dieu se révèle aux petits, à ceux qui ne sont pas pleins d'eux-mêmes. A l’exemple du Padre Pio, il faut vivre dans l’humilité, car « le cœur des petits est comme une antenne qui capte le signal de Dieu, (…) mais lorsqu’on est rempli de sa superbe, il n'y a pas de place pour Dieu ». D’ailleurs, a ajouté le pape, « le mystère de Jésus, tel que nous le voyons dans l'hostie à chaque Messe, est un mystère de petitesse, d'amour humble, et ne peut être saisi qu'en se faisant petit et en assistant les petits ».

Padre Pio fonda la Maison du soulagement de la souffrance pour venir en aide aux malades et aux plus fragiles. Le pape en a profité pour dénoncer « les prophètes de la mort de toute époque, même d’aujourd’hui, qui rejettent le peuple, rejettent les enfants, les personnes âgées, parce qu’ils sont inutiles. » Et de rapporter ce souvenir d'enfance : « à l’école, on nous enseignait l’histoire des spartiates. J’ai toujours été frappé par ce que nous disait la maîtresse : quand un petit garçon ou une petite fille naissait avec des malformations, ils l’emmenaient au sommet de la montagne et le précipitaient en bas ». L'application est aisée : « nous faisons de même, avec plus de cruauté, avec plus de science. Ce qui n’est pas utile, ce qui ne produit pas doit être jeté. C’est la culture du rebut ; aujourd’hui, on ne veut pas des petits. Et c’est pour cela que Jésus est laissé de côté ».
Un modèle de vraie sagesse
Enfin la sagesse. Le Padre Pio a vécu de la vraie sagesse, celle de « la charité animée par la foi » qui triomphe du mal « par l'humilité, par l'obéissance, par la croix, offrant sa souffrance par amour ». Ayant « offert sa vie et ses innombrables souffrances », le saint de Pietrelcina « était un apôtre du confessionnal » parce que c'est là que pour la plupart « commence et recommence une vie sage, aimée et pardonnée. » C’est là que commence la guérison du cœur, a conclu François, déplorant que « tout le monde l’admire, mais que bien peu nombreux sont les chrétiens qui l’imitent ». Et de résumer son hommage au Padre Pio : « Les groupes de prière, les malades de la Maison du Soulagement, le confessionnal ; trois signes visibles qui nous rappellent trois précieux héritages : la prière, la petitesse et la sagesse de la vie ».

Un aspect de la vie du Padre Pio qui n'est pas mis en avant est sa grande défiance vis-à-vis du parfum des nouveautés qui envahissait l'Eglise à la faveur du concile Vatican II. Ce saint religieux se méfiait de l'aggiornamento conciliaire et craignait qu'il produise l'abandon de l'authentique vie franciscaine. Le 3 septembre 1965, en la fête de saint Pie X, il obtenait la permission de continuer à célébrer la messe en latin et de ne pas se plier aux nouvelles règles liturgiques, annonciatrices du nouveau rite qui devait être promulgué quatre ans plus tard. « Jusqu'à la fin de sa vie, écrit le Père Jean Derobert, Padre Pio aura célébré la Messe tridentine, celle de son ordination ».

En 1968, au général des capucins venu lui confier le Chapitre général réuni pour appliquer le Concile, il répondra en s'agaçant : « Ce ne sont que bavardages et ruines ! » Quatre mois plus tard, il écrivait au pape Paul VI, le 12 septembre 1968 : « Je prie le Seigneur que l'ordre des capucins continue dans sa tradition de sérieux et d'austérité religieuse, de pauvreté évangélique, d'observance de la règle et des constitutions, tout en se renouvelant dans la vitalité et l'esprit intérieur selon les directives du concile Vatican II » (cf. Mgr Tissier de Mallerais, Marcel Lefebvre, une vie, pp. 391-392). Pieusement décédé le 23 septembre 1968 à San Giovanni Rotondo, il n'eut pas à connaître la nouvelle messe ni les déchirements de l'adaptation au monde voulut par le Concile : abandon de la vie religieuse, des traditions de son ordre et de la règle qu'il chérissait tant.

La veille de sa mort, il avait célébré son ultime messe – celle du cinquantenaire de ses stigmates qui le configurèrent, sa vie durant, à la divine Victime qu'il offrait quotidiennement à l'autel.

28 mars 2018

[Jérôme Bourbon - Rivarol] Nos deuils: Monsieur le Curé Jean Siegel (1925-2018)

SOURCE - Jérôme Bourbon - Rivarol - 28 mars 2018

Monsieur l’Abbé Jean Siegel a rendu son âme à Dieu, au soir du 23 mars, vendredi de la Passion et fête de Notre-Dame des Sept Douleurs. Né en 1925, ordonné prêtre en 1949, il était depuis 1955 curé de Thal-Druligen (Bas-Rhin). Dans la paroisse qui lui fut confiée, il se montra fidèle à la célébration de la sainte Messe, tant que ses forces le lui permirent, jusqu’en novembre dernier.
    
Fidèle rivarolien (il attendait chaque semaine avec impatience notre hebdomadaire qu’il dévorait), le curé de Thal a toujours refusé de célébrer « la messe de Luther » et il refusait également de reconnaître l’autorité et la légitimité des occupants du siège de Pierre depuis la mort de Pie XII (il était non una cum au canon de la messe). Monsieur le curé professait publiquement des positions intégralement sédévacantistes, n’adhérant ni à la position doctrinale de la FSSPX, ni à la thèse de Cassiciacum.
Démis de ses fonctions par l’“évêque” moderniste de Strasbourg en 1978 qui lui avait supprimé son traitement à la suite de sa fidélité à la foi catholique et à la messe traditionnelle, il s’était inscrit à l’ANPE et avait réussi à conserver, avec l’appui de ses paroissiens, sa charmante petite église villageoise et sa modeste cure au prix d’un courageux bras de fer avec l’“ordinaire” du lieu.
   
Vivant de manière spartiate (il n’avait ni téléphone ni ordinateur), faisant lui-même son jardin potager, jeûnant plusieurs fois la semaine, ce curé de campagne à l’ancienne est resté toute sa vie fidèle au service du Bon Dieu et de ses paroissiens. Il accueillait toujours avec bonhommie, gaieté et générosité ses visiteurs, leur servant un bon petit verre de vin blanc autour d’une table conviviale.
   
Lorsqu’on allait le voir dans cette oasis, on avait le sentiment que le temps s’était arrêté. Il était en effet resté intégralement fidèle au mode de vie et de pensée de nos aïeux, de ce peuple paysan pieux, travailleur, courageux, lucide, dur au mal et plein de bon sens.
   
Avec lui c’est à la fois un valeureux combattant de la foi et un pan de la France traditionnelle qui disparaissent. Et cela nous rend infiniment triste car nous nous sentons vraiment orphelins dans ce monde apostat si effrayant, si mensonger.
    
Que Dieu accueille son humble et fidèle serviteur dans son paradis. Requiescat in pace.

26 mars 2018

[Abbé Paul Robinson, fsspx - Holy Cross Seminary] L'intégrité de Monseigneur Lefebvre

SOURCE - Holy Cross Seminary - version originale en anglais - 1er janvier 2018

Dans cet article, Monsieur l’abbé Paul Robinson se demande si Monseigneur Marcel Lefebvre changea sa politique sur les relations avec Rome après les consécrations de 1988. L'auteur est prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, professeur au Séminaire de la Sainte-Croix, à Goulburn en Australie. L'original de cet article est en anglais ; il est consultable ici et .
Introduction
Monseigneur Marcel Lefebvre est connu pour avoir été, tout au long de sa vie, un homme d'une grande intégrité. Il était inébranlable dans ses principes, honnête dans toutes ses transactions, et charitable à l'excès. Parmi les idées fondamentales qui le guidaient, il y avait les notions catholiques d'autorité et d'obéissance, qui dirigeaient sa prudence héroïque, dans les nombreuses décisions difficiles qu'il avait à prendre dans ses relations avec Rome.

Certaines personnalités semblent cependant nier le fait que Monseigneur Lefebvre était un homme intègre de principe dans ses idées sur l'Église et dans ses relations avec les autorités romaines. Les uns l'accusent d'avoir tenu des principes contradictoires, d'autres d'avoir changé ses principes après les consécrations épiscopales.

Cet article tente de défendre sa réputation en considérant la position de Monseigneur Lefebvre et en montrant qu'il ne l'a jamais changée. Nous examinerons d'abord la notion d'autorité chez Monseigneur Lefebvre et comment cette notion a influencé son attitude envers les autorités romaines. Ensuite, nous montrerons que les consécrations épiscopales de 1988 n'ont pas amené Monseigneur Lefebvre à changer ni ses principes, ni leur application.
Les principes de Monseigneur Lefebvre en matière  d'autorité
La manière la plus utile de considérer les principes de Monseigneur Lefebvre en matière d'autorité est de comparer trois positions différentes concernant l'autorité de la Hiérarchie post-conciliaire, où une majorité d'hommes d'Eglise a été plus ou moins infectée par le modernisme. Ces trois positions sont les suivantes:
  1. Une hiérarchie moderniste n'a pas d'autorité ;
  2. Une hiérarchie moderniste a une autorité illimitée ;
  3. Une hiérarchie moderniste exerce légitimement l'autorité quand elle commande selon la foi, mais n'exerce pas légitimement son autorité quand elle commande contre la foi.
La première position juge l'autorité sur la base des personnes. Si la personne utilise mal son autorité ou est en déroute dans la théologie, alors elle perd son poste. Elle ne possède plus aucune autorité. C'est une manière protestante de juger l'autorité, et le camp sédévacantiste penche vers cette notion d'autorité.

La deuxième position juge l'autorité uniquement sur la base de la fonction. Si une personne occupe un certain poste, alors il faut faire tout ce qu'elle dit. Les catholiques néo-conservateurs penchent dans cette direction, car ils soutiennent que le pape doit être suivi aveuglément, à moins qu'il ne commande quelque chose de manifestement peccamineux, comme la commission d'un meurtre.

La troisième position correspond à la notion catholique d'autorité et était celle de Monseigneur Lefebvre. Il a jugé l'autorité à la fois selon la fonction et les personnes. Ceux qui occupent un poste reçoivent leur autorité de Dieu et continuent d'exercer légitimement cette fonction, même lorsqu'ils abusent de leur autorité. Une distinction doit cependant être faite dans la manière dont les autorités utilisent leur pouvoir. Si celui qui commande exige quelque chose qui est moralement licite, alors il doit être obéi ; s'il commande quelque chose qui est contre Dieu, alors il agit en dehors de son autorité et on doit lui désobéir. C'est la position catholique en matière d'obéissance qui vaut pour toutes les situations.

La conformité ou la discordance d'un commandement aux lois de Dieu, est alors ce qui dicte le devoir d'obéir ou de désobéir à l'autorité qui commande. Quand les subordonnés sont confrontés à un cas manifeste où ceux constitués en autorité commandent ce qui est une offense à Dieu, ils doivent désobéir; sinon, ils doivent obéir.
Références au principe 
Monseigneur Lefebvre a constamment appliqué la notion catholique d'obéissance tout au long de sa vie. Cela était particulièrement vrai à l’égard de l'autorité de l'Église. Nous illustrons cette affirmation par deux exemples : l’un d’obéissance à l'autorité quand celle-ci n’en abusait pas et un exemple de désobéissance à l'autorité quand celle-ci en a abusé.

Le premier exemple : Monseigneur Lefebvre a fait face à une crise dans le district des États-Unis. Certains de ses prêtres, dont le recteur du séminaire, monsieur l’abbé Donald Sanborn, refusaient d'utiliser le missel de 1962, argumentant que ce missel avait été promulgué par un pape moderniste, Jean XXIII. C'était un cas classique où la personne exerçant l'autorité (le pape Jean XXIII) est regardée, sans considérer s'il utilisait bien ou mal son autorité.

Monseigneur Lefebvre s’opposait à un tel positionnement argumentant qu’il n'y a rien dans le missel de 1962 qui constitue un danger pour la foi. Donc la FSSPX n'a ​​aucune raison de le refuser. Comme il l'expliquait aux séminaristes américains de l'époque, il ne faisait, dans cette décision, qu'appliquer le principe de l'Église :
Le principe de l'Église est le principe de saint Thomas-d'Aquin ... Alors, que dit Saint Thomas-d'Aquin à propos de l’autorité dans l'Église? Quand pouvons-nous refuser quelque chose venant de l'autorité de l'Église ? Seulement quand la foi est en jeu. Seulement dans ce cas. Pas dans d'autres cas. Seulement quand la foi est en jeu. (1)
Le deuxième exemple concerne la désobéissance à une autorité qui abuse de son pouvoir. Monseigneur Lefebvre a exprimé le principe sur cette question, en 1978:
L'obéissance présuppose une autorité qui donne un ordre ou qui édicte une loi. Les autorités humaines, même celles qui sont instituées par Dieu, n'ont d’autorité que pour atteindre la fin assignée par Dieu et pour ne pas s'en détourner. Quand une autorité utilise le pouvoir en opposition à la loi pour laquelle ce pouvoir lui a été donné, une telle autorité n'a pas le droit d'être obéie et il faut y désobéir. (2)
Dix ans plus tard, Monseigneur Lefebvre a cité le même principe en vue d’expliquer la consécration de quatre évêques contre la volonté des autorités romaines. Rome ne permettait pas à la FSSPX de continuer comme elle l'était. Or continuer ainsi était nécessaire pour garder la foi. Ainsi, la consécration de quatre évêques était une «opération de survie», une étape drastique nécessaire pour maintenir la foi. En ce cas, c’était justifié, même si cela était contraire à la volonté des autorités romaines. (3)
Application à la crise
Revenons aux trois positions en matière d'autorité énoncées ci-dessus pour voir comment elles sont appliquées à la décision prudentielle de savoir si l'on devrait ou non être sous l'autorité d'une hiérarchie moderniste:
  • Les sédévacantistes : les modernistes n'ont pas d'autorité. C'est pourquoi il ne faut pas se soumettre aux autorités de Rome de quelque manière que ce soit tant qu'ils ne reviennent pas à la Tradition. 
  • Néo-conservateurs : les modernistes ont toute autorité. C'est pourquoi il faut se placer sous qui que ce soit qui a autorité, peu importe ce que ces autorités commandent. 
  • Monseigneur Lefebvre: Les modernistes exercent légitimement l'autorité quand ils commandent selon la foi, c'est pourquoi on devrait se soumettre à l'autorité de Rome quand on peut être assuré de garder sa foi catholique. La base de cette assurance, dans le cas de la FSSPX, serait l'exemption de l'influence moderniste, par l'octroi d'une entité distincte, telle une prélature personnelle. Si la FSSPX obtenait une reconnaissance canonique « telle quelle est», elle serait laissée telle quelle, tout en étant sous l'autorité romaine, et serait ainsi capable de garder la foi.
Il devrait être clair que la position de Monseigneur Lefebvre était tout à fait conforme à la notion catholique d'autorité. Il devrait également être clair que ses décisions prudentielles concernant la régularisation de la FSSPX sous une hiérarchie moderniste étaient simplement une application de cette notion. Ainsi, il était un homme d'intégrité dans ses principes et dans leur application.

Voyons maintenant les objections contre cette position. La première objection est d’affirmer que les principes de Monseigneur Lefebvre étaient incohérents et la seconde d’affirmer qu'il les a changés après les consécrations de 1988.
L'objection de principes contradictoires 
En 1994, onze ans après avoir été expulsé de la Fraternité Saint-Pie X, l’évêque sédévacantiste Donald Sanborn a écrit un article intitulé «Les Montagnes de Gelboe» (4). Il persiste à dire que Monseigneur Lefebvre n'était pas un homme de principes. Si l’argument de l’auteur était mis en syllogisme, il se présenterait comme suit :

Majeure : pour un homme de principes, il n'y a que deux positions possibles à tenir dans cette crise:
  • la ligne dure : rejeter l'autorité de l'Eglise post-Vatican II et maintenir la foi
  • la ligne molle : accepter l'autorité de l'Eglise post-Vatican II et compromettre la foi. (5)
Mineure : Or Monseigneur Lefebvre voulait accepter et être sous l'autorité de l'Eglise post-Vatican II (ligne molle), et il voulait maintenir la foi traditionnelle (ligne dure).

Conclusion: Par conséquent, il n'était pas un homme de principes fixes.
Il est évident ... qu'il y avait deux côtés opposés chez Monseigneur Lefebvre, capable de dicter sa propre théorie et sa propre ligne de conduite distincte et contradictoire. (6)
En tant qu'homme de foi, Monseigneur Lefebvre était d’une ligne dure ; en tant qu'homme d'Église, en tant que diplomate, il était un adepte d’une ligne molle. En tant qu'homme de principes, il n'était ni l'un ni l'autre. En tant que tel, il n'était pas un homme de principes du tout.
Donc, à son Chapitre Général de 1994, la FSSPX aurait dû :
  • reconnaître que son fondateur avait des idées préconçues, mais qu'il était, au fond, un sédévacantiste,
  • rejeter la fausse ecclésiologie de Monseigneur Lefebvre qui reconnaît l'autorité du pape et accepte la vraie ecclésiologie de ligne dure, (7)
  • dénoncer la hiérarchie conciliaire comme hérétique,
  • abandonner toutes les tentatives de régularisation.
Réfutation 
Monseigneur Sanborn semble avoir du mal à comprendre les principes supérieurs par lesquels Monseigneur Lefebvre opérait et propose ainsi un faux dilemme (8) (Cf. Conférence du 5 novembre 1983, New York). Pour lui, il faut soit accepter entièrement l'autorité, soit la rejeter complètement si l'on veut avoir des principes cohérents. Il ne voit pas qu'il existe un troisième scénario dans lequel il est possible d'être cohérent : accepter l'autorité d’une part et la rejeter d’autre part.

Il est vrai qu'il est contradictoire de soutenir que l'autorité doit être à la fois obéie et désobéie sous le même rapport. Mais Monseigneur Lefebvre a soutenu l’obéissance aux autorités post-conciliaires d’une part, dans ce qui ne constitue pas un danger immédiat pour la foi, et la désobéissance d’autre part, dans ce qui constitue un danger immédiat pour la foi. Aucune contradiction n'existe dans une telle obéissance, mais c'est plutôt la définition même de l'obéissance catholique vertueuse.

Une fois que nous réalisons que Monseigneur Lefebvre a obéi au Pape comme Pape mais ne lui a pas obéi comme Dieu, le faux dilemme de la ligne dure et de la ligne molle, qui tente de diviser la vision unique de Monseigneur Lefebvre en deux personnalités concurrentes, s'évapore.
Stratégie logique 
Le fait que les conclusions de Monseigneur Sanborn au sujet de Monseigneur Lefebvre découlent de ses prémisses est quelque peu hors du propos de cet article, mais il est important de le noter. Si nous acceptions une telle prémisse, à savoir que Monseigneur Lefebvre avait une ecclésiologie contradictoire, il serait logique que nous n'ayons rien à voir avec Monseigneur Lefebvre. Le catholicisme traditionnel, s'il en est, consiste à tenir fermement aux vérités immuables de la foi, à ce qui a toujours été cru, partout et par tous. Mais si Monseigneur Lefebvre n'était pas ferme dans ses principes sur l'Église et son autorité - s'il soutenait que l'autorité de l'Église devait être acceptée et rejetée, dans le même ordre d'idées - alors il était sûrement, dans ce domaine au moins, plus proche du modernisme que du traditionalisme.

De plus, il est de notoriété publique que la Romanité était l'une des principales caractéristiques de Monseigneur Lefebvre. Il a été formé au séminaire français à Rome, il a servi fidèlement et avec zèle l'autorité directe de Rome en tant que Délégué Apostolique en Afrique, il professait constamment aux membres de sa Fraternité sacerdotale, son attachement à Rome et à l'Église. Ainsi, quand Monseigneur Sanborn attaque la position de Monseigneur Lefebvre envers la hiérarchie conciliaire, il attaque un aspect de Monseigneur Lefebvre proche de l’essence de son identité sacerdotale. Si Monseigneur Lefebvre s’était trompé dans une telle affaire, si importante pour lui, nous pourrions alors conclure que son esprit entier, sa façon entière de voir la crise de l'Église, étaient également erronés.

La stratégie de Monseigneur Sanborn est donc cohérente:
  1.  Établir que Monseigneur Lefebvre était un homme aux principes hésitants en ecclésiologie.
  2. Argumenter alors que Monseigneur Lefebvre ne devait pas être suivi dans ces principes et, en réalité, dans tout autre principe.
  3. Conclure que la position de Monseigneur Lefebvre doit être rejetée en faveur de la position dite de la ligne dure, ce qui conduit logiquement au sédévacantisme.
Celui qui accepte le premier point devrait logiquement accepter ceux qui suivent. Nous avons montré précédemment que le premier point est faux. Pour cette raison, nous n'avons pas besoin de réfuter les deuxième et troisième points.

Il y a cependant une classe de personnes qui acceptent le premier point sans accepter le second ou le troisième. Ce sont ceux qui ont avancé la deuxième objection contre l'intégrité de Monseigneur Lefebvre, en prétendant qu'il a changé ses principes en 1988. Ils sont les membres d'un conglomérat des tenants de la ligne dure qui travaillent sous le nom de «La Résistance».
L'objection de principes changeants 
Les membres de la Résistance séparent Monseigneur Lefebvre en deux périodes : le Monseigneur Lefebvre d’avant les Sacres et le Monseigneur Lefebvre d’après les Sacres, sans avoir l'air de se rendre compte que, ce faisant, ils détruisent l'intégrité de Monseigneur Lefebvre.

Le Monseigneur Lefebvre d’avant les Sacres voulait l'autonomie pour la FSSPX sous l'autorité de Rome, le droit de tenter «l'expérience de la Tradition», une reconnaissance canonique de la FSSPX «telle quelle est». Ce premier Monseigneur Lefebvre est le même que celui identifié par Mgr Sanborn, un Monseigneur partagé en « ligne molle » et « ligne dure » qui veut la reconnaissance de la part d'une hiérarchie à laquelle il s'oppose à bien des égards.

Selon la Résistance, le Monseigneur Lefebvre d’après les Sacres se rendait compte, que le premier Monseigneur Lefebvre se trompait non seulement sur la question d'un discernement prudentiel, mais sur les principes mêmes qui dirigeaient ses négociations avec la Rome moderniste. Reconnaissant son erreur, Monseigneur Lefebvre rejetait alors les faux principes sous lesquels il avait opéré pendant toute sa carrière ecclésiastique et embrassait l'ecclésiologie de ligne dure: vous ne pouvez pas vous placer sous l'autorité des modernistes, donc aucune reconnaissance canonique ne doit être acceptée jusqu'à ce que Rome revienne à la Tradition. Ce Monseigneur Lefebvre d’après les Sacres, selon le discours de la Résistance, a fermement maintenu sa nouvelle ecclésiologie durant les deux dernières années de sa vie, et a voulu que sa Fraternité sacerdotale suive cette ecclésiologie dans toutes ses futures relations avec Rome.

La Résistance est donc d'accord avec le premier point de Monseigneur Sanborn : Monseigneur Lefebvre était un homme aux principes hésitants en ecclésiologie. De là, cependant, la Résistance se sépare de Monseigneur Sanborn et donc aussi de sa logique, ne semblant pas réaliser, que si leur Monseigneur Lefebvre d’après les Sacres était le vrai, alors:
  1. Il n'est pas un point de référence fiable pour les catholiques traditionnels ou même pour sa FSSPX.
  2. La Résistance devrait, au moins en principe, embrasser le sédévacantisme, car l'ecclésiologie de ligne dure est identique à une ecclésiologie sédévacantiste. Les deux ecclésiologies font de la reconnaissance canonique sous une hiérarchie moderniste une question de principe plutôt que de prudence et les deux ecclésiologies considèrent donc, explicitement ou implicitement, qu'une hiérarchie moderniste ne possède pas une autorité véritable.
En bref, la Résistance détruit la crédibilité de Monseigneur Lefebvre en le dépeignant comme changeant fondamentalement son point de vue sur l'Église, puis demande à chacun de respecter et de suivre sa caricature de ce grand homme d'Église. Par son acceptation de l'ecclésiologie de ligne dure, la Résistance sape le principe de toute autorité, parce qu'elle sape sa base même. D’une charge accordée par Dieu et qui se maintient indépendamment de la façon dont elle est utilisée, l'autorité devient une qualité personnelle qui est perdue lorsque les subordonnés jugent que la personne n'a plus la qualité. En projetant cette notion subjective d'autorité sur Monseigneur Lefebvre post mortem, ils sapent tous les points fixes pour les catholiques traditionnels qui le suivent. Le fruit de cette stratégie est évident : le chaos total.

Monseigneur Sanborn, au moins, a reconnu que les consécrations de 1988 n'ont pas amené Monseigneur Lefebvre à changer son ecclésiologie d’une reconnaissance canonique de sa Fraternité « telle quelle est » :
Peu de temps après les consécrations de 1988, Monseigneur Lefebvre a déclaré que les négociations se poursuivraient, et que peut-être dans cinq ans, tout serait résolu. (9)
En fait, Monseigneur Lefebvre n'a pas changé de position; le double Monseigneur Lefebvre de la Résistance est un mythe. Monseigneur Lefebvre, tout au long de sa carrière ecclésiastique, a maintenu la notion catholique d'autorité en général et la notion catholique d'autorité de l'Église en particulier. De même, de 1975 jusqu'à sa mort, il a toujours tenu au même critère prudentiel de reconnaissance canonique, à savoir que la FSSPX soit acceptée « telle quelle est ». Il était un homme de principes, à la fois dans son jugement spéculatif et dans son jugement pratique. En tant que tel, il était et est un point de référence fiable pour les catholiques traditionnels et la Fraternité sacerdotale qu'il a fondée.

Pourquoi donc la Résistance prétend-elle que Monseigneur Lefebvre a changé?
Citation hors contexte 
La principale stratégie utilisée par la Résistance pour convaincre à propos de son double Monseigneur Lefebvre est l’utilisation de citation hors contexte. Cela consiste à considérer les mots ou les écrits d'une personne dans un isolement complet du contexte où ils ont été dits, afin de projeter sa propre position sur cette personne.

Nous pouvons prendre un exemple de cette pratique dans le mouvement Feeneyite. Il cherche à prouver que l'Église enseigne que seul le baptême d'eau fait parvenir au ciel, que les baptêmes de sang et de désir ne sont pas salvifiques. Mais l'Église n'enseigne pas cela. Il n'y a aucune déclaration du Magistère disant quelque chose comme: "Quiconque croit que le baptême de sang est efficace pour le salut éternel, qu'il soit anathème".

En tant que tels, les Feeneyites concoctent une série impressionnante de citations des Pères et des Conciles qui, prises hors contexte, semblent favoriser leur position. Par exemple, ils citent ce qui suit du pape Eugène IV:
Personne, peu importe l'aumône qu'il a pu donner, même s'il devait verser son sang pour l'amour du Christ, ne peut être sauvé à moins de demeurer dans le sein et l'unité de l'Église catholique (10).
Les Feeneyites lisent ceci pour signifier qu'on ne peut pas être sauvé par le baptême de sang. En fait, cela signifie que celui qui meurt pour le Christ ne reçoit pas le baptême de sang s'il meurt en opposition à l'Église.
Les mots de Monseigneur Lefebvre 
Maintenant, la Résistance met en avant, comme principale défense de sa position, de nombreuses citations de Mgr Lefebvre. Aucune de ces citations ne dit "En principe, nous devons refuser l'autorité de la Rome conciliaire jusqu'au jour où Rome reviendra à la Tradition" ou "Je croyais que nous devions accepter la reconnaissance canonique si elle nous gardait tels que nous sommes, mais maintenant je réalise que je me suis trompé » ou « Il serait contraire à la foi d’accepter la reconnaissance canonique dans n’importe quelles conditions avant que Rome ne revienne à la Tradition ». Ainsi, la Résistance doit se contenter de citations qui pourraient sembler étayer sa position, quand elles sont prises hors contexte.

Voici, par exemple, une citation post-consécrations, favorite de la Résistance, tirée de l’Itinéraire Spirituel de Monseigneur Lefebvre:
C'est donc un devoir strict pour tout prêtre voulant demeurer catholique de se séparer de cette Église conciliaire aussi longtemps qu'elle ne retrouvera pas la Tradition du Magistère de l'Église et de la foi catholique (11).
Toute la question ici est de savoir ce que Monseigneur Lefebvre entend par «cette Eglise conciliaire». Le contexte immédiat fait référence à une décision du Secrétariat pour l'unité des chrétiens d'intégrer dans l'Église les non-catholiques tels qu'ils sont. Monseigneur Lefebvre semble ici identifier «cette» église conciliaire avec des actions de Rome qui sont contre le magistère pérenne. (12)

Ainsi, il semble dire que les prêtres qui veulent rester catholiques ne doivent pas compromettre leur foi en s'associant à de telles activités.

Mais la question de savoir si Monseigneur Lefebvre estime qu'il n'y a pas d'autorité à Rome jusqu'à ce que celle-ci retourne à la Tradition, n'est pas abordée par cette citation. Il est tout à fait possible de réconcilier cette citation avec une reconnaissance canonique qui permet aux prêtres d’agir en autonomie par rapport aux congrégations romaines promouvant le faux œcuménisme.

Peut-être que les tous premiers mots de l’Itinéraire Spirituel peuvent clarifier la position de Monseigneur Lefebvre non filtrée par la Résistance:
C’est à vous particulièrement que s’adresseront les quelques pages qui vont suivre, vous prêtres et séminaristes de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, vous qui, en ce jour, renouvelez vos engagements dans cette société catholique et romaine, approuvée officiellement par les ordinaires des lieux et par les autorités romaines.
Si nous désirons affirmer que Monseigneur Lefebvre est, de quelque manière que ce soit, un homme intègre et cohérent, nous devons réconcilier cette citation, qui reconnaît l'autorité de la hiérarchie ecclésiale post-Vatican II, avec sa citation qui nous appelle à nous séparer de 'cette église conciliaire'. Le moyen logique de les réconcilier est de recourir à sa position claire et constante sur l'autorité de l'Église: elle doit être suivie quand elle est conforme à la foi, et on doit s'y opposer quand elle agit contre la foi. Au lieu de faire cela, la Résistance choisit de déchirer Monseigneur Lefebvre en deux morceaux, pour détruire sa constance et son intégrité, et ainsi saper toute son autorité morale.
La charité de défendre l'intégrité 
Peut-être plus hardiment, la Résistance fait la même chose avec les gens vivants. Elle affirme que Monseigneur Fellay et son Conseil général ont tenu l'ecclésiologie de ligne dure en 2006, mais ont ensuite changé pour l’ecclésiologie de la reconnaissance canonique "telle quelle" en 2012, malgré toutes les protestations contraires de ceux-là mêmes dont la Résistance affirme comprendre les positions. Ainsi, la Résistance crée un deuxième Monseigneur Lefebvre et un deuxième Monseigneur Fellay, puis procède à la persécution du deuxième Monseigneur Fellay pour ne pas avoir suivi le premier Monseigneur Fellay et le deuxième Monseigneur Lefebvre. Les résistants ne semblent pas avoir l'impression que Monseigneur Lefebvre et Monseigneur Fellay sont des hommes intègres, se tenant à des principes catholiques inchangés sur la nature de l'autorité.

La charité nous commande de ne pas chercher, autant que possible, à juger si notre voisin est tombé dans des contradictions. Cela est d'autant plus vrai quand des personnes constituées en autorité sont concernées. L'Église a une longue histoire de la pratique de cette charité en interprétant les textes de ses grands personnages. Les Pères de l'Eglise, par exemple, ont toujours cherché à montrer que les Evangiles ne se contredisent jamais quand ils racontent de différentes manières le même épisode de la vie de Notre-Seigneur. Saint Thomas d'Aquin est passé maître dans l'interprétation des citations contestables des Pères de telle sorte qu’ils ne tombent pas dans l'erreur.

Au contraire, les exégètes modernistes pratiquent une anti-charité en trouvant partout des contradictions. Pour eux, les livres de l'Écriture se contredisent constamment, les livres individuellement pris sont si incohérents qu'ils doivent avoir plusieurs auteurs, et chaque chapitre et même chaque verset est si désespérément diversifié qu'il a dû subir de nombreux changements à travers les âges. En fin de compte, les modernistes ne semblent pas croire que quelque chose de fixe et de constant peut exister.

Mais laissez-les simplement regarder la vie de Monseigneur Lefebvre et ils y trouveront une réfutation vivante de leur position. Les consécrations épiscopales de 1988 ne l'ont nullement fait changer de principes. Si Monseigneur Lefebvre retirait sa signature du protocole de mai 1988 - protocole qui aurait conduit à la reconnaissance canonique - ce n'était pas parce qu'il cessait de reconnaître l'autorité des prélats avec lesquels il traitait. Au contraire, c'est parce qu'il a perdu confiance en eux, en ce sens que ceux-ci refusaient continuellement de fixer une date pour la consécration d'un évêque. Fixer une date était devenu le critère de Monseigneur Lefebvre pour faire confiance à Rome. 13 La date du 15 août était finalement fixée, mais accompagnée d'un demande de nouveaux candidats à la consécration. Monseigneur Lefebvre a constaté que le fait de recommencer le processus d'examen des candidats entraînerait le dépassement de la date du 15 août et que les consécrations seraient retardées une fois de plus. Alors, il est allé de l'avant en fixant les consécrations au 30 juin 1988. Il l'a fait seulement après avoir précisé qu'il n'y avait aucun problème moral avec la signature du protocole. Comme s'il s'adressait à ceux qui l'accuseraient d'agir selon de mauvais principes, il a dit à ses séminaristes, le 9 juin 1988 :
«Oui, c'est vrai, j'ai signé le protocole le 5 mai, un peu du bout des doigts, il faut bien le dire, mais quand même ... Bon, en soi, c'est acceptable, sans quoi je ne l'aurais pas signé, bien sûr ... »
Conclusion 
Le Monseigneur Lefebvre de Monseigneur Sanborn, celui qui tient une ecclésiologie contradictoire et illogique, est de l’ordre du mythe. Une position selon laquelle l’autorité doit être obéie ou désobéie sur la base de la conformité de ses commandements à la foi et à la morale est loin d’être contradictoire ; une telle position est tout à fait catholique.

Le Monseigneur Lefebvre de la Résistance, celui qui a changé sa conception de l'autorité et son application à la crise, après les Sacres, relève aussi du mythe. Jusqu'à son dernier jour, Monseigneur Lefebvre a reconnu l'autorité de la hiérarchie conciliaire. Il était toujours, en principe, disposé à accepter une reconnaissance canonique de la FSSPX «telle qu'elle est». Ce n'est que lorsque les motivations malveillantes des Romains voulant reconnaître la FSSPX sont devenues claires qu'il a prudemment retiré, non ses principes, mais sa signature.

Le véritable Monseigneur Lefebvre - l'homme de l'Église, le champion de l'orthodoxie, le phare de la pureté doctrinale et de la charité missionnaire - était un homme d'une intégrité inflexible, qui avait la force surnaturelle d'appliquer les principes de la foi catholique même aux plus difficiles situations concrètes, même jusqu'à l'héroïsme. En tant que tel, il est un point de référence éminemment fiable pour les catholiques en général et en particulier pour les membres de la Fraternité sacerdotale qu'il a fondée.
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NOTES
(1) Conférence du 24 avril 1983.
(2) Conférence du 24 avril 1983.
(3) Il convient de répéter que Monseigneur Lefebvre, en raison de sa conception catholique de l'autorité, se croyait dans l'obligation de demander la permission aux Modernistes, pour ses consécrations épiscopales.
(4) L'article est paru dans Sacerdotium, numéro 12, été 1994. Cf. traditionalmass.org
(5) "Dans la classe, la ligne dure combattait des professeurs de tendance moderniste, un certain évêque britannique maintenant bien connu menant la ligne dure. Les tenant de la ligne molle défendaient les professeurs et attaquaient les durs ». Ibid., P. 4.
(6) Ibid., P. 7.
(7) "La raison pour laquelle la Fraternité poursuit la voie de la négociation avec les modernistes, avec le but ultime d'être absorbés par eux, est qu'ils considèrent Wojtyla comme ayant l'autorité papale" (Ibid. Rappelons que Wojtyla, le pape Jean-Paul II, était encore Pape en 1994).
(8) Pour la justification de Mgr Lefebvre pour ses relations avec Rome et sa vision des actions de Sanborn et des autres prêtres qu'il a expulsés en 1983, voir sa conférence du 5 novembre 1983.
(9) Ibid., P. 9.
(10) Denzinger-Hünermann 1351 ou Denzinger 714.
(11) Itinéraire Spirituel - Ecône - 1990 - p.29.
(12) Le terme «église conciliaire» n'est pas inventé par Monseigneur Lefebvre. C'est plutôt un néologisme qui apparaît dans une lettre envoyée à Monseigneur Lefebvre par le cardinal Benelli, le 25 juin 1976.

24 mars 2018

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Un Chaos Décrypté

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 24 mars 2018

Par Marie, le Rosaire et par Notre Seigneur,
Dieu Grand et Tout Puissant ! Soyez notre Sauveur !
   
Le temps qui précède la Semaine Sainte est un moment favorable pour réfléchir sur la Passion, la souffrance, de l’Eglise catholique. Un lecteur nous écrit : « Dites-nous – bigre ! – ce qui se passe avec la FSSPX, avec Mgr Fellay, etc. ? Nous entendons ici de bien étranges histoires et nous ne savons pas trop quoi croire. Partout ça casse à un point qu’on aurait eu du mal à imaginer -. A partir de (1) l’Église du Novus Ordo, nous avons maintenant (2) la FSSPX, (3) les Sédévacantistes, (4) la Résistance à la FSSPX et (5) le groupe de l’abbé Pfeiffer, en attendant les nouvelles fractures qui ne manqueront pas de se faire jour dans l’avenir ! Que fabrique le “pape” François ? Il passe son temps à faire de la politique, sans s’occuper du côté spirituel ! Et l’on entend dire que Mgr Fellay court après un chapeau de cardinal ! A quoi cela rime-t-il ? »
   
Cher ami, si l’Église catholique est dans cet état chaotique, c’est par une juste punition de Dieu. Son Église est, certes, la « Lumière du monde » et le « Sel de la terre » mais partout dans le monde l’humanité se détourne de Lui, y compris Ses hommes d’église. Et il ne servira à rien que Dieu intervienne trop tôt pour sauver son Pape, parce que les hommes d’église seraient capables de se retourner contre celui-ci pour le déchirer (Mt. VII, 6), tout comme ce sont peut-être eux qui ont assassiné Jean-Paul Ier. Donc manquant de Lumière et de Sel, le monde continuera à s’enfoncer dans les ténèbres et dans la corruption jusqu’à ce que le chaos, s’accélérant actuellement au galop, force enfin suffisamment d’hommes à se mettre à genoux pour supplier Dieu dans Sa miséricorde de remettre sur pied le Pape, qui pour le moment, comme vous le dites, fait de la politique au lieu de s’occuper de la religion.
   
En effet, le Pape est incontournable parce qu’il est le rocher sur lequel est bâtie l’Église (Mt. XVI, 18), de sorte que s’il trahit le monde corrompu en préférant le suivre au lieu de l’aider à sortir de sa corruption, alors comme vous le dites, « Partout ça casse, à un point qu’on aurait eu du mal à imaginer ». Quand Notre-Seigneur a été frappé dans le jardin de Gethsémani, tous les apôtres se sont dispersés (Zacharie XIII, 7, Mt. XXVI, 31). Aujourd’hui, le pape François est si profondément frappé que l’autorité de l’Église est déboîtée dans son principe.
   
Pour comprendre le problème du pape François, il faut remonter au Concile Vatican II (1962–1965). Car c’est là que les papes renoncèrent à résister à la société décadente, et décidèrent de lui emboîter le pas. Jusqu’à Pie XII inclu (1939–1958), les papes avaient résisté à cette décadence ; mais ce monde était tellement séducteur, tellement entêtant, que Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI se sont tous laissés prendre à son jeu (non sans faute de leur part). Ce sont eux qui ont créé ce que vous mentionnez au point (1) : l’Eglise Conciliaire ou Église du Novus Ordo, qui tire son nom de ce Nouvel Ordre de la Messe auquel on doit la transformation d’une multitude de catholiques en virtuels protestants. Quant au pape François, il ne se contente pas de partager les erreurs des autres papes sortant de ce maudit concile ; il met ces idées fausses en pratique d’une manière hautement destructrice, si bien que l’Église se trouve dans un chaos tel qu’on n’en a jamais vu.
   
Pourtant, peu après le Concile, Dieu avait suscité un archevêque catholique pour fonder une Congrégation qui devait secourir toutes les âmes voulant garder cette Tradition que les papes et les hommes d’église abandonnaient par pans entiers. Ainsi se créa (point 2) la FSSPX, ou Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, qui prospéra jusqu’à la mort de l’Archevêque en 1991. Mais avant sa mort apparurent également (point 3) les “sédévacantistes” qui, scandalisés par les Papes conciliaires, allèrent jusqu’à refuser de croire qu’il s’agissait de vrais papes. Puis, après la mort de l’archevêque, les chefs plus jeunes qui lui succédèrent à la tête de sa Fraternité, n’ayant rien connu d’autre que le monde moderne, contractèrent eux aussi les erreurs du concile, notamment Mgr Fellay dont il est bien possible qu’il cherche un chapeau de cardinal comme récompense pour avoir gangrené la résistance de la Tradition à la Néo-église. Cette trahison de la véritable résistance incarnée dans la Fraternité par l’Archevêque, explique votre point 4 : la “Résistance” à l’apostasie ; résistance dans laquelle des prêtres, quoique dispersés, se tiennent les coudes pour garder la Foi Catholique en train d’être corrompue tant dans la Fraternité que dans l’église du Novus Ordo. De bons catholiques souhaiteraient davantage d’organisation dans cette Résistance mais, à l’heure actuelle, un demi-siècle de Papes conciliaires a quasiment brisé la structure catholique. Sur ces entrefaites (point 5), surgit le groupe de l’abbé Pfeiffer, pour lequel la (4) “Résistance” ne semble pas résister assez.
   
En bref, dans tous les cinq groupes se trouvent dispersées des brebis catholiques connues de Dieu comme ayant la foi et voulant être catholiques. Mais les Papes conciliaires sont incapables de rassembler ces catholiques dans la vraie foi. Et puisque personne d’autre qu’un Pape, dans le bon sens du terme, ne peut remplir cette fonction, alors “ce qui ne peut être guéri doit être supporté” jusqu’à ce que Dieu intervienne. Pour hâter ce saint événement, que les catholiques – voire, même les non-catholiques ! – récitent chaque jour les 15 Mystères du Rosaire afin que la Mère de Dieu intercède pour nous auprès de son Fils.
   
Kyrie eleison.

[FSSPX Actualités] Vatican : un floutage fatal

SOURCE - FSSPX Actualités - 22 mars 2018

Ce qui devait être une opération promotionnelle pour onze opuscules, édités par la Librairie vaticane, mettant en valeur certains aspects de la pensée du pape François, s’est métamorphosé en un cauchemar pour le Secrétariat de la communication du Saint-Siège. Retour sur un crime presque parfait, en cinq actes.
Acte 1. Quand le préfet sollicite le pape émérite.
Le 12 janvier 2018, le préfet du Secrétariat pour la communication du Saint-Siège, Mgr Dario Viganò, écrit au pape émérite Benoît XVI pour lui demander une « page théologique courte et dense », afin d’assurer la promotion de onze opuscules, émanant de divers théologiens et donnant une vision positive de la pensée du pape François.

Le 7 février, Benoît XVI répond par deux feuillets glissés dans une enveloppe, avec la mention « confidentiel et personnel », selon le vaticaniste Andrea Tornielli qui ajoute que l’entourage immédiat de Joseph Ratzinger avait formellement déconseillé de diffuser cette réponse.
Acte 2. Le préfet, dans l’euphorie, évoque la lettre devant la presse mondiale.
Le 12 mars, à la veille du 5e anniversaire de l’élection du pape François, Mgr Viganò, jugeant prudent d’ignorer la confidentialité du courrier, donne lecture aux journalistes du passage dans lequel le pape émérite affirme approuver « cette initiative qui veut s’opposer et réagir au préjugé insensé selon lequel le pape François serait un homme purement pratique, privé d’une formation théologique ou philosophique particulière, alors que moi j’aurais été uniquement un théoricien de la théologie qui n’aurait pas compris grand-chose de la vie concrète d’un chrétien aujourd’hui ».

Et Benoît XVI d'ajouter : « ces petits volumes montrent à raison que le pape François est un homme d’une profonde formation philosophique ou théologique, et aident donc à voir la continuité intérieure entre les deux pontificats, même avec toutes les différences de style et de tempérament. »

Des propos relayés « urbi et orbi » qui semblent appuyer l’idée d’une profonde continuité d’un pontificat à l’autre, sans qu’il existe entre les deux l’épaisseur d’une page de papier bible…
Acte 3. De fins limiers flairent une manipulation.
Le vaticaniste Sandro Magister se fait l’écho dès le lendemain d’un certain malaise partagé par la presse mondiale : sur la photo envoyée aux journalistes le 12 mars, les deux dernières lignes de la première page sont floutées, et tout le texte de la deuxième page, hormis la signature, est caché par la pile des 11 opuscules.

Or l’Associated Press, qui possède les droits sur la photo en question, s’étonne du procédé, le qualifiant de « contraire à ses règles de déontologie ».

Face à ces protestations, le Vatican publie le 13 mars un texte enrichi, qui se veut « intégral », de la lettre, où Benoît XVI affirme qu’il n’écrit que sur les livres qu’il a lus, et qu’il a autre chose à faire que de lire ceux-là. Et le texte se termine ainsi : « Je suis sûr que vous comprendrez, et je vous salue cordialement. »

Mais comme pour les trains, un bidonnage journalistique peut en cacher un autre…
Acte 4. L’art de confesser ses fautes.
Quelques jours plus tard, Sandro Magister - encore lui - remarque sur son blogue Settimo Cielo, en date du 17 mars, que la position étonnante de la signature sur la seconde page laisse entendre que le texte au-dessus est bien plus long que ce qui a été communiqué, et que selon des sources « irréfutables », émanant de « l’entourage de Benoît XVI », ce paragraphe serait en fait une vive critique contre certains auteurs de cette collection, connus pour leurs positions hétérodoxes au regard de la doctrine catholique.

Quelques heures plus tard, le Saint-Siège, « à la demande de Benoît XVI », selon le journaliste religieux du Figaro, Jean-Marie Guénois, publie, de guerre lasse, la version vraiment intégrale de la lettre, manifestant l’étonnement - voire l’indignation - du pape émérite d'avoir été sollicité pour faire l’éloge d’un des volumes écrit par un théologien qui a violemment attaqué le magistère. Et le lecteur s’aperçoit enfin, non sans surprise, que dans la dernière phrase, on avait enlevé le mot « refus » : « Je suis sûr que vous comprendrez mon refus. »

L’effet est désastreux, et la continuité affirmée par Mgr Viganò entre les deux pontificats vole d’un coup en éclats.
Acte 5. La roche tarpéienne, toujours si proche du Capitole.
Le 21 mars, le couperet tombe : le pape accepte la démission « spontanée » de Mgr Dario Viganò de sa charge de préfet du Secrétariat pour la communication du Saint-Siège.

Avec quelques jours de recul, on peut déjà constater que l'affirmation de la « continuité intérieure » des deux pontificats, au moyen d’une lettre manipulée sans vergogne, aboutit en fait à « surexposer » Benoît XVI et François, au risque de les opposer et de les discréditer : c’est la faute de Mgr Viganò, et elle suffit pour le disqualifier.

De plus, quel discrédit jeté sur le Secrétariat à la communication, sur le Saint-Père lui-même qui demandait pourtant, le 24 janvier 2018, dans un message adressé aux journalistes, de « contribuer à l’engagement commun pour prévenir la diffusion de fausses nouvelles et pour redécouvrir la valeur de la profession journalistique » !

« Faire les réformes à Rome, c’est comme nettoyer le Sphinx d’Egypte avec une brosse à dents », avait ironisé le souverain pontife dans son discours à la Curie du 21 décembre 2017, mettant en garde celle-ci contre « cette logique déséquilibrée et dégénérée de conspirations ou de petits cercles qui représentent réellement – malgré toutes leurs justifications et bonnes intentions – un cancer qui mène à l’autoréférentialité ». - Contre une telle maladie, la Tradition bimillénaire de l’Eglise demeure sans conteste la thérapie la plus adaptée…

[Abbé Vincent Bétin, fsspx - Présent - Anne Le Pape] L’Eglise et sa mission d’enseignement : entretien avec l’abbé Vincent Bétin

SOURCE - Abbé Vincent Bétin, fsspx - Présent - Anne Le Pape - via fsspx.news - 22 mars 2018
Entretien avec M. l’abbé Vincent Bétin, de la Fraternité Saint-Pie X, directeur de l’école de Bailly. Article publié par Anne Le Pape dans le journal Présent du 22 mars 2018 et reproduit sur FSSPX.Actualités avec son aimable autorisation.
Monsieur l’abbé, l’école a emménagé depuis quelque temps maintenant. Etes-vous content de la nouvelle implantation?
L’école Saint-Bernard est installée dans ses locaux actuels (5, rue de Chaponval, 78870 Bailly) depuis 2012 pour l’école primaire (anciennement école de l’Enfant-Jésus de Bailly, déménagement sous la direction de l’abbé Xavier Lefebvre) et 2013 pour l’école secondaire (déménagement sous la direction de l’abbé Bernard de Lacoste). Le bâtiment a été conçu comme une école capable de recevoir plus de 300 élèves ; nous n’avons pas eu d’aménagements importants à réaliser. Cette adaptation nous aide beaucoup dans le fonctionnement quotidien. Nous sommes en plus en bordure de la plaine de Versailles, ce qui offre à nos enfants de la verdure et de l’espace pour jouer. D’ailleurs, notre colonie de poules investit bruyamment les aires de jeux dès que les récréations sont terminées et nous donne, en plus des œufs, un côté champêtre très agréable.
Combien d’élèves accueillez-vous en vos murs?
Aujourd’hui, nous scolarisons 241 élèves, répartis ainsi : 158 en primaire et le reste dans le secondaire. Le déménagement de Courbevoie nous a coupés des élèves parisiens, qui étaient surtout dans les classes du secondaire. Le projet du Grand Paris nous offrira prochainement une possibilité de transport direct depuis Paris. Nous l’attendons avec impatience. Cependant, l’installation des religieuses dominicaines de Fanjeaux à dix minutes de notre école et la proposition d’une scolarisation des garçons et filles de nos familles, a déjà convaincu nombre d’entre elles de déménager à proximité. Cette offre complémentaire de scolarisation et le travail en bonne intelligence de ces deux écoles est un vrai atout pour les familles. Nous assurons l’aumônerie et les cours de catéchisme chez les sœurs dominicaines. L’an prochain, nous scolariserons plus de 260 élèves (les dominicaines accueilleront plus de 120 filles) et notre secondaire atteindra doucement des effectifs normaux. Il faut cependant veiller à ce que les effectifs restent proportionnés à nos objectifs d’école familiale ; pour l’instant, nous avons encore de la marge.
Le primaire est assuré par le petit Saint-Bernard, situé en plein cœur de Paris. Les élèves entrant en secondaire viennent-ils facilement jusqu’à Bailly?
Nous avons notre propre primaire, ce qui assure une continuité pour les enfants. Ce primaire est mixte, le temps que l’école des dominicaines ouvre tous les niveaux pour les filles. Pour nos garçons, le passage en sixième se fait naturellement.

Le « petit » Saint-Bernard de Paris (rue du Petit-Musc), au moment du déménagement du « grand » Saint-Bernard de Courbevoie, a été rebaptisé « Saint-Louis ». Nous recevons quelques enfants sortant du primaire de Saint-Louis. Nous espérons, avec les nouveaux transports en commun promis (!) en recevoir plus.
Envisagez-vous d’ouvrir un jour un internat, ou est-ce hors de question?
Pendant 20 ans, j’ai été directeur d’un internat. En arrivant à Bailly, j’ai découvert l’externat, son organisation, ses avantages et ses inconvénients. J’ai découvert une autre façon de s’occuper des enfants, reposant plus sur la collaboration avec les professeurs pour tout ce qui relève de l’éducation (en internat, nous avions plus de temps pour nous occuper des enfants le soir, ou les après-midi libres). L’internat ne me semble pas réalisable ici, faute de place, d’air et de calme. Mais l’Eglise a reçu du divin Maître cette mission d’enseigner et nous pensons que nous avons notre place pour réaliser cette mission ici. Il nous manque encore une grande et belle église pour donner la beauté de la liturgie à tous nos enfants. Aujourd’hui, l’école ne peut avoir de cérémonie commune… 240 élèves, avec leurs familles, ça fait du monde. Notre projet de vaste église a été autorisé par la mairie, malheureusement des recours, à notre avis abusifs, ont été déposés, nous attendons qu’ils soient réglés. Prions pour cela le bon saint Joseph.
Assurez-vous la formation dans toutes les sections (encore actuelles) pour le bac?
Nous entendons donner le meilleur à nos élèves. Les formations littéraires nous tiennent particulièrement à cœur. La richesse culturelle de notre région est un vrai atout. Je suis très heureux de voir nos élèves organiser d’eux-mêmes des sorties au théâtre ou à des expositions pour leur classe. Ce goût est donné par nos professeurs de lettres, d’histoire, mais aussi de sciences.

Aujourd’hui, nous proposons les filières littéraires et scientifiques, avec l’enseignement du grec et du latin. Tout le monde peut réussir ; bien sûr nous visons l’excellence dans les résultats, mais nous souhaitons que chaque enfant réussisse à la hauteur des talents qu’il a reçus du Bon Dieu. Nos anciens nous honorent par les grandes écoles qu’ils ont pu intégrer, mais aussi par leur épanouissement dans leur métier et dans leur famille. Nous sommes catholiques, donc universels.
Que pensez-vous des lois envisagées sur le hors contrat? Craignez-vous pour l’avenir de votre école?
Dans mon ancienne affectation, j’ai eu l’honneur d’ouvrir un lycée professionnel (le lycée P. Vrau de la Martinerie) ; je l’ai dirigé pendant quatre ans. La loi sur l’ouverture d’un établissement professionnel est très exigeante : c’est normal, les formations professionnelles sont potentiellement dangereuses pour les enfants et nous relevons d’autres ministères que celui de l’Education. Les nouvelles lois sur les établissements hors contrat sont plus sévères quant à l’ouverture. Ces nouvelles exigences nous obligent à plus d’excellence encore. Nous pouvons comprendre ces nouvelles normes, tout en espérant que cela n’entraîne pas une restriction de notre liberté scolaire. Nos programmes se veulent complets dans l’enseignement des lettres, ou de la philosophie, ou de l’histoire, ou encore de l’enseignement religieux (histoire sainte, sainte Ecriture, doctrine, selon ce que l’Eglise a fait depuis toujours). Cette différence qui nous est propre et, nous le pensons, un véritable atout, a été prise en compte jusqu’à présent par les différentes inspections.
Quel est le bagage le plus important à faire passer à vos élèves, à vos yeux?
Le chrétien est un homme de foi, dont la vie est une vie sacramentelle profondément enracinée dans la messe de toujours. C’est ce qui permet à nos enfants de s’insérer le mieux possible dans le monde ; nous sommes convaincus des paroles de saint Paul lorsqu’il parle des chrétiens en les appelant « fils de lumière » : « Voilà tout ce que produit la lumière : c’est tout ce qui est bon, tout ce qui est juste, tout ce qui est vrai. » Nous travaillons à ça, c’est notre service pour notre mère la sainte Eglise. Nous le faisons avec l’aide de la grâce et sous la direction du divin Maître. Après, c’est Dieu qui couronne nos efforts.

Propos recueillis par Anne Le Pape

23 mars 2018

[FSSPX Actualités] Eglise, où vas-tu ? Des cardinaux se réunissent pour faire le bilan

SOURCE - FSSPX Actualités - 21 mar 2018
Le samedi 7 avril 2018, un symposium intitulé « Eglise, où vas-tu ? », avec un sous-titre éloquent : « Il faut être aveugle pour ne pas voir la confusion à l’œuvre dans l’Eglise », se tiendra à Rome, non loin de la basilique Saint-Pierre, avec la participation de plusieurs cardinaux et évêques.

La réunion entend proposer un bilan critique de la vie de l’Eglise depuis le début de l’actuel pontificat qui est entré dans sa sixième année, ce 13 mars 2018.

Elle est organisée par un collectif italien « Les amis du cardinal Carlo Caffarra », en référence au prélat défunt qui fut l’un des signataires des fameux dubia implorant le pape de faire la clarté sur les points les plus controversés de l'exhortation Amoris lætitia, restés sans réponse à ce jour.

Le but de ce symposium - qui se place sous le patronage spirituel du cardinal Henry Newmann – est de proposer une définition claire de la fonction du magistère suprême dans l’Eglise, ainsi que de marquer les limites de l’autorité du pape et des évêques.

D’ores et déjà, le cardinal Francis Arinze, ancien préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements aujourd’hui dirigée par le cardinal Robert Sarah, et le cardinal Joseph Zen, évêque émérite de Hong-Kong, ont confirmé leur venue : d’autres hauts prélats, dont les noms seront dévoilés d’ici peu, ont assuré les organisateurs de leur présence.

La réunion devrait s’achever - selon ce que rapporte le vaticaniste Sandro Magister - par la lecture d’une declaratio ou profession de foi concise sur les principaux points de la foi et de la morale catholiques les plus contestés aujourd’hui.

Cette declaratio ne sera pas signée par quelques prélats comme les dubia des cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra et Meisner, mais proposée à l’Eglise et au monde comme l’écho fidèle du sensus fidei des baptisés. Puisse-t-elle être reçue avec attention par le Successeur de Pierre dont le silence face aux dubia cause un trouble sans cesse grandissant.

22 mars 2018

[Paix Liturgique] Première messe de Pâques à Arcachon

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 636 - 20 mars 2018
Jusqu'à présent, le motu proprio Summorum Pontificum n'a été appliqué à Arcachon que l'été, quand la population de la ville décuple en raison des vacanciers. Mais, comme nous l'avions relevé dans notre lettre 566 du 25 octobre 2016, le groupe stable de fidèles désireux de bénéficier plus largement de la forme extraordinaire de la messe s'est accru au point de motiver la demande réitérée de célébration au moins de Pâques jusqu'à la Toussaint. Il semble que cela se mette en place. En tout cas, et pour la première fois, les fidèles pourront bénéficier cette année de la liturgie latine et grégorienne le dimanche de Pâques, sommet de l'année liturgique.

I - ÉTAT DES LIEUX

Nous avons consacré deux récentes lettres à la situation liturgique tourmentée de la paroisse d'Arcachon à la suite de la proposition du curé, le père Jean Thomas, de chanter le Credo en grégorien lors de la messe dominicale en la basilique Notre-Dame. Des tensions autour de la forme ordinaire qui pourraient se résoudre par l'introduction plus large de la forme extraordinaire dans la paroisse. C'est en tout cas le vœu de bien des catholiques locaux.

Pour l'instant, et depuis 2010, les fidèles n'ont eu accès à la forme extraordinaire que durant les vacances de juillet-août. Sauf l'an dernier où la messe a été offerte en plus au mois de septembre. Le succès de la célébration – une centaine de fidèles en juillet-août, une quarantaine en septembre – avait conforté les fidèles dans l'idée que la célébration pouvait se prolonger jusqu'à la Toussaint, comme cela avait été évoqué au printemps précédent avec l’archevêché. Toutefois, fin septembre 2017, le curé a estimé que l'assistance ne justifiait pas de poursuivre la célébration.

Désireux de bénéficier des fruits du motu proprio plus largement, les fidèles ont donc demandé cette année son application de Pâques à la Toussaint en s'adressant, puisque le curé leur avait dit qu'il n'en était pas question, au doyen de l'ensemble paroissial d'Arcachon qui est, depuis septembre 2017, le curé de La Teste de Buch.

Celui-ci, le père Sylvain Arnaud, leur a communiqué fin février qu'une solution avait été trouvé, avec le concours de l’archevêché : faire appel à un prêtre de l'un des instituts Ecclesia Dei présents dans le diocèse. Les fidèles d'Arcachon pourront donc bénéficier dès cette année de l'application du motu proprio de Pâques à la Toussaint. C'est la Fraternité Saint-Pierre qui aura la charge de cette célébration et la première messe sera célébrée le dimanche de Pâques, à 18 heures, en la basilique Notre-Dame.

II - LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) Encore une fois, la persévérance résolue paie. Alors que leur curé leur opposait une fin de non recevoir, les demandeurs ont su faire valoir leur requête auprès du doyen. Celui-ci, à son tour, a su convaincre l’archevêché de la nécessité de trouver une solution. Il faut dire que les remous autour de la célébration de la forme ordinaire dans la paroisse ont montré à ceux qui en doutaient encore que ce n'est pas la forme extraordinaire qui divise les paroisses mais que c'est la forme ordinaire qui cristallise les tensions. Ce qui, hélas, est aussi vrai au niveau de l'Église universelle quand on voit avec stupeur les réactions hostiles déclenchées par les propositions du cardinal Sarah de revenir à la célébration ad Orientem ou à la communion sur les lèvres...

2) L'archidiocèse de Bordeaux, que guide le cardinal Ricard, accueille les trois principaux instituts Ecclesia Dei : l'Institut du Bon Pasteur (Saint-Éloi) et la Fraternité Saint-Pierre (Saint-Bruno) sont à Bordeaux et l'Institut du Christ-Roi à Auros. Dans le même temps, la Fraternité Saint-Pie X – que les fidèles d'Arcachon étaient prêts à appeler à leur secours – y offre sept messes dominicales, dont trois en la chapelle Notre-Dame-du-Bon-conseil de Bordeaux. Toutefois, il n'existe à l'heure actuelle aucune célébration paroissiale, par un prêtre diocésain, du motu proprio Summorum Pontificum dans l'archidiocèse.

3) Cette bonne nouvelle venue d’Arcachon montre aussi que, contrairement à l’idée reçue, les effets de Summorum Pontificum continuent de se faire sentir. Ainsi, l’évêque de Mende, Mgr Jacolin, vient-il d’accorder une messe mensuelle à Mende. Cette messe, qui sera célébrée par un prêtre diocésain, l’abbé de Froberville, vient répondre, partiellement mais c'est un début, à une demande remontant au motu proprio Ecclesia Dei... de 1988 ! À ce stade, la persévérance devient héroïque... En tout cas, les exemples de Mende et d'Arcachon nous invitent à ne jamais désespérer et à continuer d'implorer nos pasteurs pour que s'instaure enfin la paix liturgique. Car si c'est bien le Bon Dieu qui accordera la Paix et la Justice, c'est bien aux hommes qu'il appartient de lutter jour après jour pour les faire triompher.

4) Rappelons qu'en 2007, après la publication du motu proprio de Benoît XVI, nous avions identifié près de 700 groupes de demandeurs en France. Une centaine de ces demandes ont été honorées dès la première année et, depuis, environ une dizaine par an, soit une autre centaine. Aujourd'hui, on peut donc considérer que 500 des demandes manifestées en 2007 ont été rejetées. Ce qui n'empêche pas la presse, et en particulier les chroniqueurs de La Croix, de répéter régulièrement que « tout a été fait pour satisfaire les demandes ». Or, comme la campagne de sondages diocésains que nous avons fait réaliser entre 2009 et 2012 l'a prouvé, c'est en fait dans chaque paroisse de France que devrait pouvoir être introduite la forme extraordinaire du rite romain puisque de un pratiquant sur trois à un pratiquant sur deux y assisterait si celle-ci était célébrée dans SA paroisse. Ce ne sont donc pas 500 demandes qu'il reste à accueillir favorablement mais plus de 4 000 paroisses au sein desquelles faire vivre la richesse liturgique de l'Église.

[FSSPX Actualités] "Je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi ils dialoguent avec la Chine"

Cardinal Joseph Zen Ze-kiun

SOURCE - FSSPX Actualités - 20 mars 2018

Le 31 janvier 2018, Eglises d’Asie (EDA), l’agence d’information des Missions étrangères de Paris, a publié un article d’Anthony Lam Sui-ki, chercheur au Centre d’études du Saint-Esprit, du diocèse de Hong kong.

Paru dans le n°187 de Tripod, la revue trimestrielle du Centre, l’auteur y pointe les dangereuses dispositions de la nouvelle réglementation gouvernementale sur les affaires religieuses, en Chine, entrée en vigueur ce 1er février 2018. Deux nouveaux chapitres, sur les « Ecoles religieuses » et les « Activités religieuses », s’inscrivent dans les réformes introduites par le président Xi Jinping. Il y est déclaré que tous les groupes non religieux « ne doivent pas avoir d’activités religieuses, ne doivent pas accepter de dons religieux, ne doivent pas effectuer de formation religieuse et ne doivent pas inciter les citoyens à participer à des formations, des rencontres, des activités religieuses à l’étranger ». Est ainsi qualifié de “non religieux” tout groupe non reconnu par le gouvernement comme tel, ce qui devient, précise le chercheur, « un instrument pour limiter la pratique des groupes religieux clandestins ».

Quelques jours plus tard, le 5 février, le cardinal émérite de Hong Kong Joseph Zen Ze-kiun annonçait sur son blogue oldyosef.hkdavc : « Le désastre a déjà commencé. (…) Les prêtres clandestins de Shanghai ont demandé à leurs fidèles de ne plus se rendre à leurs messes sous peine d’être arrêtés s’ils persistaient à le faire ! ». Précision relatée dans la réponse que le cardinal adressa au secrétaire d’Etat du Vatican, Mgr Pietro Parolin, qualifié par le prélat chinois « d’homme de peu de foi », dans le cadre du rapprochement du Saint-Siège avec la Chine. L’article, traduit du chinois et publié par le vaticaniste italien Sandro Magister, intervient après un entretien de Mgr Zen Ze-kiun avec le pape François, le 12 janvier 2018 au Vatican.
Un accord entre saint Joseph et Hérode ?
En effet, profondément inquiet des récentes démarches des représentants du Vatican en Chine et de la situation des évêques de l’Eglise clandestine, sacrifiés dans le cadre du rapprochement du Saint-Siège avec la Chine, le prélat chinois s’est rendu à Rome pour assister à l’audience du mercredi 10 janvier, et remettre en mains propres deux lettres au pape. Reçu ensuite une demi-heure en audience privée le soir du vendredi 12 janvier, le cardinal évoqua devant le Saint-Père la situation de Mgr Pierre Zhuang Jianjian, évêque de Shantou dans la province de Guangdong, et Mgr Guo Xijin, évêque de Mindong, tous deux évêques légitimes sommés par une délégation de Rome de quitter leurs sièges épiscopaux au profit d’évêques officiels, inféodés au pouvoir chinois.

Le 22 janvier 2018, l’agence d’information AsiaNews des Missions étrangères de Milan, publie qu’en décembre 2017 une délégation du Vatican a rencontré à Pékin Mgr Zhuang Jianjian, lui demandant pour la seconde fois de céder son siège à Mgr Joseph Huang Bingzhang, évêque officiel non reconnu par Rome et membre de l’Assemblée nationale du peuple, le parlement chinois. Mgr Zhuang Jianjian âgé de 88 ans, ordonné secrètement en 2006 avec l’approbation du Vatican, n’a jamais été reconnu officiellement par le régime. Il refusa d’accéder à la demande romaine, précise l’agence. C’est pourquoi le cardinal Zen fut chargé par l’évêque de remettre une lettre au pape François…

Le 29 janvier, le cardinal Zen, se résout à rompre la confidentialité de son entretien avec le pape au nom du « droit à la vérité ». Sur son blogue, il déclare qu’il a demandé au Saint-Père « s’il avait eu le temps d’étudier la question » [des évêques] comme il l’avait promis par le passé. François répondit qu’il avait déclaré à ses collaborateurs : « je ne veux pas d’une autre affaire Mindszenty ». Le cardinal ajoute dans son article, publié également par Sandro Magister, qu’il a souligné auprès du souverain pontife que « le problème n’est pas la démission des évêques légitimes, mais la demande de laisser leur place aux évêques illégitimes et excommuniés. Même si la loi sur la démission pour avoir atteint la limite d’âge n’a jamais été appliquée en Chine, de nombreux évêques clandestins, âgés, ont demandé avec insistance qu’on leur nomme un successeur, sans jamais recevoir de réponse du Saint-Siège. D’autres, qui ont déjà un successeur désigné ont reçu l’ordre de ne pas procéder à l’ordination par peur d’offenser le gouvernement ». Le cardinal précise qu’il a parlé nommément des deux évêques de Shantou et Mindong. Il poursuit en reconnaissant être pessimiste sur la situation actuelle de l’Eglise en Chine, et qu’en raison de sa longue expérience de l’Eglise en Chine et des informations récentes, il ne peut en être autrement : le gouvernement communiste est en train de « mettre en œuvre des lois qui n’existaient jusqu’à présent que sur le papier ». Le prélat chinois s’exclame alors : « Mais est-il possible d’avoir quelque chose “en commun” avec un régime totalitaire ? Pourrait-on imaginer un accord entre saint Joseph et le roi Hérode ? ».

Le 30 janvier, un communiqué publié par la Salle de presse du Saint-Siège déclare : « Le pape est en rapport constant avec ses collaborateurs, en particulier de la secrétairerie d’Etat, sur les questions chinoises, et il est informé par eux de façon fidèle et détaillée sur la situation de l’Eglise catholique en Chine et sur les étapes du dialogue en cours entre le Saint-Siège et la République Populaire de Chine, qu’il accompagne avec une sollicitude toute particulière. Il est surprenant et regrettable que des personnes d’Eglise affirment le contraire, et que soient ainsi alimentées tant de confusions et de polémiques ».

De même, le 31 janvier, le cardinal Pietro Parolin a défendu la politique de dialogue poursuivie avec la Chine. Répondant aux sévères mises en garde du cardinal Joseph Zen, le secrétaire d’Etat du Saint-Siège explique que le but des négociations avec Pékin, est de permettre aux fidèles de se « sentir pleinement catholiques et en même temps authentiquement chinois ».

Dans un entretien accordé le 3 février à Gianni Valente du Vatican Insider, le cardinal Parolin explique « pourquoi nous dialoguons avec la Chine » et relève que le Saint-Siège cherche « une synthèse de vérité et une voie praticable », ce qui nécessite du temps et de la patience. Dans la perspective d’un éventuel accord, soutient-il, un « sacrifice » peut être demandé à certains pour le « bien de l’Eglise ». Selon une source du Vatican citée par l’agence Reuters le 1er février dernier, un accord-cadre avec la Chine sur la nomination des évêques serait prêt et pourrait être signé dans quelques mois.
La diplomatie de l’Ostpolitik du cardinal Casaroli
C’est alors que le cardinal Zen répond point par point au secrétaire d’Etat dans un article intitulé : « Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi ils dialoguent avec la Chine ». Paru en italien le 13 février sur son blogue, il est repris le jour même par Sandro Magister. Il paraîtra ensuite en anglais le 17 et en chinois le 18, sur le site du cardinal. Soulignant l’insistance du cardinal Parolin à affirmer œuvrer de façon pastorale, évangélique et spirituelle, et disant faire face à une attitude qu’il qualifie de purement politique de la part de ses opposants, le cardinal Zen rappelle « l’un de ses discours publié il y a quelques années dans L’Osservatore Romano où il (cardinal Parolin) qualifiait les héros de la foi des pays d’Europe centrale sous le régime communiste (les cardinaux Wyszyński, Mindszenty et Beran pour ne pas les nommer) de “gladiateurs”, de “personnes systématiquement contraires au gouvernement et avides d’apparaître sur l’avant-plan politique” ».

Le cardinal chinois rappelle encore que « les communistes veulent réduire l’Eglise en esclavage ». Comment envisager pouvoir parler « de communion et de collaboration » ? Les conditions sont-elles réunies ? Quels sont les points de convergence ? », demande-t-il. L’évêque émérite de Hong Kong s’interroge sur l’unité recherchée, quand « il y a deux communautés avec des structures basées sur des principes différents et opposés. L’une de ces structures est basée sur le principe du Primat de Pierre sur lequel Jésus a bâti son Eglise et l’autre structure est imposée par un gouvernement athée décidé à créer une Eglise schismatique soumise à son pouvoir ».

Le cardinal Zen dénonce fermement la diplomatie du cardinal Parolin qui n’est autre, explique-t-il, que cette « diplomatie de l’Ostpolitik de son maître Casaroli », déclarant « qu’il méprise la foi authentique de ceux qui défendent avec fermeté l’Eglise que Jésus a fondée sur les Apôtres, de toute ingérence du pouvoir séculier ». Il s’agit désormais pour Rome de soutenir que la clandestinité de l’Eglise chinoise « ne rentre pas dans la normalité de la vie de l’Eglise », et « nos diplomates, poursuit le cardinal chinois, veulent réaliser un miracle tout de suite en accusant les autres de “s’agripper à l’esprit de contradiction pour condamner le frère” et “de se servir du passé comme d’un prétexte pour fomenter de nouvelles rancœurs et de nouvelles fermetures”, et de ne pas “être prêts à pardonner, ce qui signifie qu’il y a d’autres intérêts à défendre” ». Le prélat chinois s’indigne alors d’une telle attitude : « Comme ils sont cruels ces reproches adressés à des membres fidèles de l’Eglise qui ont souffert pendant de nombreuses années toutes sortes de privations et de vexations pour leur fidélité à l’Eglise ! »

Et de poser les questions de l’avenir de cette Eglise du silence : « Quel sort sera réservé aux évêques légitimes selon la loi de l’Eglise, mais non reconnus par le gouvernement ? Seront-ils “acceptés” ? C’est-à-dire admis eux aussi dans la cage ? Y aura-t-il finalement “une” conférence épiscopale légitime ? (Avec le gouvernement qui conserve les clefs de la cage ?) »

Le cardinal Zen n’est pas le seul à s’inquiéter de la perspective d’un tel accord. Le site catholique anglophone Crux a rapporté le 12 février qu’à l’initiative d’une quinzaine d’universitaires et juristes catholiques de Hong Kong, avait été publiée une lettre ouverte s’inquiétant de la « confusion et de la peine » en cas de traité. Celui-ci, considèrent-ils, serait une « erreur irréversible et regrettable ». Il n’est pas possible de croire que d’un tel traité résulte l’arrêt des persécutions contre l’Eglise par le gouvernement chinois, déclarent-ils.

A l’inverse, le Père Drew Christiansen, ancien rédacteur en chef et président de la revue jésuite America magazine, a publié le même jour sur le site de la revue de tendance libérale, un article intitulé « Pourquoi l’accord potentiel du Vatican avec la Chine est une bonne chose ». Selon le prêtre américain, celui-ci ne serait pas « un nouveau départ », mais « le résultat de longues tendances dans la vie de l’Eglise locale et des relations Vatican-Pékin ».

Dans le même esprit, le 9 février 2017, l’agence Eglises d’Asie des Missions étrangères de Paris publiait un texte diffusé sur les sites des journaux du diocèse de Hong kong (Kung Kao Po en chinois et Sunday Examiner en anglais), où déjà le cardinal John Tong Hon, alors évêque de Hong kong, développait toutes les raisons favorables à la conclusion d’un accord entre la Chine et le Vatican. Peu avant de céder le siège à Mgr Michael Yeung, le cardinal Tong arguait du fait que « si Pékin est aujourd’hui prêt à un accord sur la nomination des évêques avec le Saint-Siège, l’Eglise en Chine jouira d’une liberté essentielle, même si elle ne jouira pas d’une liberté complète », plaidant pour qu’« entre deux maux, l’Eglise choisisse le moindre mal ». – Le cardinal Tong, devenu évêque émérite de Hong Kong, préside le Centre d’études du Saint-Esprit, centre de recherches du diocèse de Hong kong sur l’Eglise en Chine, fondé en 1980.