28 février 2018

[Lettre à Nos Frères Prêtres - FSSPX (France)] Le prêtre à l'image du Christ - Le sacerdoce d’après le cardinal Mercier

SOURCE - Lettre A Nos Frères Prêtres (FSSPX) - Lettre trimestrielle de liaison de la Fraternité Saint-Pie X avec le clergé de France - décembre 2017

Le cardinal Mercier commence d’abord par relier le prêtre humain au Prêtre divin, Notre Seigneur Jésus-Christ.
Le prêtre est un autre Christ
Il n’y a qu’un Prêtre de la Loi nouvelle qui soit agréé de Dieu, un seul Médiateur entre le Père et les hommes, un seul Pontife (pontifex, «qui fait le pont»), Jésus-Christ. Les Apôtres et leurs successeurs ne font que prolonger, dans l’espace et le temps, la mission sacerdotale du Verbe incarné. Ils ne sont donc pas prêtres à titre personnel et pour leur propre compte. Ils sont les représentants du divin Prêtre, ils assurent sa présence et son action sacerdotale au sein du peuple chrétien. Tel est le cœur du mystère du sacerdoce chrétien.
    
C’est dans La vie intérieure que le Cardinal développe tout au long ce thème du Sacerdos alter Christus, «le prêtre est un autre Christ». Après avoir évoqué le Royaume du Verbe incarné et l’Église, Temple du Très Haut, il poursuit en ces termes: «Dans ce Royaume et dans ce Temple, quel rôle nous est dévolu ? Vous et nous, quelle place y tenons-nous ? La première place, sous la dépendance du Christ, notre Chef. Quelles fonctions y accomplissons-nous ? Celles du Christ lui-même, Grand-Prêtre de l’Alliance nouvelle» (La vie intérieure, p. 135).
     
Et, quelques pages plus loin: «Votre sacerdoce vous unit au Christ: l’exercice du sacerdoce vous identifie à lui. Je pense, en écrivant ces lignes, à ce moment, le plus solennel de nos journées où (…) le Christ Jésus, notre Grand-Prêtre, se sert de mon intelligence, de ma volonté, de mes lèvres pour me faire penser, vouloir, prononcer l’assertion qui déclare: “Ceci est mon corps, ceci est la coupe de mon sang”» (La vie intérieure, pp. 138-139).
     
Dans la conclusion de ce chapitre, le Cardinal résume son propos en ces termes: «Le prêtre, plus que personne, est tenu de vivre en union avec Dieu et avec son Christ, parce que le sacerdoce dont il est investi est une dépendance du sacerdoce du Christ ; dans l’exercice de ses fonctions sacerdotales, il est identifié au Grand-Prêtre de la Loi nouvelle. La tradition chrétienne l’a bien compris et a traduit son sentiment dans cette formule devenue une sorte d’adage théologique: Sacerdos alter Christus, le prêtre est un autre Christ» (La vie intérieure, p. 143).
Le Seigneur est ma part d’héritage
Médiateur entre Dieu et les hommes comme le divin Prêtre, le prêtre est un homme consacré. Il a refusé tout partage, dans sa vie, entre les biens créés et le Souverain Bien. Il s’est engagé à vivre pour Dieu seul: «Le Seigneur est ma part d’héritage» (Ps 16, 5). «Oui, écrit le Cardinal, nous sommes par vocation et sommes devenus par état des consacrés, c’est-à-dire des séparés, des objets inviolables, voués exclusivement au service de Dieu. Le caractère de l’Ordre, que nous avons reçu, nous a pour toujours isolés du monde profane, soustraits non seulement à ses vices ou à ses folies, mais à ses préoccupations les plus légitimes d’affaires, de prospérité, de splendeur, de jouissance» (Retraite pastorale, p. 230).
     
Cette vocation supérieure requiert et suppose acquise une haute perfection morale, et celle-ci ne va pas sans renoncement total, à l’exemple des Apôtres: «Voici que nous avons tout quitté pour vous suivre» (Mt 10, 28). Mais le prêtre ne saurait garder conscience de la grandeur de son état, et se maintenir au niveau de sa vocation, sans vie intérieure, sinon il aboutit à une vue purement humaine de son ministère.
     
«Oh ! mes chers Confrères, combien ces vérités sublimes nous transportent loin de cette conception vulgaire, banale, disons le mot, bourgeoise, que nous sommes parfois tentés de nous faire de notre vie lorsque, négligeant l’oraison qui nous introduit sur les hauteurs, nous nous laissons déchoir au niveau naturel des gens de profession qui nous entourent» (Retraite pastorale, pp. 239-240).
Le prêtre est-il un religieux ?
Le cardinal Mercier pose la question: Les prêtres sont-ils des religieux ? Il rappelle d’abord que tous les membres du clergé, depuis l’évêque jusqu’au simple clerc, sont des hommes séparés des simples fidèles et voués au service de Dieu, à l’imitation du Christ, le souverain Prêtre. Sans doute, tous les baptisés sont consacrés à Dieu et forment un sacerdoce royal. Mais le sacerdoce des fidèles ne rend pas superflu celui des ministres sacrés.
     
«La divine Providence a voulu, déjà sous la Loi ancienne, qu’une tribu fût officiellement investie de la mission de célébrer la louange divine, d’offrir à Jéhovah, au nom du peuple entier, des sacrifices, et de présider aux cérémonies publiques du culte. Elle libéra, à cet effet, les Lévites des sollicitudes temporelles, exigeant d’eux que leur âme fût toute vouée à la religion. La Loi n’était qu’une préparation de l’Évangile ; le sacerdoce mosaïque annonçait le sacerdoce du Christ. Le Christ a institué un sacrement qui destine officiellement une élite à l’accomplissement de la religion, au nom de la société chrétienne, envers le Père éternel» (La vie intérieure, pp. 157-158).
     
Tous les membres du clergé sont donc par excellence des «hommes de Dieu», des «consacrés». En vertu de cette consécration, ils sont tenus à une perfection morale supérieure à celle qui est requise du simple fidèle, même si celui-ci s’est engagé, par la profession religieuse, à poursuivre la perfection par la pratique des conseils évangéliques.
     
Résumant sa pensée, le Cardinal s’adresse à ses prêtres en des termes qui trahissent sa conviction et son émotion: «Oui, mes chers Confrères, nous appartenons au premier Ordre religieux établi dans l’Église ; votre Fondateur est Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même ; les premiers religieux de son Ordre furent les Apôtres ; leurs successeurs sont les évêques et, en union avec eux, les prêtres, tous les ministres des saints Ordres et jusqu’aux clercs eux-mêmes, qui font publiquement profession de ne plus vouloir que Dieu pour héritage et le service de Dieu pour occupation de leur vie» (La vie intérieure, p. 197).
Pour le Royaume des cieux
Le cardinal Mercier évoque peu, de façon directe, le célibat sacerdotal. Ce silence relatif n’a rien d’étonnant. A son époque, personne, ni prêtres, ni séminaristes, ni fidèles ne mettaient en question le renoncement du prêtre au mariage «pour le Royaume des cieux».
     
Dans Retraite pastorale, il étudie «les défaillances d’une âme sacerdotale». A plusieurs reprises, il est alors fait allusion aux dangers qui menacent la chasteté du prêtre, et le Cardinal propose les moyens de résister au mal. Plus loin, il traite de l’abnégation, et dit ceci: «Au début, les Apôtres avaient été astreints à vivre de leur travail, mais dès qu’ils le purent, ils se déchargèrent sur les diacres de ces intérêts d’ordre inférieur et, fidèles à leur vocation, ils se livrèrent exclusivement à la prière et à la prédication (cf. Ac 6, 4). Pourquoi avons-nous solennellement promis de garder, notre vie durant, le célibat, sinon pour nous assurer le moyen de n’avoir ni le cœur enchaîné par une créature, ni l’esprit absorbé ou le temps occupé par les soucis inévitables d’une famille à élever et à entretenir» (Retraite pastorale, pp. 235-236).
     
Plus loin encore, traitant des conditions de persévérance au lendemain de la retraite, le Cardinal cite, après l’oraison, la vigilance: il faut fuir les occasions de chute. Règle particulièrement urgente lorsqu’il s’agit de chasteté, ainsi que l’enseignent saint Augustin et saint Jérôme (cf. Retraite pastorale, pp. 354-356).
     
Si le cardinal Mercier parle peu du célibat ecclésiastique de façon directe, celui-ci est cependant partout présent dans son enseignement, est partout impliqué, est partout supposé. Car lorsque l’auteur enseigne que le prêtre est un homme consacré, voué au service exclusif de Dieu et de l’Église, il entend bien parler d’un don total, sans partage, comportant le renoncement à tout le reste: «Voici que nous avons tout quitté pour vous suivre» (Mt 10, 28).

[Lettre à Nos Frères Prêtres - FSSPX (France)] Le prêtre au service des âmes - Le sacerdoce d’après le cardinal Mercier

SOURCE - Lettre A Nos Frères Prêtres (FSSPX) - Lettre trimestrielle de liaison de la Fraternité Saint-Pie X avec le clergé de France - décembre 2017

Ayant manifesté la dépendance essentielle du prêtre ministériel vis-à-vis du Prêtre au sens plénier, le Cardinal Mercier expose comment son ministère vis-à-vis des âmes doit se réaliser.
Coopérateurs de notre ministère
L’unique sacerdoce de Jésus-Christ est participé d’une manière parfaite par les Apôtres et par leurs successeurs, les évêques ; il est participé d’une manière moins parfaite par les prêtres du second ordre, qui sont les coopérateurs des évêques. Leur mission est d’étendre à toute la communauté diocésaine l’action pastorale de l’évêque, incapable d’être présent partout et d’assurer partout les fonctions sacerdotales.
     
Appelé par l’évêque, ordonné par l’imposition des mains de l’évêque, le prêtre ne s’appartient plus: il partage avec son évêque la mission de médiateur entre Dieu et le peuple chrétien, dans l’union avec le Médiateur divin, Jésus-Christ.
     
Le statut du prêtre dans l’Église est donc celui d’auxiliaire attitré de l’évêque. Aux yeux du Cardinal, cette situation entraîne des conséquences très claires au plan moral: sans être établi, comme l’évêque, dans un «état de perfection» au sens canonique, le prêtre est tenu devant Dieu d’imiter la charité pastorale, qui est la forme spécifique de la perfection chrétienne requise de l’évêque.
     
Tel est le sens profond de la promesse qui clôt l’ordination presbytérale. «Lorsque vous promettiez respect et obéissance au chef spirituel de votre diocèse, n’est-il pas vrai que vous entendiez vous mettre à sa disposition jusqu’à l’épuisement de vos forces physiques ? Vous aviez donc au cœur toute la générosité de l’amour du prochain, dont la profession solennelle est la caractéristique de la perfection épiscopale» (La vie intérieure, p. 170).
   
Que si, pour progresser plus sûrement dans la charité, le prêtre cherche des moyens de perfection plus efficaces, il ne choisira pas ceux qui caractérisent l’état religieux, mais ceux qui s’attachent à la fonction épiscopale. «Regardez votre évêque, dont vous êtes devenu le coopérateur ; ayez pitié de sa faiblesse et de la disproportion de sa charge avec ses capacités. Appliquez l’ardeur de votre zèle à lui venir de plus en plus efficacement en aide. Là est à la fois pour vous la perfection et la forme spécifique de votre perfection» (La vie intérieure, p. 182).
Le modèle du troupeau
Comme l’évêque, le prêtre doit, par la sainteté de sa vie, donner l’exemple d’une éminente charité et de toutes les autres vertus. Pasteur, il doit être un modèle pour son troupeau. Cette vertu éminente n’est pas possible sans vie intérieure profonde, alimentée par la prière. C’est là le thème de prédilection du cardinal Mercier, il traverse toute son œuvre et commande tout l’effort qu’il n’a cessé de déployer pour l’élévation morale de son clergé.
     
Dans Retraite pastorale, après avoir longuement étudié la personne du Christ comme exemple de toute sainteté, et notre devoir de le prendre pour modèle, le Cardinal met sur les lèvres du prêtre une prière fervente au Seigneur Jésus: «Je m’appliquerai à vous ressembler, afin de pouvoir entraîner mes ouailles à l’imitation de votre vie, et d’avoir le droit de leur dire avec sincérité: “Soyez mes imitateurs comme je le suis du Christ”» (Retraite pastorale, p. 210).
     
On trouve plus loin la même doctrine: «Le prêtre est par état une manifestation, que sa vie doit rendre de plus en plus lumineuse, de la sainteté de Dieu. Le peuple chrétien, dans sa foi profonde, nous regarde (…) comme des ministres du Seigneur» (Retraite pastorale, pp. 269-270). Et il rappelle l’adage classique: «Donnez-moi un prêtre saint, ses ouailles seront ferventes ; est-il vertueux, ses ouailles seront bonnes ; n’est-il que bon, les fidèles seront médiocres ; et lorsque le pasteur lui-même n’est que médiocre, les âmes qu’il devait conduire à la sainteté ne sont, pour la plupart, que tièdes ou relâchées» (Retraite pastorale, p. 282).
     
Commentant les mots du Pontifical: «Il faut que le prêtre préside», le Cardinal y voit avant tout le devoir de précéder les fidèles dans les voies de la perfection: «Notre-Seigneur est la Voie, la Vérité et la Vie, nous le représentons parmi les hommes et nous sommes, par conséquent, inférieurs à notre tâche si nous n’avons pas la sainte hardiesse de dire aux plus parfaits comme aux débutants: Prenez modèle sur moi, comme je prends modèle moi-même sur le Christ» (Retraite pastorale, p. 305).
     
C’est dans La vie intérieure que l’appel à la sainteté retentit en les termes les plus émouvants. Après avoir brossé le tableau de la «déchristianisation de la société», le Cardinal déclare que deux moyens essentiels doivent être mis en œuvre pour la conversion du monde contemporain: la prédication du message chrétien et «la propagande du christianisme par l’exemple de la sainteté évangélique, à l’imitation des Apôtres et de leurs premiers disciples» (La vie intérieure, p. 72).
     
C’est l’exemple de la vie des premiers chrétiens qui a conquis l’élite de la société païenne. «Les mêmes exemples produiraient, aujourd’hui encore, les mêmes effets (…) ; si nous, du moins, chargés par état de propager l’Évangile, nous menions tous une vie qui représentât l’Évangile en action» (La vie intérieure, pp. 74-75).
Transmettre ce que l’on a contemplé
La «vie apostolique» est la forme la plus parfaite de la vie chrétienne ici-bas, parce qu’elle est synthèse de contemplation et d’action. Elle consiste à répandre sur les hommes la surabondance de la charité puisée dans l’oraison: «Transmettre aux autres ce que l’on a contemplé».
     
Cet idéal de la «vie apostolique», directement inspiré de l’exemple du Christ lui-même et de celui des Apôtres, a été mis en valeur par saint Thomas. Il est présent partout dans la liturgie des ordinations comme dans la vie des saints évêques et des saints prêtres qui ont illustré l’histoire de l’Église.
     
Dans Retraite pastorale, le cardinal Mercier, après avoir rappelé la haute mission du prêtre, condamne la «conception bourgeoise» de la vie sacerdotale, à laquelle il oppose la conception surnaturelle, éclairée par l’esprit de foi. Dans cette juste perspective, la première obligation du prêtre est d’aimer Dieu et de le faire aimer. C’est aussi le secret de son efficacité apostolique, comme le montre l’exemple du Curé d’Ars. En conséquence, le prêtre doit être un homme de prière.
     
Il souligne la nécessité de la prière dans la préparation de la prédication. Avant de commencer un sermon, «recueillez-vous, méditez devant Dieu votre sujet, considérez-le avec foi, croyez-y vousmême, éprouvez-en en premier l’action bienfaisante ; et alors, lorsque l’amour de la vérité que vous vous préparez à prêcher vous montera au cœur, lorsque, sous la poussée de votre zèle pour la gloire de Dieu, pour la sanctification de son saint Nom, pour l’extension de son règne, pour l’accomplissement de sa volonté trois fois sainte, vous vous sentirez heureux de pouvoir communiquer à autrui les sentiments qui vibrent en vous, alors, mais alors seulement, écrivez votre
sermon» (Retraite pastorale, pp. 312-313).
     
Et lorsqu’il aborde les «conditions de succès du ministère pastoral», il met en tête la «sagesse céleste» nourrie par l’oraison. Plus loin, il revient sur la nécessité de la prière pour demander le secours indispensable de la grâce, et à l’exercice quotidien de l’oraison lorsqu’il traite des «moyens de la persévérance».
     
La vie intérieure (le titre l’indique suffisamment) a pour thème central la participation à la vie divine par la grâce et l’union des hommes avec Dieu, leur Père, par la charité. La forme la plus parfaite de cette vie de charité est la «vie apostolique».
     
Celle-ci consiste à communiquer aux hommes, par toutes les formes de l’action pastorale, la charité reçue de l’Esprit-Saint. Mais cette action pastorale n’est pleinement efficace que si elle s’exerce au plan de l’activité personnelle consciente, c’est-à-dire si elle est vivifiée par la contemplation ou vie d’oraison.
Au prêtre il revient d’offrir 
On ne peut traiter de la spiritualité sacerdotale du cardinal Mercier sans dire la place qu’il réservait au sacrifice eucharistique dans la vie du prêtre. Ici encore, il puise aux meilleures sources, et sa doctrine est inspirée tout entière par sa foi profonde dans le mystère de la Rédemption par le sacrifice de la Croix, acte suprême de la vie du Verbe incarné, prêtre et victime de la nouvelle Alliance. L’Eucharistie étant le renouvellement non sanglant, mais réel, du sacrifice de la Croix, la fonction primordiale du prêtre est l’offrande du sacrifice de l’autel.
     
La messe est la première fonction du ministère pastoral, en même temps que le premier moyen d’entretenir en lui l’esprit sacerdotal. Le prêtre doit célébrer pour le peuple qui lui est confié, d’où l’importance notamment de la messe paroissiale dominicale.
     
Dans La vie intérieure, c’est le pouvoir de consacrer qui marque la place du prêtre dans le corps mystique du Christ: «Votre sacerdoce vous unit au Christ ; l’exercice du sacerdoce vous identifie à lui» ; et il s’arrête sur la consécration, dans laquelle le prêtre est l’instrument vivant du souverain Prêtre.
     
Selon l’enseignement de saint Thomas, la mission de célébrer l’Eucharistie est, pour le prêtre, le principal fondement de l’exigence d’une sainteté supérieure à celle des simples fidèles, même s’ils sont religieux.
     
Le Cardinal écrit ainsi: «La raison la plus impérieuse de l’obligation du prêtre à une vie sainte et immaculée réside dans ses relations avec le mystère sublime de la très sainte Eucharistie. La célébration du saint sacrifice de la messe nous associe à l’acte le plus parfait de l’ordre moral, à l’événement par excellence de l’ordre universel. En vérité, s’il avait plu à Notre-Seigneur de nous conférer l’Ordre sacerdotal pour nous permettre de renouveler, en son nom, une unique fois, au terme de notre vie, son acte du Calvaire, ce n’eût pas été trop de toute notre carrière terrestre pour nous préparer à ce drame final».
     
Cinq jours avant sa mort, il dicte une lettre à ses prêtres, où il déclare: «Vous êtes devenus prêtres en vue de célébrer le saint sacrifice de la messe. Vivre de votre sacerdoce, c’est avant tout célébrer saintement la messe et administrer saintement les sacrements qui s’y rattachent».
Le prêtre doit marcher en tête de son troupeau
Le Pontifical déclare, au cours de l’ordination: «Sacerdotem oportet praeesse», «au prêtre il revient de présider, de commander». Le Cardinal traduit, pour sa part: «Le prêtre doit marcher en tête de son troupeau».
     
Et il commente: «Le pasteur est le guide naturel de son troupeau. Il doit le conduire dans les voies du salut. (…) Il le doit par sa parole, il le doit surtout par son exemple» (Retraite pastorale, p. 301). Il aborde ensuite le problème de l’autorité: «Prenez autorité sur vos ouailles. Et, à cet effet, soyez les premiers à avoir foi à l’autorité dont vous êtes investis (…), au mandat que l’Église, au nom de Dieu lui-même, vous a confié» (Retraite pastorale, p. 307).
    
Mais le pouvoir de commander doit être conçu comme un service, conformément à l’enseignement du Seigneur (Lc 22, 26). Le Cardinal termine son exposé en proposant à ses prêtres l’exemple du Pape Pie X, en qui ils trouveront les qualités maîtresses de l’homme d’autorité.
     
Dans La vie intérieure, le cardinal Mercier rappelle la nature de l’autorité dans l’Église. L’évocation du lavement des pieds sert de préambule. Le rôle du pasteur est un rôle de dévouement, inspiré par la charité. «Ainsi, rien de plus contraire à la conception évangélique de l’autorité, que l’autoritarisme, c’est-à-dire la prétention de faire prévaloir, coûte que coûte, à tort ou à raison, sa volonté personnelle» (La vie intérieure, p. 247).
     
Le Cardinal décrit les méfaits de cet abus de l’autorité et y oppose l’enseignement des Apôtres Pierre et Paul. Il note, en particulier, que les prêtres exercent leur mission comme délégués de l’évêque, dont saint Paul disait qu’il se doit à ses ouailles: «Je me dois aux Grecs et aux Barbares, aux savants et aux ignorants» (Rm 1, 14).

[FSSPX Actualités] Dix évêques signataires de la «Profession des vérités sur le mariage sacramentel»

Mgr Marian Eleganti
SOURCE - FSSPX Actualités - 28 février 2018

Deux nouveaux évêques ont souscrit à la « Profession des vérités immuables sur le mariage sacramentel » qui dénonce les normes pastorales d’Amoris lætitia favorisant l’admission de divorcés «remariés» à la communion.

Le 31 décembre 2017, trois évêques kazakhs - Mgr Tomash Peta, Mgr Jan Pawel Lenga et Mgr Athanasius Schneider - ont rédigé une « Profession des vérités immuables sur le mariage sacramentel ». Ils y dénoncent les normes pastorales d’Amoris lætitia qui prévoient que certaines personnes divorcées « remariées » puissent recevoir le sacrement de pénitence et la communion, « bien qu’elles continuent de vivre habituellement et intentionnellement à la manière des époux, avec une personne autre que leur conjoint légitime».

Les signataires affirment que la diffusion de telles normes pastorales - approuvées par plusieurs autorités hiérarchiques et même par l’autorité suprême de l’Eglise - a causé une confusion notable et toujours plus grande tant chez les fidèles que dans le clergé. Face à cette confusion, ils déclarent être « obligés en conscience de professer l’immuable vérité et la discipline sacramentelle tout aussi immuable sur l’indissolubilité du mariage, conformément à ce qu’enseigne le Magistère de l’Eglise de manière inaltérable depuis 2000 ans».

Le 8 février 2018, Mgr Marian Eleganti, évêque auxiliaire de Coire (Suisse), a fait savoir dans un entretien accordé au journal catholique allemand Die Tagespost, qu'il partageait les critiques des auteurs de la « Profession des vérités immuables sur le mariage ». En expliquant pourquoi il souscrivait « en conscience » à cette déclaration, le prélat a rappelé que l'exhortation apostolique Amoris laetitia conduisait à des interprétations contradictoires, provoquant un chaos à la base. Dès lors, la question se pose de savoir si la doctrine défendue jusque-là par les papes est toujours valable, ou si Amoris lætitia représente une rupture avec la doctrine traditionnelle. Et d’affirmer sans ambages : « l’incohérence n’est pas pour moi un signe du Saint-Esprit».

Quelques jours auparavant, le 5 février, Jeanne Smits avait annoncé sur son blogue qu’un évêque autrichien, Mgr Elmar Fischer, venait également de donner sa signature.

En sorte que ce sont dix prélats qui, à ce jour, adhèrent publiquement à cette déclaration catholique sur le mariage sacramentel : Mgr Tomash Peta, archevêque métropolite de l´archidiocèse de Sainte Marie en Astana (Kazakhstan), Mgr Jan Pawel Lenga, archevêque-évêque de Karaganda (Kazakhstan), Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de l´archidiocèse de Sainte-Marie en Astana (Kazakhstan), le cardinal Janis Pujats, archevêque émérite de Riga (Lettonie), Mgr Carlo Maria Vigano, ancien nonce apostolique aux Etats-Unis et ancien secrétaire général du Gouvernorat de l’Etat de la Cité du Vatican, Mgr Luigi Negri, ancien évêque de Ferrare (Italie), Mgr Andreas Laun, ancien évêque auxiliaire de Salzbourg, Mgr Marian Eleganti, évêque auxiliaire de Coire (Suisse), Mgr René Gracida, ancien évêque de Corpus Christi (Etats-Unis), Mgr Elmar Fischer, ancien évêque de Feldkirch (Autriche).

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Parents d’Aujourd’hui - II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 24 février 2018

Parents vous n’êtes pas encore sans moyens –
Vous avez la nature, et tout ce qu’il y a d’humain.

Espérons que personne ne s’est senti visé en lisant notre article de la semaine dernière sur les exigences requises pour être père et mère aujourd’hui. Les parents subissent de fortes pressions venant de tout l’entourage de leurs enfants, mais consolez-vous – quand les âmes sont sous pression, Dieu n’exige pas l’impossible ; il leur demande seulement de faire ce qu’elles peuvent. Le Vénérable Holzhauser explique à propos des Églises d’Asie que cinq d’entre elles ont reçu des lettres de réprimandes à l’inverse de l’Église de Smyrne, laquelle correspond à l’Age des Martyrs de l’Église (Apoc II, 8–11). La raison en est que les catholiques de cette Église étaient alors persécutés ; c’est pourquoi le Saint Esprit ne leur envoie ni réprimandes ni reproches car ils ont plus besoin d’être encouragés que d’être critiqués.

Dieu sait si les parents qui s’efforcent de sauver les âmes de leurs enfants doivent subir des persécutions ! Celles-ci ne sont pas encore sanglantes, mais elles n’en sont pas moins redoutables. Par exemple, lorsque les hommes s’entichent de l’IA (Intelligence Artificielle) et prétendent, à partir d’un robot, faire un dieu, non seulement ils ont perdu tout sens du Dieu véritable mais en plus ils se rendent incapables de voir même la différence entre une machine et un être humain, pour ne pas parler de la différence entre l’homme et la femme ou la différence entre les parents et les enfants. Dans un monde où l’on escompte confier son avenir à l’IA, comment sera-t-il possible de comprendre et d’aimer la famille telle que Dieu l’a conçue ?

Un lecteur m’a écrit : Le communisme des pays de l’Est maltraitait ceux qui ne suivaient pas dans la ligne du parti mais, au moins, l’ennemi du Salut y était identifiable. Par contre, ce qu’on pourrait appeler le consumérisme, en Orient comme en Occident, fait preuve de beaucoup plus de subtilité : au lieu de brutaliser, il se contente de marginaliser ; par exemple en faisant passer les vrais catholiques, pour “anormaux”, alors qu’on sait combien les enfants attachent d’importance à être dans la “norme”. Ils veulent tous avoir des smartphones (des téléphones intelligents) etc., comme les autres enfants. En brillant de tous ses feux, le consumérisme transforme les enfants en robots écervelés, assez intelligents dès qu’il s’agit de manipuler la technologie et les machines, mais sans la moindre idée touchant les questions humaines essentielles, parce qu’on ne leur a jamais appris à lire, ni à lire entre les lignes comme il fallait faire sous le régime communiste : ils sont privés de tous les outils intellectuels permettant de penser. Une génération de marionnettes androïdes pousse tout autour de nous.

Ainsi, mis à part ce que les parents ne peuvent contrôler, que leur reste-t-il à faire pour mettre leurs enfants sur le chemin du Ciel (sans préjuger du libre arbitre de leur progéniture) ? Rappelons d’abord les données fondamentales : Dieu existe ; Il veut sauver tous les enfants et donne à tous l’aide de la Vierge Marie et des anges gardiens, invisibles mais puissants, dont tous soutiennent les vrais parents. Que ces réalités surnaturelles fassent partie de la vie ordinaire du foyer ; que la vie quotidienne soit surnaturelle, même si le bon sens des parents doit empêcher les enfants de tomber dans une religiosité artificielle.

Puis, sur le plan naturel, accordez à vos enfants le temps dont vous savez qu’ils ont besoin. L’amour s’exprime par le temps qu’on y consacre. Pour devenir de vrais êtres humains, les enfants doivent être formés par d’autres êtres humains et non par des machines. Les éducateurs naturels des enfants sont en premier les parents qui ont sur eux une influence considérable à condition de bien vouloir l’utiliser, au lieu d’y renoncer. Prévoyez régulièrement les repas de famille autour de la table, et profitez des repas pour parler. Un proverbe chinois dit : “Instruis tes enfants à table et ta femme sur l’oreiller.” Parlez leur de politique ; en particulier expliquez la différence entre la réalité et ce que les médias présentent comme réalité. Avertissez les enfants de faire attention à l’extérieur de la maison, mais dites-leur la vérité sur le 11 septembre et sur cette contre-vérité célèbre (située quelque part entre cinq et sept millions), qui menace d’étouffer le monde entier. Oui, abordez ce sujet dès qu’ils sont en âge de comprendre (pas avant), afin qu’ils puissent voir à quel point Dieu nous a puni de tout un monde de mensonges, juste punition de notre apostasie. Insistez sur cette dimension religieuse parce qu’elle est toujours présente, et les enfants ont besoin de comprendre qu’en définitive, c’est Dieu qui importe. Mais ne vous contentez pas de la piété : Notre-Dame de Fatima demande non seulement le Rosaire mais aussi la Consécration de la Russie.

Ensuite, sur un plan très pratique, enlevez de chez vous si possible toute l’électronique. Expliquez aux enfants pourquoi vous n’autorisez ni la télévision ni les smartphones sous votre toit. Si vous ne pouvez pas vous passer d’Internet, dites-leur pourquoi vous gardez l’ordinateur sous clé physique (et pas seulement électronique). Faites-les travailler de leurs mains : les garçons au démontage d’une mobylette ou à la menuiserie ; les filles à la couture et à la cuisine, et dans toutes les mains qu’il y ait le chapelet. Au lieu de regarder la télévision, essayez chaque soir de lire un texte en famille, par exemple le “Poème de l’Homme-Dieu” (ancien titre) de Maria Valtorta. Ridicule? Essayez. Peut-être vous apercevrez-vous que ce “Poème” est la réponse du Bon Dieu au téléviseur!

Kyrie eleison.

[Paix Liturgique] Au Bénin, Adoration Eucharistique et liturgie orientée - Un évêque encourage la messe traditionnelle

L'abbé Guimon entouré des
Contemplatives de Jésus-Eucharistie,
photo tirée de son blog personnel.
SOURCE - Paix Liturgique - Lettre n°633 - 27 février 2018

« La liturgie, c'est la richesse et même le trésor des pauvres de Dieu. C'est la plus grande prière de l'Église. C'est le culte de la divine majesté. Elle est donc fondamentalement mystère et contemplation. Elle demande de faire l'effort de quitter le monde profane pour entrer dans la sphère du divin. »
Mgr Pascal N'Koué, archevêque de Parakou, Bénin

« On ne connaît pas le Seigneur sans cette habitude d'adorer, d'adorer en silence » expliquait le pape François le 20 octobre 2016 lors de son homélie quotidienne à Sainte-Marthe. « Cette prière d'adoration est celle que nous connaissions le moins, que nous pratiquons le moins. Il s'agit de savoir "perdre son temps" devant le Seigneur, devant le mystère de Jésus-Christ. Et d'adorer. Là, en silence. Il est le Seigneur et je l'adore. »

À la lumière de ces deux citations, nous vous proposons de faire connaissance cette semaine avec une jeune communauté religieuse africaine dévouée à la contemplation du Très-Saint Sacrement dont l'aumônier est, depuis 2016, l'abbé Laurent Guimon, ancien chapelain de Notre-Dame-des-Armées, lieu historique de la liturgie traditionnelle à Versailles : les sœurs contemplatives de Jésus-Eucharistie.

I – L'ADORATION PERPÉTUELLE COMME VOCATION

Les « Contemplatives de Jésus Eucharistie (CJE) » sont une congrégation de droit diocésain dont l’originalité est d'avoir été fondé par une Béninoise, Mère Patricia Padonou. Mère Patricia a été novice pendant 6 ans au couvent des cisterciennes de l'Étoile Notre-Dame, fondé en 1960 dans les environs de Parakou. En 1991, désireuse de se consacrer à l'adoration du Très Saint Sacrement, Mère Patricia reçoit les encouragements de l'évêque, Mgr Nestor Assogba, qui lui permet de s'installer dans le foyer d'un lycée. À partir de 1994, l'adoration eucharistique y devient publique. Fin 1999, Mgr Assogba confie à Mère Patricia et aux novices qui l'ont rejointe la mission de s'occuper de l'adoration perpétuelle au sein du tout nouveau sanctuaire eucharistique du Christ Rédempteur de l'Homme, fondé en prévision du Jubilé de l'an 2000. En 2007, le nouvel archevêque de Parakou. Mgr Agbatchi. signe le décret de reconnaissance diocésaine de la communauté.

« Notre spiritualité, explique Mère Patricia, puise essentiellement sa source dans l'Eucharistie et l'adoration : la prière intérieure, l'Hostie, la Vierge, la liturgie avec les rythmes africains et les chants grégoriens, le témoignage d'une vie simple et joyeuse dans la pauvreté. Avec l'ardent désir de vivre dans l'imitation de Jésus-Christ qui obéit jusqu'à la mort, et la mort de la croix, nous voulons vivre dans la joie son évangile comme la suprême règle de notre vie, en nous servant de la Règle de Saint Benoît pour entrer dans la grande tradition monastique et vivre comme Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, dans un esprit d'enfance spirituelle. »

Concrètement, les 9 religieuses assurent jour et nuit une présence continuelle, aimante, auprès de Jésus-Eucharistie. « Auprès du Seigneur, elles intercèdent pour le monde et prient pour toutes les intentions qui leur sont confiées. Elles sont les veilleurs dans la nuit : elles prient pour ceux qui ne prient pas, adorent pour ceux qui n'adorent pas, aiment pour ceux qui n'aiment pas, croient pour ceux qui ne croient pas, espèrent pour ceux qui n'espèrent pas. Finalement elles sont un peu comme les bergers de Bethléem : seules à veiller, elles assurent une présence auprès de Jésus » explique l'abbé Laurent Guimon, qui est leur aumônier depuis 2016.

Pour l'instant installées à Parakou et divisée en deux groupes, faute de locaux adéquats, les moniales devraient à terme prendre possession du monastère en construction à l'extérieur de la ville. Une partie des bâtiments est prête mais il faut encore terminer la chapelle et construire cuisine et réfectoire. En plus de sa mission d'aumônier, l'abbé Guimon assure la direction des travaux, ce qui comprend leur financement pour lequel il sait pouvoir compter sur la générosité de ses anciens paroissiens de Notre-Dame-des-Armées. L'aide des lecteurs de Paix Liturgique est la bienvenue aussi. (*)

II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) Depuis l'arrivée de l'abbé Guimon à Parakou, fin 2016, les contemplatives de Jésus-Eucharistie découvrent la forme extraordinaire de la messe : le missel de 1962 mais avec certaines modifications de 1965 -1967 adoptées par quelques communautés en France (le prêtre demeure assis pour les lectures faites par les sœurs, le Pater est chanté par toute l'assemblée mais conservation de tous les signes de croix du Canon, pas de second Confiteor, etc.). Points décisifs : la messe est célébrée vers le Seigneur, et la communion donnée sur les lèvres. L'évangélisation de la région datant des années 60, le diocèse de Parakou a découvert la liturgie avec les premières réformes issues du Concile Vatican II puis, très vite, est arrivée la messe nouvelle. C'est dans ce contexte que les contemplatives de Jésus-Eucharistie font aujourd'hui l'expérience de la forme extraordinaire, selon le principe de gradualité dans l'application du motu proprio (voir nos lettres 519 et 525).

2) Mgr Pascal N'Koué, archevêque de Parakou, écrivait il y a un an, dans le journal diocésain : « L'attachement à l'ancien rite, quand il est vécu en communion avec Rome, est un enrichissement inouï. Il a formé pendant deux millénaires de nombreux saints. Il a modelé pendant des siècles le visage de l'Église. Il est riche sous l'angle de ses prières d'offertoire, par ses nombreuses génuflexions en signe d'humilité : "l'homme n'est grand qu'à genoux", par la multiplicité des signes de croix avec la main pour rappeler constamment la puissance de la croix du Christ comme instrument de notre salut, par l'ensemble des gestes et symboles mystagogiques, par le mode de communion demandé aux fidèles. Ce rite nous plonge d'emblée dans le mystère insondable du Dieu invisible, nous place devant sa majesté et nous pousse à confesser humblement notre indignité devant sa transcendance. L'Eucharistie, n'est-elle pas à la fois sacrifice de louange, d'action de grâce, de propitiation et de satisfaction ? » Rien d'étonnant donc qu'il ait accepté de donner aux contemplatives de Jésus-Eucharistie la possibilité de vivre leur vocation en découvrant, peu à peu, la forme extraordinaire.
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(*) Pour faire un don pour les travaux du monastère des sœurs :
Association Notre-Dame de l'Atacora
6 rue des États Généraux, 78000 Versailles
Intitulé : « Don pour le monastère de Boko »
IBAN : FR76 3000 3022 1000 0501 5124 334
BIC : SOGEFRPP
(Reçu fiscal sur demande)

[FSSPX Actualités] Le cardinal Sarah en faveur de la réception traditionnelle de la communion

SOURCE - FSSPX Actualités - 27 février 2018
Le cardinal Robert Sarah déclare que « l'attaque la plus insidieuse du diable consiste à essayer d'éteindre la foi en l'Eucharistie, semant des erreurs et favorisant une manière inadaptée de la recevoir.»

Dans la préface du livre d'un prêtre italien, don Federico Bortoli, paru sous le titre La distribution de la communion dans la main. Profils historiques, juridiques et pastoraux, le préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements fait un long plaidoyer en faveur de la communion sur les lèvres.

« Pourquoi persister à communier debout et dans la main ? », s'interroge le cardinal Sarah.

« La liturgie est faite de nombreux petits rites et gestes, chacun d'eux est capable d'exprimer des attitudes chargées d'amour, de respect filial et d'adoration de Dieu, écrit-il. C'est précisément pour cette raison qu'il est opportun de promouvoir la beauté, la convenance et la valeur pastorale d'une pratique développée au cours de la longue tradition de l'Eglise, à savoir la réception de la Sainte Communion sur la langue et à genoux. La grandeur et la noblesse de l'homme, ainsi que la plus haute expression de son amour pour son Créateur, consistent à s'agenouiller devant Dieu ».

« On comprend comment l'attaque la plus insidieuse du diable consiste à essayer d'éteindre la foi en l'Eucharistie, semant des erreurs et favorisant une manière inadaptée de la recevoir, poursuit le cardinal ghanéen. La cible de Satan est le sacrifice de la Messe et la présence réelle de Jésus dans l'hostie consacrée ».

Le haut prélat n’hésite pas à argumenter contre la communion dans la main en indiquant de façon très juste que cela « implique sans aucun doute une grande dispersion de fragments ». Or si le Christ est présent tout entier dans l'hostie, il est de même présent dans le plus petit des fragments. Le risque de manque de respect ou de profanation est donc accru. Au contraire « l'attention du prêtre à la plus petite parcelle, le soin à purifier les vases sacrés, à ne pas toucher l'hostie avec les mains moites, deviennent des professions de foi en la présence réelle de Jésus, même dans les plus petites parties des espèces consacrées ».

Rappelant le fait que le pape saint Pie X avait autorisé, par le Décret Quam singulari du 8 août 1910, à donner la communion aux jeunes enfants, le cardinal Sarah s'interroge fort logiquement : « si un enfant reçoit le Pain eucharistique de la même manière qu'il reçoit un bonbon de sa mère, quel sens du sacré aura-t-il ? »

Apportant son soutien à l'auteur du livre, le cardinal considère que la communion dans la main a été souvent introduite de manière abusive par les conférences épiscopales locales dans l'Eglise latine. Et d’insister pour « qu'aucun prêtre n'ose prétendre imposer son autorité sur cette question, en refusant ou en maltraitant ceux qui veulent recevoir la communion à genoux et sur la langue ».

27 février 2018

[Sodalitium] Un nouvel Évêque catholique - La consécration épiscopale de Mgr Joseph Selway

SOURCE - Sodalitium - 23 février 2018

Le 22 février 2018, en la fête de la Chaire de Saint Pierre à Antioche, au Séminaire de la Très Sainte Trinité à Brooksville (Floride – USA), Mgr Donald Sanborn a conféré la consécration épiscopale à l’abbé Joseph Selway.

Mgr Geert Stuyver, de l’Institut Mater Boni Consilii, était présent à la cérémonie en tant qu’évêque co-consécrateur avec  Mgr D. Dolan.

Notre Institut félicite le nouvel évêque, qui commença ses études à Verrua Savoia, et lui souhaite un fructueux apostolat.

Ad multos annos ! 

Joseph Selway est né en 1978 à Walnut Creek, Californie.  En 1996 il a commencé ses études de séminariste à l’Institut Mater Boni Consilii, à Verrua Savoia, en Italie, puis les a poursuivies au Séminaire Most Holy Trinity, dans le Michigan, sous la direction de Mgr Donald Sanborn.

Il a été ordonné par Mgr Robert McKenna le 8 décembre 2001, en la fête de l’Immaculée Conception. En 2003 l’abbé Selway est parti pour Brooksville, pour enseigner, sous la direction de Mgr Donald Sanborn, à l’École Queen of All Saints Academy et pour assister les Sœurs de St. Thomas Aquinas.

Il est actuellement le vice-recteur du Séminaire Most Holy Trinity, enseigne à la Queen of All Saints Academy à Brooksville, en Floride, et en dessert la chapelle.

mostholytrinityseminary.org/frselwaybio



[Abbé Ricossa, imbc - Sodalitium] Mgr Benigni et Mgr Guérard des Lauriers

SOURCE - Sodalitium - abbé Ricossa, imbc - traduit de l'italien - 27 février 2018

À l’occasion de l’anniversaire de la mort de monseigneur Umberto Benigni (27/2/1934), fondateur du Sodalitium Planum, et de monseigneur Michel Guérard des Lauriers (27/2/1988), auteur de la thèse théologique dite de Cassiciacum, quelques questions ont été posées en février 2017 à monsieur l’abbé Francesco Ricossa, supérieur de l’Institut Mater Boni Consilii et directeur de la revue Sodalitium.
1 – Monsieur l’abbé, le 27 février 1934 mourait à Rome monseigneur Umberto Benigni. En 1988, le même jour, mourait monseigneur Michel Guérard des Lauriers. L’Institut Mater Boni Consilii est très lié à ces deux personnages : pouvez-vous nous en expliquer la raison ?
Le modernisme est, maintenant depuis plus d’un siècle, l’hérésie de notre temps. Son agnosticisme rend radicalement impossible l’acte de foi, et donc détruit la vie surnaturelle. Son fidéisme fait pire encore, si c’est possible, en fabriquant une contrefaçon de la foi et de la religion. Monseigneur Benigni a peut-être été l’ennemi le plus lucide du modernisme, tout comme monseigneur Guérard des Lauriers du néomodernisme. Voici un motif suffisant pour leur être étroitement liés. Monseigneur Benigni, je l’ai “rencontré” dans les années 70, d’abord en lisant la documentation retrouvée dans son Sodalitium Pianum, publiée et présentée par Émile Poulat dans Intégrisme et catholicisme intégral. Monseigneur Guérard des Lauriers, nous avons eu la grâce de le connaître de près. J’ai déjà parlé des similitudes entre ces deux prêtres qui enseignèrent tous deux dans les universités romaines, de leur style ironique toujours au service de la foi, de leur profonde originalité, jusqu’à la modernité de leur pensée. Ni l’un ni l’autre, par ailleurs, l’un dans le domaine historique, l’autre en théologie, ne se limitèrent à combattre les symptômes et les effets de la maladie (c’est-à-dire le modernisme), mais ils surent remonter jusqu’à ses origines, non indépendantes d’une certaine décadence de la pensée théologique catholique influencée par le naturalisme et le volontarisme.
2 – Dans le milieu de la Fraternité saint Pie X, on a toujours peu parlé, ou même mal parlé, de monseigneur Benigni : chose surprenante de la part d’une société sacerdotale qui s’inspire, au moins par son nom, de saint Pie X dont monseigneur Benigni fut un des plus fidèles serviteurs. Est-ce par oubli ou par ingratitude ?
Oublieux et ingrats. Comme excuse partielle, on peut dire qu’après la mort de saint Pie X, les dénommés catholiques “intégraux” qui défendirent la ligne du saint pontife, furent condamnés à une véritable et réelle “damnatio memoriæ” qui effaça leur souvenir (ou dénigra leur souvenir) non seulement chez leurs adversaires mais même parmi leurs amis. Cette “diabolisation” dura jusqu’à la béatification puis la canonisation de saint Pie X, fortement voulue par Pie XII. Qui s’opposait à la canonisation de Pie X (comme le cardinal Gasparri) l’accusait précisément d’avoir soutenu l’oeuvre de monseigneur Benigni. L’enquête (“Disquisitio”) du père Antonelli en réponse à ces objections, “réhabilita” en même temps Pie X et monseigneur Benigni. La tempête conciliaire empêcha, cependant, que cette révision historique portât ses fruits. Cela apparaît évident à la vue de l’impréparation avec laquelle les évêques de bonne doctrine entrèrent au Concile, ainsi que par l’absence chez eux d’une vision lucide de la gravité de la situation, vision bien présente au contraire chez saint Pie X et monseigneur Benigni. Monseigneur Lefebvre devait sa formation au recteur du Séminaire français de Rome, le père Le Floch, lié au cardinal Billot (et donc plus proche de la pensée de l’Action Française que du catholicisme intégral). Mais au moins, il connaissait et citait l’abbé Barbier. Il n’en était pas ainsi de ses prêtres : je n’oublierai jamais la série d’articles en l’honneur de saint Pie X publiés dans la revue française de la Fraternité, Fideliter, dans laquelle, falsifiant l’histoire, on dénigrait les catholiques intégraux qui soutinrent saint Pie X, et où l’on exaltait au contraire les “modernisants” qui lui firent obstacle et qui, après sa mort, enterrèrent son oeuvre. Là, la Fraternité ne fut pas oublieuse, mais ingrate. Je crois que cette ligne historiographique fut dictée également par le fait que les prêtres d’Écône voyaient dans les “intégraux” du passé les précurseurs des “sédévacantistes” détestés, qui étaient diabolisés à Écône par tous ceux qui rêvaient déjà d’une entente, d’un compromis avec l’adversaire moderniste. C’est pour cette raison que j’ai choisi pour notre revue, en 1983, le nom de Sodalitium, en honneur au Solalitium pianum de monseigneur Benigni.
3 – Le second volume de la réimpression en italien de la Storia sociale della Chiesa (Histoire sociale de l’Église) est sorti : c’est un choix éditorial courageux qui semble plébiscité par les lecteurs, à en juger par le nombre des ventes. Pourquoi lire aujourd’hui une histoire de l’Église écrite il y a cent ans?
Les livres vraiment importants sont toujours d’actualité. Parmi ceux-ci : l’oeuvre de monseigneur Benigni, qui n’est pas une banale histoire de l’Église comme on peut en trouver beaucoup, mais une histoire sociale, qui montre l’influence du catholicisme sur toute la société dans la formation de la chrétienté, c’est-à-dire du Règne social du Christ. En même temps, l’oeuvre de monseigneur Benigni analyse le travail continu, au cours des siècles, des adversaires de l’Église, ce qui permet au lecteur, justement, de ne pas être cueilli à l’improviste face aux attaques des adversaires, contrairement à ce qu’il advint aux “bons” pendant les années 60. Tout ceci dans un style captivant, nullement rhétorique, mais scientifique, sérieux et moderne.
4 – De même, monseigneur Guérard des Lauriers, éloigné comme professeur du séminaire d’Écône, n’a jamais joui d’une grande popularité dans les milieux lefebvristes. Et pourtant, tout de suite après le Concile, ne se dressa-t-il pas publiquement contre le nouveau missel, avant même monseigneur Lefebvre et beaucoup d’autres “traditionalistes” ? Il suffit de penser à la rédaction du Bref examen critique du N.O.M., qui lui coûta sa chaire à l’université du Latran. L’aversion envers monseigneur Guérard ne serait-elle pas due au fait que, contrairement à monseigneur Lefebvre, il n’a jamais eu recours au “tampon”?
En effet, le père Guérard fut éloigné d’Écône en septembre 1977 pour avoir fait allusion à la vacance formelle du Siège Apostolique. Mais la rupture définitive entre le père Guérard des Lauriers et monseigneur Lefebvre fut consommée à l’occasion de la publication de la Lettre n°16 aux amis et bienfaiteurs de la Fraternité saint Pie X, en mars 1979, dans laquelle monseigneur Lefebvre rendait publique sa lettre du Noël 1978 à Jean-Paul II. Monseigneur Lefebvre demandait à Wojtyla de lui laisser faire “l’expérience de la Tradition”. Pour être d’accord, il aurait suffi que les évêques permissent, sous leur contrôle, la célébration de la messe sous l’un ou l’autre rite. Donc monseigneur Lefebvre demandait vraiment beaucoup moins que ce qui est offert aujourd’hui à monseigneur Fellay. Le père Guérard des Lauriers répondit par une lettre qui fit grand bruit : “Monseigneur, nous ne voulons pas de cette paix” (12 avril 1979, Jeudi Saint, dix ans après le Bref examen critique). Le dossier complet sur ces faits est publié dans notre site en français.
   
Je pense cependant que tous les deux ne s’entendirent pas pour des raisons plus profondes. Le père Guérard des Lauriers était un homme de doctrine, il avait le culte de la vérité. Monseigneur Lefebvre ne montrait pas d’intérêt pour la théologie, il tenait les questions doctrinales pour source de division, il prenait le pragmatisme pour de la pastorale…
5 – Il y a encore quelques années, presque personne ne parlait de monseigneur Benigni. L’oeuvre de divulgation promue par votre Institut de Verrua Savoia, par la revue Sodalitium et sa maison d’édition, par des centres d’étude comme “Davide Albertario” de Milan et “Giuseppe Federici” de Rimini, a permis de le faire connaître à un nombre toujours plus grand de personnes. Malheureusement, cependant, certains se réclament du nom de monseigneur Benigni dans des contextes décidément incompatibles avec la ligne de l’authentique catholicisme intégral défendue par le prélat de Pérouse. Qu’en pensez-vous?
Cela me dégoûte. Pour certains, le catholicisme “intégral” est devenu une coquetterie, une étiquette dépourvue de signification, à accrocher à tout et son contraire. Éternels adolescents, il jouent avec des choses plus grandes qu’eux. Il y a ceux qui parlent de catholicisme “intégral” ou intransigeant à propos d’écrivains immoraux de la décadence, qui n’ont rien à voir avec la bataille contre le modernisme. Et ceux qui (ce sont les mêmes) mettent côte à côte les portraits de monseigneur Lefebvre et monseigneur Guérard des Lauriers, sans se rendre compte (?) que mettre ensemble les opposés veut dire pratiquer l’oecuménisme et ce libéralisme qu’ils disent, en paroles, vouloir combattre. Dans un certain sens, il valait mieux oubli et ingratitude.
6 – Parmi les prêtres qui ont laissé la Fraternité saint Pie X, en désaccord avec l’accord recherché par monseigneur Fellay (par exemple, la “résistance” de monseigneur Williamson) règne souvent une profonde confusion sur les questions de théologie et d’ecclésiologie, conséquence du lefebvrisme. Je suis conscient d’enfoncer une porte ouverte mais ne pensez-vous pas que ces prêtres devraient mieux approfondir la pensée de monseigneur Guérard des Lauriers, pour pouvoir acquérir une plus grande rigueur théologique?
Maintenant, notre Institut a dépassé son trentième anniversaire. Nous sommes parmi les “doyens” de ceux qui ont quitté la Fraternité, et je peux offrir aux plus jeunes un témoignage de ce qu’a été notre expérience personnelle. Nous avons trouvé la force et le courage de quitter la Fraternité parce qu’il était alors manifeste que nous n’y étions pas dans la vérité. Mais si cela nous semblait évident, il ne nous apparaissait pas clairement, cependant, où la trouver. C’est pourquoi il nous fallut presque une année, jusqu’en septembre 1986, pour embrasser publiquement la thèse théologique du père Guérard. Ce fut un an d’étude, de prière et de réflexion. Notre Mère du Bon Conseil nous fit enfin rencontrer monseigneur Guérard des Lauriers, le seul théologien, je crois, à avoir pris publiquement et depuis le début position contre les erreurs modernes consécutives au Concile.
    
Depuis trente ans, l’Institut est resté fidèle à ce choix, mais je dois dire que, aussi grâce au travail quotidien pour former de jeunes candidats au sacerdoce, nous avons approfondi toujours plus notre étude de la théologie et de la doctrine catholique. La crise que nous vivons est avant tout une crise doctrinale, dont les racines sont antérieures au Concile lui-même, et une sérieuse préparation théologique s’impose au prêtre catholique. La situation présente ne diminue pas cette exigence, au contraire, elle la renforce. Pour certains, les années consacrées à l’étude sont presque une perte de temps. Je considère au contraire que la formation intellectuelle du clerc est une mission de première importance. L’une des raisons – certainement pas la seule – du peu d’importance accordée à l’étude et à la théologie par beaucoup de prêtres “traditionalistes” (alors qu’au contraire beaucoup de laïcs autodidactes, comme cela se produit dans les périodes de crise religieuse, se passionnent pour ces questions doctrinales, bien que n’en n’ayant pas, le plus souvent, la compétence ni la forma mentis, et donc les bases pour pouvoir le faire), est à rechercher justement dans le “lefebvrisme”. Non pas que monseigneur Lefebvre n’ait eu à coeur la formation du clergé, bien au contraire ! Mais, comme on l’a dit, il y avait en lui une tendance au pragmatisme (à des fins pastorales) et une certaine méfiance pour les débats théologiques (qu’il considérait comme des facteurs de division) qui porta la Fraternité à trouver son seul facteur de cohésion dans la figure du fondateur. Et aussi, celui qui quitte la Fraternité (vers la “droite” comme vers la “gauche”) prend souvent comme référence doctrinale la pensée de monseigneur Lefebvre laquelle, malheureusement, en raison justement des caractéristiques déjà dites, est susceptible de mille interprétations, parfois même contradictoires entre elles. Pour cela, c’est avec chagrin que dans notre dernier communiqué à propos de l’accord déjà réalisé entre monseigneur Fellay et Bergoglio, nous avons écrit : la Fraternité passe, mais le lefebvrisme demeure.
7 – Pour finir : plus d’un lecteur est dans l’attente de la publication de la vie de monseigneur Benigni et de monseigneur Guérard. Y at-il un espoir de ce côté?
Nous devrions faire comme monseigneur Tissier de Mallerais quand il a dû écrire la biographie de monseigneur Lefebvre : prendre une année sabbatique, ou même plus, pour pouvoir nous consacrer entièrement à cette entreprise. Malheureusement, votre serviteur, ou bien Don Giuseppe Murro, parcourent encore les routes et les autoroutes pour porter la messe et les sacrements aux fidèles. Quand la jeune relève se substituera à cette tâche, nous pourrons finalement nous consacrer au rêve d’une vie!

[Sodalitium] Memento de Mgr Guérard des Lauriers o.p.

SOURCE - Sodalitium - 27 février 2018

«Jésus a été jugé, condamné, maltraité, crucifié, enseveli ; “tout est consommé” (Jn XIX,30) ; les plus fidèles l’ont suivi jusqu’au bout, à leur tour ils quittent le tombeau. Marie, Elle aussi, retourne en sa demeure : ses compagnes reviendront… Marie ne reviendra pas. Elle quitte le tombeau sans l’espoir inavoué dont se bercent les faibles : aimant plus que les autres, Marie souffre le plus, Elle sait qu’Elle ne retrouvera plus Jésus comme “avant”. Elle croit, et cela lui suffit. 
Va-t-en de ton pays, de la maison de ton père, va dans le pays que je te montrerai, et “je ferai de toi une grande nation”… (Jn XII,1) Marie, partez : partez de ce Sépulcre, il est seulement le lieu de votre cœur de chair. Marie, partez : Jésus veut Vous faire Mère de tous les croyants. 
Marie qui nous avez enseigné comment entreprendre le chemin de la Croix, enseignez-nous comment il faut achever.» 
Tiré de “La voie royale” de Mgr Guérard des Lauriers
CURRICULUM VITAE

Né en 1898, près de Paris, Michel Guérard des Lauriers fréquente les établissements de l’enseignement laïc. Il entre à l’École Normale Supérieure en 1921, et passe l’agrégation de mathématiques en 1924.

Il étudie deux ans à Rome, avec le Professeur T. Levi-Civita, et prépare une thèse qu’il soutiendra à la Sorbonne sous la présidence du Professeur Elie Cartan.

Entré dans l’Ordre des Prêcheurs en 1926, il y fait profession en 1930, et est ordonné Prêtre en 1931. Professeur à l’Université dominicaine du Saulchoir depuis 1933, il enseigne également à l’Université pontificale du Latran à partir de 1961.

Ce séjour romain fut, pour le Père Guérard des Lauriers, l’occasion d’élaborer la partie doctrinale et de collaborer à la rédaction originale [due à Cristina Guerrini] de la lettre intitulée : « Breve esame critico del Novus ordo missæ », lettre adressée à Paul VI le 5 juin 1969, fête du Corpus Domini, par les Cardinaux Bacci et Ottaviani. Cette démarche valut au Père Guérard des Lauriers d’être congédié du Latran, en juin 1970, en même temps que le Recteur Mgr Piolanti et une quinzaine de professeurs tous jugés indésirables. Depuis lors, le Père Guérard des Lauriers vit « extra conventum », « cum permissu superiorum».

Le Père Guérard des Lauriers est l’auteur de plusieurs ouvrages de théologie et de nombreux articles concernant la philosophie des sciences, la critique de la connaissance, la théologie spirituelle. Il est membre de l’Académie pontificale de St Thomas d’Aquin.

Le Père Guérard des Lauriers a publié, en 1978, puis dans les « Cahiers de Cassiciacum », une thèse jusqu’à présent non réfutée ; cette thèse consiste à affirmer la vacance formelle du Siège apostolique, certainement à partir du 7 décembre 1965.
  
Le Père Guérard des Lauriers a reçu la Consécration épiscopale, le 7 mai 1981, de Mgr Pierre-Martin Ngô-dinh-Thuc, ancien Archevêque de Hué : Consécration valide, eu égard au rite traditionnel intégralement observé (…).
   
Le Père Guérard est mort le 27 février 1988, et fut inhumé au cimetière de Raveau (Nièvre).

[Reconquista] Mgr Fellay (FSSPX) refuse d'ordonner les capucins de Morgon

SOURCE - Reconquista - 27 février 2018

Mgr Fellay vient encore de frapper des prêtres de la Tradition. Nous y sommes habitués mais cette fois-ci ce sont les Pères Capucins de Morgon qui sont dans son collimateur. Rappelons-nous cependant que toute persécution, viendrait elle d'ecclésiastiques, reste une grande grâce. Puissent les pères de Morgon en profiter à bon escient pour prendre de bonnes décisions. 
   
Nous avons appris par diverses sources que le supérieur général de la Fraternité Saint Pie X venait de signifier aux capucins de Morgon son refus de conférer la prêtrise aux deux diacres capucins qui devaient être ordonnés en juin. Les supérieurs de la FSSPX semblent coutumier de ces interdits puisque déjà en 2012, quelques jours seulement avant les cérémonies du 29 juin, Mgr Fellay avait interdit d’ordinations les candidats des dominicains d’Avrillé et les Franciscains de Morgon sous le prétexte de leur attitude « non confiante » à propos du préambule doctrinal qui devait entériner le ralliement de la FSSPX à la Rome conciliaire. 
   
Les capucins de Morgon ont régulièrement et charitablement manifesté leur désaccord avec les autorités de la FSSPX : que ce soit la recherche d'un accord purement canonique avec la Rome moderniste (sermon du RP Jean) ou le refus de célébrer et participer au jubilé de la fausse miséricorde du Pape François. Mais il semble que Mgr Fellay ait été aussi très fâché que les Pères Capucins osent aider ou soutenir moralement les prêtres persécutés par les autorités accordistes de Menzingen (Abbé Morgan etc..) Ce qui a probablement décidé Menzingen de frapper les Pères Capucins est le soutien apportés par eux aux 7 doyens sur l'affaire des mariages. Les pères ont en effet considéré qu'il était inadmissible de placer les mariages des fidèles de la Tradition dans le cadre du nouveau code qui, selon Mgr Lefebvre, a été la pire des réformes conciliaires.
   
Tous ces éléments ont donc abouti à cette inévitable rupture. La faute n'en revient aucunement aux Pères Capucins qui n'ont eu que pour seul souci de maintenir la Fidélité à la Tradition Catholique.
   
Reste l'ordination des deux diacres capucins . Comment les capucins pourront ils désormais les faire ordonner ? Soit la maison générale de la FSSPX revient sur tout ce qui a été cause de cette rupture et abandonne l'idée d'un accord canonique avec la Rome moderniste soit la Providence donnera aux pères l'opportunité de trouver un véritable évêque catholique qui ne soit pas inféodé à Mgr Fellay.

26 février 2018

[Reconquista] Ce 24 février, ordres mineurs à Avrillé

SOURCE - Reconquista - 24 février 2018

Ce samedi 24 février, Mgr Zendejas a conféré la tonsure à 5 séminaristes du séminaire Saint Louis-Marie Grignion de Monfort, ainsi que les premiers ordres mineurs (de portier et lecteur) à 3 séminaristes. Lors de cette même cérémonie, un dominicain a reçu les seconds ordres mineurs (d'acolyte et exorciste). Lors de son homélie, prononcée en bon français, Mgr Zendejas a rappelé la grande importance de ces ordres mineurs.

[Le Dauphiné] Albertville : Les Capucins de Morgon renoncent à acheter le Clos des Capucins

SOURCE - Le Dauphiné - 26 février 2018

Nouveau rebondissement dans le feuilleton du Clos des Capucins. La communauté religieuse traditionaliste des Capucins de Morgon renonce à acheter le bâtiment pour un euro symbolique. C’est ce que vient d’annoncer le maire, Frédéric Burnier Framboret, lors du conseil municipal, qui se déroule ce soir.
  
Sans doute ont-ils été refroidis par la décision du tribunal administratif de Grenoble, qui en décembre dernier avait jugé illégale la décision de vente prise par le conseil municipal le 21 septembre 2015 et donné raison aux élus du groupe Osons, auteurs du recours au tribunal. Les élus d'Osons se sont dit soulagés, regrettant toutefois que la Ville n'ait pas pris, elle-même, cette décision.
  
Le maire a annoncé que le bâtiment sera remis en vente.

23 février 2018

[FSSPX Actualités] Chine: un évêque de l’Eglise clandestine prêt à se démettre, s'il le faut

SOURCE - FSSPX Actualités - 23 février 2018

Un des évêques chinois au cœur de la dispute entre Pékin et le Vatican a déclaré le 11 février 2018 qu’il respecterait un accord éventuel entre les deux parties, tout en mettant en garde contre les intentions du régime communiste.

Mgr Guo Xijin est un évêque de cette Eglise « clandestine » demeurée fidèle à Rome. Le Saint-Siège lui a demandé, dans le cas où les relations entre les deux pays se normaliseraient, de se retirer au profit d’un évêque de l’Eglise « officielle » qui serait sur le point d’être réintégrée dans l’unité romaine.

Sortant de son silence le 11 février 2018, avant la messe du soir, Mgr Guo a déclaré vouloir « respecter les termes » d’un éventuel accord : « j’obéirai à la décision romaine », a-t-il affirmé sans détours. Mais le prélat précise avoir de nombreuses fois remarqué le « manque de bonne volonté » des autorités chinoises peu enclines à laisser au Vatican « le dernier mot » sur la vie de l’Eglise en Chine.

Jusqu’ici Mgr Guo n’a toujours pas le droit de porter ses insignes épiscopaux : les autorités permettent qu’il revête une simple soutane de prêtre, et chacun de ses déplacements doit être notifié à la police. Ce qui ne l’empêche pas de faire des séjours réguliers en prison.

Néanmoins la situation évolue : Mgr Guo reconnaît que les pressions contre l’Eglise ont diminué au fil des années : « le gouvernement s’ouvre peu à peu, même si on sent encore une certaine fébrilité » conclut-il.

Si un accord était signé entre la Chine et le Vatican, il serait mis fin à un schisme datant de 1957, année de la création de « l’Eglise patriotique » à la solde du pouvoir communiste. Mais à quel prix ? Le mois dernier, le cardinal Joseph Zen, évêque émérite de Hong-Kong, avait rencontré le pape François pour mettre en garde contre un rapprochement avec Pékin qui se ferait au détriment de l'Eglise "clandestine", fidèle à Rome.

Certains observateurs font un parallèle avec la situation en France au moment du Concordat de 1801, passé entre Napoléon Ier et le Saint-Siège. De nombreux évêques fidèles à Rome avaient dû démissionner afin de trouver une issue au schisme provoqué par la Constitution civile du clergé. Plusieurs évêques, prêtres et fidèles ne parvenant pas à apprécier correctement la situation et à se soumettre à la décision de Pie VII, avaient refusé le Concordat, fondant une « Petite Eglise » schismatique. Pour l'heure, il est trop tôt pour établir un tel parallèle. Comparaison n'est pas raison : Napoléon Ier se présentait comme le restaurateur de l'Eglise et de la religion là où le Parti communiste chinois n'affiche pas d'intentions claires et n'a visiblement pas renoncé à contrôler la religion dans le pays. Le cardinal Zen fait courageusement entendre la voix de tous ceux qui connaissent le régime et ses pressions sur la liberté de l'Eglise. 

20 février 2018

[Paix Liturgique] «On nous a changé la religion!» : le grand effondrement de 1965

Ouverture du concile
Vatican II par saint Jean XXIII
SOURCE - Paix Liturgique - lettre n°632 - 20 février 2018

Réflexions à propos de la parution du livre Comment notre monde a cessé d'être chrétien, Anatomie d'un grand effondrement (Seuil, février 2018), un livre de Guillaume Cuchet. 

Ce livre-diagnostic, qui vient à peine de sortir, fera date. L'auteur, professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris-Est Créteil, entend préciser à quel moment et pour quelles raisons a commencé, en France, le recul spectaculaire du catholicisme. 

Pour lui – et c'est sous cet aspect qu'il intéresse particulièrement Paix Liturgique – le catholicisme d'une population se mesure extérieurement, qu'on le veuille ou non, par sa pratique dominicale régulière, qui manifeste et entretient, avec bien entendu des variantes et des nuances, un attachement à l'Église et à son corpus doctrinal. À défaut de cette pratique, une culture chrétienne peut persister un certain temps (ainsi Emmanuel Todd, dans Qui est Charlie ? Sociologie d'une crise religieuse, Seuil, 2015, a montré que les anciennes provinces françaises catholiques avaient plus fortement manifesté contre l'Islam radical), mais par la force des choses cette culture catholique elle-même va disparaissant. 

C'est entre 1965 et 1966, que la pratique dominicale a décroché, c'est-à-dire à la fin du concile Vatican II, alors que la réforme liturgique avait commencé. Guillaume Cuchet combat l'idée reçue qui veut que Mai 68 et l'encyclique Humanæ Vitæ de Paul VI condamnant la contraception, publiée en juillet 68, aient été les déclencheurs de ce décrochement. Ils l'ont accentué, mais il a eu lieu avant, en 1965.

Cet effondrement a été d'autant plus spectaculaire que les enquêtes sociologiques précédentes, jusqu'en 1962, étaient plutôt optimistes. Lancées après la guerre, de manière très systématique, dans les diocèses et les paroisses, par le célèbre chanoine Boulard, sur un projet initial du sociologue Gabriel Le Bras, elles avaient abouti, à partir de 1947, à l'édition successives de cartes (les « cartes Boulard »), qui distinguaient les paroisses chrétiennes (Ouest, Pays Basque, sud, sud-est du Massif Central, cantons du Nord, Alsace), et les « pays de mission », où la pratique tombait à 40% et moins. Elles montraient que la période d'après-guerre a correspondu à une embellie pour le catholicisme français. Ce mieux se plaçait dans une série de flux et de reflux que Gérard Cholvy et Yves-Marie Hilaire ont mis en évidence dans leur Histoire religieuse de la France contemporaine (Privat, 1988) : hautes eaux vers 1760 ; reflux considérable avec la Révolution jusque vers 1830 ; remontée très notable jusqu'à l'installation de la Troisième République ; déclin à l'époque des lois anticléricales, qui cesse vers 1910 ; nouvelle remontée, enfin, qui culminera en 1960. Hauts et bas, cependant, sur une longue courbe constamment descendante depuis la Révolution, montrant une laïcisation progressive de la société. Une embellie donc, après la guerre, où on recueillait les fruits d'un réseau dense d'œuvres catholiques, d'un moindre anticléricalisme, d'une immigration italienne et polonaise pratiquante, d'un investissement considérable du clergé dans les patronages, écoles, œuvres de jeunesse. La transmission catholique était assurée : les jeunes devenant adultes pratiquaient dans la même proportion que leurs parents et même légèrement mieux. Et puis, patatras ! 

En mars 1975, entre bien d'autres études et sondages, une enquête révélait une chute de 47% de la pratique dans le diocèse de Paris depuis 1954. En 1974, à Lille, on constatait qu'un tiers des pratiquants avait disparu depuis les dernières années. Des analyses plus fines permettant de dater la chute de 1965-1966, plutôt en 1965. 

De travaux en travaux, toutes les instances ecclésiastiques devaient convenir, tout en cherchant d'abord à minimiser, qu'un incroyable décrochement s'était produit. Qui plus est, il affectait tout particulièrement les jeunes de familles pratiquantes du baby-boom. Autrement dit, la génération de catholiques qui arrivait à 20 ans en1965, pour la première fois dans l'histoire, n'a pas bénéficié de la transmission de l'héritage catholique. Et bien entendu, ce fait colossal va désormais se démultiplier. 

En définitive, d'une pratique dominicale, juste avant le Concile, en moyenne, de 25% des Français (avec 80% des enfants faisant leur communion solennelle, c'est-à-dire pratiquant et étant catéchisés jusqu'à l'âge de 12 ans), on est passé aujourd'hui, si on considère les vrais chiffres, ceux de la pratique tous les dimanches et non pas une fois par mois, à moins de 2% de pratiquants (très exactement : 1,8%, enquête Ipsos pour La Croix, 12 janvier 2017), les femmes pratiquant désormais aussi peu que les hommes. Et cet arasement est général : toutes les provinces, les villes comme les campagnes sont désormais à égalité, à ceci près que la société française s'est considérablement urbanisée et que les assemblée dominicales des villes sont de ce fait numériquement plus importantes que celles des chefs-lieux de cantons où est encore célébrée la messe le dimanche. 

Vatican II, « événement déclencheur » 

Précisons que Guillaume Cuchet voudrait exonérer le Concile comme tel des causes du phénomène. Il le considère cependant comme « événement déclencheur » de l'effondrement : « On ne voit pas en effet quel autre événement contemporain aurait pu engendrer une telle réaction. La chronologie montre que ce n'est pas seulement la manière dont le concile a été appliqué après sa clôture qui a provoqué la rupture. Par sa seule existence, dans la mesure où il rendait soudainement envisageable la réforme des anciennes normes, le concile a suffi à les ébranler, d'autant que la réforme liturgique, qui concernait la partie la plus visible de la religion pour le plus grand nombre, a commencé à s'appliquer dès 1964. » (p. 130) 

Dans le Concile, cependant, il incrimine le texte fameux sur la liberté religieuse, Dignitatis Humanæ, qui concernait en définitive les rapports de l'Église et des États chrétiens, mais qui a été entendu, non sans raison, comme une consécration de la liberté de la conscience de chaque catholique. D'où le développement d'une « religion à la carte », où chacun module en quelque sorte son propre Credo. 

Les normes gênantes sont désormais passées sous silence dans l'enseignement, la principale en l'espèce étant l'obligation faite par le commandement de l'Église d'assister à la messe le dimanche, sous peine de péché grave. C'est le clergé lui-même qui a « désinstallé » les règles qu'il avait tant œuvré à faire respecter depuis le Concile de Trente. Du coup, le milieu pratiquant, qui se « reproduisait » en transmettant de génération en génération ce catalyseur de l'être catholique (voir saint Justin, au IIe siècle, expliquant que le chrétiens se distinguent en pratiquant leur culte le jour de la semaine où le Seigneur est ressuscité), a cessé de transmettre cette pratique fondamentale et tout ce qui allait avec. 

S'agit-il toujours de la même religion ? 

En 1952, 51% des adultes baptisés déclaraient se confesser une fois par an. En 1974, ils sont 29%, presque la moitié en moins. Quant au groupe des pénitents fréquents (une fois par mois), il s'est évaporé entre 1952 et 1974. Le décrochage, ici aussi, a eu lieu à la fin du Concile. 

Ceci s'est conjugué avec un silence sur les fins dernières : « Le clergé a cessé assez brutalement de parler de tous ces sujets délicats, comme s'il avait arrêté d'y croire lui-même, en même temps que triomphait dans le discours une nouvelle vision de Dieu, de type plus ou moins rousseauiste : le "Dieu Amour" (et non plus seulement "d'amour") des années 1960-1970 » (p. 216). On a assisté à une entreprise de démythologisation de l'ancien catéchisme, « dont le jugement, l'enfer, le péché mortel, Satan ont plus ou moins fait les frais » (p. 265). Et cela au moment où le Concile s'achevait (cf. Yves Lambert, dans Dieu change en Bretagne, Cerf, 1985). 

Bien entendu, pour s'être effondré si rapidement, et avec si peu de résistance, il fallait bien que cet ensemble catholique ait été miné de l'intérieur depuis longtemps. La nouvelle ligne doctrinale sur l'œcuménisme et les relations avec les religions non-chrétiennes ont alors fait sauter l'édifice : « Vatican II a été, de ce point de vue, le théâtre d'une sorte de nuit du 4 août dans l'au-delà qui a mis fin aux privilèges des catholiques quant au salut. Désormais, l'Église ne se concevrait plus que comme l'instrument du salut pour tous, sans discrimination ni privilège, même si les fidèles qu'on avait formés jusque-là dans une tout autre théologie risquaient de s'en trouver un peu déstabilisés et de s'interroger, dans ces conditions, sur les bénéfices réels de l'affiliation. » (p. 257) 

Au total, la fracture au sein de la prédication catholique est « si manifeste qu'un observateur extérieur pourrait légitimement se demander si, par-delà la continuité d'un nom et de l'appareil théorique des dogmes, il s'agit bien toujours de la même religion » (p. 266). 

La rupture liturgique 

Même s'il y insiste peu, ne voulant pas vraiment mettre en cause les textes de Vatican II et sa réforme liturgique, Guillaume Cuchet, indique à plusieurs reprises que le moment du grand décrochement est lié aux bouleversements cultuels : « La réforme liturgique, qui concernait la partie la plus visible de la religion pour le plus grand nombre, a commencé à s'appliquer dès 1964 » (p. 130). La crise de la communion solennelle a été une sorte de révélateur : les éléments réformateurs du clergé avaient tendance à critiquer un rite « formel, hypocrite, "sociologique", sans véritable valeur spirituelle ». Rares ont été ceux qui, comme le P. Serge Bonnet, dominicain, défendaient la qualité spirituelle de la religion populaire, dont la communion solennelle était devenue un élément important (*). 

« Dans le domaine de la piété, écrit l'auteur p. 134, des aspects de la réforme liturgique qui pouvaient paraître secondaires, mais qui ne l'étaient pas du tout sur le plan psychologique et anthropologique, comme l'abandon du latin, le tutoiement de Dieu, la communion dans la main, la relativisation des anciennes obligations ont joué un rôle important. » Au total, c'est un monde qui a disparu presque d'un coup. Sonnés par des modifications à jet continu dans la messe dominicale, désarçonnés par l'abandon de la soutane par le clergé, dont une partie va même abandonner le sacerdoce, dégoûtés par une prédication politique socialisante, les paroissiens ne s'y retrouvaient plus et quittaient leur vieille maison familiale sur la pointe de pieds. 

LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE 

1 – Guillaume Cuchet est tout le contraire d'un anti-conciliaire, ce qui rend son propos d'autant plus percutant. On peut tout de même ajouter à ce qu'il dit, que le concile Vatican II a globalement représenté une transaction de l'Église avec le libéralisme qu'elle avait théoriquement condamné jusque-là avec la dernière énergie. De même la traduction liturgique du Concile qu'a été tout naturellement la réforme liturgique équivaut aussi à un passage, jusqu'à un certain point, au libéralisme moderne : effacement des doctrines qui fâchent (messe-sacrifice, sacerdoce hiérarchique, etc.) et relativisation de toute règle, rubrique, obligation. Du coup, Mai 68 aura un effet encore plus dévastateur dans l'Église : toutes les défenses avaient déjà craqué, c'est ainsi qu'il apparut à beaucoup que la réforme liturgique fut en réalité, plus qu'un simple réforme liturgique, la canonisation d'un changement de la Foi. 

2 – 1965, moment du grand décrochement : il est certain que, du point de vue liturgique, l'avalanche de réformes qui a précédé le missel nouveau à partir de 1964 (date du démarrage de la réforme), a été dévastatrice. De 1964 et de la messe face-au-peuple avec de nombreuses parties en langue vernaculaire à 1974 (nouveau rituel du sacrement de pénitence), en dix ans, les suppressions ont succédé aux allégements, les abandons aux simplifications, ce qui a donné aux catholiques l'impression de changements qui ne cesseraient plus. On avait l'impression que de haut en bas les ecclésiastiques avaient à cœur de bousculer les habitudes de leurs ouailles : ils devaient entrer dans une autre époque, et c'était le signe que la liturgie nouvelle donnait. 

3 – Comment en sortir n'est pas le sujet de Guillaume Cuchet, qui se livre seulement à une « anatomie » de l'effondrement. Une étude aussi aiguë du catholicisme d'aujourd'hui, avec ses forces nouvelles au sein d'une grande faiblesse, serait particulièrement intéressante et importante à mener. L'auteur dit au passage, à juste titre, que contrairement à ce que pense Emmanuel Todd, le catholicisme n'est pas aujourd'hui dans une « phase terminale ». Par ailleurs la rupture est encore fraîche pour un certain nombre de pratiquants. Dans Ces fidèles qui ne pratiquent pas assez… Quelle place dans l'Église (Lessius, 2017), Valérie Le Chevalier voudrait que les catholiques pratiquants « sortent » pour aller à la rencontre des catholiques non pratiquants. Elle aurait raison si c'était dans le but de les inviter à « rentrer », ce qui n'est pas son propos. Mais c'est assurément encore possible pour beaucoup d'entre eux. Il faudrait préalablement accepter de faire un sérieux examen de conscience sur les erreurs passées. En outre, on pourrait prendre en compte les « signes des temps », que sont aujourd'hui l'attrait des formes liturgiques traditionnelles pour les jeunes, comme aussi l'attrait des filières traditionnelles pour les vocations. Ou encore, ces masses de chrétiens jeunes et même très jeunes qui se manifestent, y compris dans la rue, mais qui sont un troupeau sans pasteurs, qui ne demande qu'à être guidés par des pasteurs. Des pasteurs et non plus des démissionnaires. 

4 – On n'insistera d'ailleurs jamais assez sur le fait que le « pastoral » est la grande marque de l'ère conciliaire, où le dogme a cédé la place à une doctrine souple. Qu'est-ce à dire, sinon que l'autorité s'est diluée d'elle-même ? Et cela est vrai pour l'ensemble de la discipline et du culte : plus d'obligations infrangibles, mais des invitations, des sollicitations dans un grand climat de liberté. En liturgie, rien n'est plus vraiment obligatoire, et des choix comme à l'infini permettent à chaque prêtre d'organiser sa célébration et de faire passer les messages qu'il veut. Tout cela participe de la grande crise d'autorité, ou de « paternité » par laquelle la modernité a basculé dans l'ultra-modernité. La grande conséquence est que le principe de la transmission par l'éducation ne fonctionne plus. On savait tout cela, mais ce que Guillaume Cuchet souligne est que cette rupture phénoménale a eu lieu dans l'Église avant d'avoir eu lieu dans la société. On s'est souvent gaussé des hommes d'Église, qui couraient derrière le monde moderne mais avaient toujours un train de retard. Eh bien c'est faux ! La révolution doctrinale et liturgique du Concile a précédé la révolution de Mai 68. Et ce fut un suicide. 

(*) À hue et à dia : les avatars du cléricalisme sous la Ve république, Cerf, 1974.