21 avril 2018

[Jean-Pierre Mau­gendre - Renaissance Catholique] Macron et l’Église : un discours ambigu

SOURCE - Jean-Pierre Mau­gendre - Renaissance Catholique - 17 avril 2018
Le 9 avril der­nier, le Pré­sident de la Répu­blique a tenu au Col­lège des Ber­nar­dins, devant les évêques de France, un dis­cours très remar­qué. Les catho­liques sont tom­bés sous le charme et les laïcs sous le choc. Cepen­dant ni l'enthousiasme des uns ni les impré­ca­tions des autres ne semblent tota­le­ment jus­ti­fiés.
Un éloge inattendu de l'Église
Notons d'abord qu'Emmanuel Macron n'a pas tari d'éloges sur l'Église et son rôle dans la socié­té fran­çaise, ren­dant en par­ti­cu­lier hom­mage à son action dans la vie asso­cia­tive au ser­vice des plus faibles : « Malades, iso­lés, déclas­sés, vul­né­rables, aban­don­nés, han­di­ca­pés, pri­son­niers ». Le Chef de l'État est allé jusqu'à dres­ser un tableau élo­gieux de la vie contem­pla­tive « vie de prière et de tra­vail ». Le pro­pos est pour le moins inha­bi­tuel même si Nico­las Sar­ko­zy dans son dis­cours du Latran, le 20 décembre 2007, avait déjà rap­pe­lé les racines chré­tiennes de l'Europe, noté la supé­rio­ri­té du curé sur l'instituteur, en appe­lant enfin à une « laï­ci­té posi­tive ». Son suc­ces­seur, de son côté, note oppor­tu­né­ment, au rebours de la vul­gate offi­cielle, que « nous ne sommes pas faits pour un monde qui ne serait tra­ver­sé que de buts maté­ria­listes ».

L'Église est, ain­si, appe­lée à appor­ter sa contri­bu­tion à la « poli­tique contem­po­raine » dont l'urgence est de « retrou­ver son enra­ci­ne­ment dans la ques­tion de l'homme » face à ce qui « grève notre pays (…) le rela­ti­visme et même le nihi­lisme ». Cela au titre de la longue tra­di­tion qu'elle repré­sente, son exper­tise en huma­ni­té aurait dit Paul VI, mais aus­si au regard de son enga­ge­ment huma­ni­taire. Le Pré­sident de la Répu­blique appelle ain­si les catho­liques à s'engager en poli­tique mais en leur rap­pe­lant que la voix de l'Église « ne peut être injonc­tive », elle ne peut être que « ques­tion­nante ». Et pour que les choses soient claires, il conclut son inter­ven­tion par une for­mule dont la sèche­resse contraste avec l'empathie des pro­pos anté­rieurs : « Je deman­de­rai (à chaque citoyen) de la même façon et tou­jours de res­pec­ter abso­lu­ment et sans com­pro­mis aucun toutes les lois de la Répu­blique. C'est cela la laï­ci­té, ni plus ni moins, une règle d'airain pour notre vivre-ensemble qui ne souffre aucun com­pro­mis, une liber­té de conscience abso­lue ».
Un raisonnement confus
Tout cela appa­raît à la fois inco­hé­rent et confus. En effet, com­ment conci­lier la lutte contre le rela­ti­visme et le nihi­lisme avec l'absolu res­pect de la loi répu­bli­caine qui est, par nature, évo­lu­tive et rela­ti­viste, puisqu'elle n'est que le fruit des rap­ports de force élec­to­raux d'un ins­tant. L'évolution de la légis­la­tion sur l'avortement, ces qua­rante der­nières années, est un exemple aveu­glant du rela­ti­visme ain­si induit par le pri­mat abso­lu de la loi posi­tive, consi­dé­rée comme contrai­gnante et obli­ga­toire si elle a été éla­bo­rée selon le pro­ces­sus juri­dique appro­prié. Selon la date (avant 1975 ; entre 1975 et 2001 ; après 2001), l'avortement consti­tue un crime : dès la concep­tion, à par­tir de 10 semaines ou à par­tir de 12 semaines, sauf si, bien sûr il s'agit d'une Inter­rup­tion Médi­cale de Gros­sesse, alors légale jusqu'à l'accouchement. À aucun ins­tant, Emma­nuel Macron n'emploie les mots au rebours du rela­tivisme que sont : bien, mal, vrai, faux, beau, laid, etc.

Au début de son inter­ven­tion, le Pré­sident de la Répu­blique observe que « le lien entre l'Église et l'État s'est abî­mé ». Aucun fait n'est avan­cé pour étayer ce constat qui serait la consé­quence du fait que « pen­dant (plu­sieurs années) les poli­tiques ont mécon­nu les catho­liques de France » : cer­tains, les exploi­tant élec­to­ra­le­ment, d'autres les ostra­ci­sant comme « mino­ri­té mili­tante contra­riant l'unanimisme répu­bli­cain ». L'un des pro­blèmes cen­traux que pose le pro­pos pré­si­den­tiel est qu'il donne l'impression que les trois mots : France, Répu­blique et État sont par­fai­te­ment équi­va­lents et inter­chan­geables. Or ce n'est pas du tout le cas. La France et l'Église ont mille cinq cents ans d'Histoire com­mune. L'État s'est peu à peu mis en place, en par­tie au détri­ment du rôle de l'Église et le moins que l'on puisse dire est que les relations entre l'Église et la République sont, depuis l'origine, pla­cées sous le signe de la vio­lence et de la per­sé­cu­tion : des mas­sacres de Sep­tembre aux expul­sions des reli­gieux à par­tir de 1879, en pas­sant par les Guerres de Ven­dée et la Grande Ter­reur. Quand Emma­nuel Macron inter­pelle les évêques de France : « Ne renon­cez pas à la Répu­blique que vous avez si for­te­ment contri­bué à for­ger », on se demande s'il a toute sa rai­son.
Les raisons d'une opération de séduction
L'opération de séduc­tion du Pré­sident de la Répu­blique vis-à-vis des catho­liques est peut-être sin­cère. Dieu seul sonde les reins et les cœurs ! Néan­moins, on peut obser­ver deux faits. Chaque chré­tien, en réci­tant la prière que le Christ lui-même nous a ensei­gnée, demande : « Que votre volon­té (celle du Père) soit faite sur la terre comme au ciel ». Or, ce n'est pas ain­si qu'Emmanuel Macron voit les choses. Ce qui le satis­fait, c'est la col­la­bo­ra­tion huma­ni­taire de ce qu'Alain Besan­çon a récem­ment défi­ni comme « un catho­li­cisme athée ».

Aujourd'hui, la dif­fi­cul­té majeure à laquelle est confron­té notre pays n'est pas liée au catho­li­cisme mais à l'Islam en pleine radi­ca­li­sa­tion et expan­sion numé­rique. Face à ce défi, l'échec de la laï­ci­té est fla­grant. Un peu tar­di­ve­ment, cha­cun redé­couvre la per­ti­nence de la Lettre de Saint-Exu­pé­ry au géné­ral X : « Ah ! Géné­ral, il n'y a qu'un pro­blème, un seul de par le monde. Rendre aux hommes une signi­fi­ca­tion spi­ri­tuelle, des inquié­tudes spi­ri­tuelles, faire pleu­voir sur eux quelque chose qui res­semble à un chant gré­go­rien. On ne peut vivre de fri­gi­daires, de poli­tique, de bilans et de mots croi­sés, voyez-vous ! » Emma­nuel Macron semble conscient de cette réa­li­té. Il sou­haite sans doute que l'Église de France insuffle une part de spi­ri­tua­li­té et de sens du ser­vice gra­tuit dans une socié­té ron­gée par le maté­ria­lisme et l'individualisme. Mais en met­tant le Christ et les Com­man­de­ments de Dieu de côté. On com­prend que nos évêques et le public des Ber­nar­dins se soient enthou­sias­més pour un dis­cours qui ces­sait de consi­dé­rer l'Église comme un enne­mi ou un adver­saire. Qui recon­nais­sait la légi­ti­mi­té de sa pré­sence dans le siècle. Il serait néces­saire qu'ils ouvrent les yeux sur le fait que, ce à quoi la bien­veillance du Pré­sident de la Répu­blique les invite, c'est à renon­cer à la mis­sion à laquelle ils ont été appe­lés.

Jean-Pierre Mau­gendre

17 avril 2018

[FSSPX Actualités] Prises de soutane à Holy Cross

SOURCE - FSSPX Actualités - 16 avril 2018

Une semaine après Pâques, le dimanche in Albis 8 avril 2018, s'est déroulée la cérémonie de prise de soutane au séminaire Holy Cross situé à Goulburn, en Australie. Six séminaristes de première année ont reçu l'habit ecclésiastique.
 
Le directeur du séminaire, l’abbé Daniel Themann, présidait la  cérémonie qui a vu 3 Sud-Coréens, 1 Australien, 1 Nigérian et 1 Philippin recevoir la soutane.

Le 11 février 1963, entre la première et la deuxième session du concile Vatican II, Mgr Marcel Lefebvre, alors Supérieur général des Pères du Saint-Esprit, rappelait dans une circulaire aux membres l’importance, pour le prêtre, du port de l’habit ecclésiastique au sein de sociétés de plus en plus sécularisées. Il y voyait notamment une mise à part du monde, conséquence de l'appel de Dieu, une protection du mal et un témoignage de foi :
Séparé du monde et témoin de Dieu
« Il est clair que le prêtre est un homme qui est choisi et distingué des autres. De Notre Seigneur, saint Paul (Hb 7, 26) dit qu’il est segregatus a peccatoribus… "séparé des pécheurs". Ainsi doit être le prêtre qui a fait de la part de Dieu l’objet d’un choix particulier. 
« Il faudrait ajouter à cette première considération celle du témoignage de Dieu, de Notre Seigneur, que doit rendre le prêtre vis-à-vis du monde. Et eritis mihi testes… "Vous serez alors mes témoins" (Ac 1,8). Le témoignage est une notion qui vient souvent sur les lèvres de Notre Seigneur. Comme Lui témoigne de son Père, nous aussi nous devons témoigner de Lui. 
« Ce témoignage doit être vu et entendu sans difficulté de la part de tous : "On ne met pas la lumière sous le boisseau, mais sur le chandelier, afin qu’elle procure la lumière à tous" (Mt 5,15).
 Les bienfaits du port de la soutane
« La soutane du prêtre procure ces deux fins d’une manière claire et sans équivoque : le prêtre est dans le monde sans être du monde, il s’en distingue tout en y vivant, et il est aussi protégé du mal. "Je ne demande pas que vous les enleviez du monde mais que vous les préserviez du mal, car ils ne sont pas du monde, comme moi je n’en suis pas non plus" (Jn 17,15-16). 
« Le témoignage de la parole qui est certes plus essentiel au prêtre que le témoignage de l'habit, est cependant grandement facilité par la manifestation très nette du sacerdoce qu'est le port de la soutane. 
« Quant à l'habit laïc, il supprime toute distinction et rend le témoignage beaucoup plus difficile, ainsi que la préservation du mal moins efficace. Cette disparition de tout témoignage par le costume apparaît clairement comme un manque de foi dans le sacerdoce, une mésestime du sens religieux chez le prochain et au surplus une lâcheté, un manque de courage dans les convictions». 
Mgr Marcel Lefebvre, Lettres pastorales et écrits

[Abbé Christian Bouchacourt, fsspx - Lettre sur les Vocations] Donnez-nous des vocations religieuses et sacerdotales

SOURCE - Abbé Christian Bouchacourt, fsspx - Lettre sur les Vocations - avril 2018
Il y a cinquante ans, dans les villages et les villes de France, au fond des campagnes les plus reculées, le son des cloches réjouissait les coeurs des habitants. Les journées étaient rythmées quotidiennement par le triple appel de l'Angélus, tandis que chaque dimanche les cloches à la volée appelaient les fidèles pour la grandmesse. Les événements heureux et malheureux étaient annoncés par les tintements joyeux ou par le glas. Les églises étaient pleines, les salles de catéchisme aussi. Chaque paroisse avait son curé, aidé d'un vicaire. C'était hier !

Aujourd'hui, « il y a grande pitié au royaume de France », beaucoup de clochers se sont tus, les églises sont désertées, d'autres menacent ruine, certaines sont détruites. Les presbytères sont vendus ainsi que de nombreux couvents ou monastères. Hier les calvaires placés à la croisée des chemins étaient fleuris, aujourd'hui beaucoup tombent en décrépitude ou sont envahis par les ronces, quand ils ne sont pas saccagés. Un tel désastre est dû à la disparition des prêtres et des religieux au lendemain du dernier concile qui a dénaturé le sacerdoce. La révolution liturgique qu'il a engendrée a fait des ravages. On annonçait alors un printemps radieux pour l'Église ; c'est un hiver glacial qui l'a envahie. Le Père Garrigou-Lagrange, éminent Dominicain, écrivait que « si le ministère du prêtre cessait, le monde retournerait au paganisme(1) ». Le paganisme d'aujourd'hui, ce sont les plaisirs, le matérialisme et l'individualisme qui gangrènent les coeurs, les familles et la société tout entière.

Saint Ambroise, évêque de Milan au IVe siècle, définissait le prêtre comme étant « le vicaire de l'amour du Christ ». En effet chaque fois qu'il monte à l'autel, le prêtre perpétue l'acte de charité le plus grand qui ait été posé, celui accompli par le Christ sur le Calvaire le Vendredi Saint. Lorsqu'il administre les sacrements, il répand dans les âmes la charité du Christ, qui se diffuse elle-même alors dans les familles et dans la société.

Le cardinal Pie a admirablement décrit le rôle du prêtre lors d'une retraite sacerdotale :

« Les âmes, dont une seule vaut plus que toute la création matérielle, Dieu ne leur donne toute leur parure que par la main du prêtre. Leur robe, leur beauté, leur aliment, les âmes ne les reçoivent que du ministère sacerdotal. En règle générale, et à part les voies exceptionnelles que le Tout-Puissant s'est réservées, si le ministre sacré n'a pas versé l'eau et prononcé les paroles requises, l'âme ne naîtra pas à la vie surnaturelle ; s'il ne confère les autres sacrements, l'âme ne prendra pas les divers accroissements spirituels, ne recevra pas les diverses modifications de la vie divine qui doivent la préparer aux célestes transformations de la gloire. Si le prêtre n'expose pas la doctrine, s'il n'enseigne pas la perfection, l'âme ne se revêtira pas de lumière, ne s'émaillera pas de fleurs, ne se chargera pas de fruits ; s'il n'étudie pas la vie mystique spirituelle pour la communiquer, la répandre autour de lui, les vertus supérieures et réservées ne germeront pas dans les jardins de l'Époux (…). Dans l'ordre religieux, au contraire, il a presque tout remis aux mains du prêtre : c'est lui dont la main doit s'ouvrir pour que la bénédiction surnaturelle descende, et que, remplissant toute la capacité des âmes, elle déborde jusque sur la création extérieure et visible (2) ».

Le secret de l'éclosion des vocations réside, avant tout, dans la famille chrétienne. Le pape Pie XII l'affirmait par ces mots :

« Que les exemples donnés dans la famille soient tels que l'on puisse dire d'elle en une certaine manière qu'elle est le premier séminaire et le premier noviciat(3) ».

La famille chrétienne est en effet le creuset des vocations religieuses et sacerdotales : lorsqu'y brille l'esprit de sacrifice — c'est-à-dire le dévouement, l'oubli de soi, le pardon des offenses — ainsi qu'une vie de prière régulière, l'appel de Dieu est entendu et reçu avec générosité. Le matérialisme, l'égoïsme, l'individualisme rendent l'appel divin inaudible car ils stérilisent les âmes.

L'école catholique favorise aussi l'éclosion des vocations. M. Bourdoise (fondateur du séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet au XVIIe siècle) disait que « l'école, c'est le noviciat du christianisme ». Elle doit être le prolongement de l'éducation donnée en famille. Aujourd'hui, plus de 90% des jeunes gens qui entrent au séminaire sont issus de familles catholiques et de nos écoles.

Chers Parents, vous qui faites des sacrifices héroïques pour inscrire vos enfants dans de bonnes écoles, soyez certains que des vocations religieuses et sacerdotales se lèveront dans vos familles. Celles-ci attireront des grâces spéciales sur vos foyers. Dans l'éternité, ces vocations favorisées et acceptées brilleront sur vos couronnes comme des pierres précieuses.

Des enfants élevés dans de bonnes familles chrétiennes et fréquentant des écoles vraiment catholiques se trouvent dans les meilleures conditions pour que la grâce croisse en eux. L'appel de Dieu est alors comme l'aboutissement de cette éducation. Monseigneur Lefebvre le rappelait :

« La vocation n'est pas le fait d'un appel miraculeux ou extraordinaire, mais l'épanouissement d'une âme chrétienne qui s'attache à son Créateur et Sauveur Jésus-Christ d'un amour exclusif et partage sa soif de sauver les âmes(4) ».

L'an dernier, Dieu a entendu vos prières. De belles vocations sont entrées au séminaire et dans différentes communautés de la Tradition. D'autres se préparent pour l'an prochain. Ainsi, s'il plaît à Dieu, demain, la charité du Christ se diffusera davantage dans nos prieurés et nos écoles où les prêtres et les frères sont tant attendus.

Entrez avec générosité dans cette nouvelle croisade des vocations ! Notre-Seigneur enverra des ouvriers à sa moisson comme Il l'a promis. Surtout, que les enfants la rejoignent en récitant la neuvaine prévue du 5 au 13 mai. Notre-Seigneur ne résiste pas à leurs prières.

Que Notre-Dame Reine du Clergé, Mère de toutes les vocations religieuses et sacerdotales, intercède auprès de son divin Fils pour qu'Il nous donne beaucoup de saintes vocations religieuses et sacerdotales.

Que Dieu vous bénisse !

Abbé Christian BOUCHACOUR +, Supérieur du District de France de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

Notes

(1) RP Garrigou-Lagrange, l'union du prêtre avec le Christ prêtre et victime, p. 190.
(2) Cardinal Pie, OEuvres de l'Evêque de Poitiers, Tome 2, avec le clergé diocésain, suite à la retraite sacerdotale de 1853, p. 20-21.
(3) Pie XII, Pergratus nobis, 3 avril 1958, au congrès des états de perfection du Portugal.
(4) Monseigneur Marcel Lefebvre, lettre Albano du 17 octobre 1983.

[Paix Liturgique] À Rome, la jeunesse prie pour les vocations

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 640 - 17 avril 2018

Alors que l'on se dirige à Rome vers le Synode des Jeunes (voir notre lettre 638), un groupe de jeunes étudiants des universités pontificales romaines organise depuis 2017 une messe mensuelle pour les vocations, célébrée selon la forme extraordinaire du rite romain.

I – Prier, rassembler, animer

C'est un étudiant de l'université pontificale Saint Thomas d'Aquin, l'Angelicum, avec ses prestigieuses facultés de philosophie et de théologie dirige par les dominicains, qui est à l'origine de la célébration, depuis la fin de l'année universitaire 2016-2017, d'une messe mensuelle pour les vocations.

Grand clerc à la Trinité des Pèlerins, la paroisse personnelle érigée sur les bords du Tibre en 2008 sur volonté du pape Benoît XVI pour les fidèles désireux de vivre leur foi au rythme de la forme extraordinaire du rite romain, Jacob Stein a eu l'idée de réunir tous les mois quelques autres étudiants autour de la célébration de la messe traditionnelle. Baptisé “Tridentini” (Tridentins), ce groupe a pour aumônier l'abbé Raffray, prêtre de l'Institut du Bon Pasteur et enseignant à l'Angelicum.

Pour Jacob, natif du Nebraska, la rencontre avec la messe traditionnelle s'est faite à l'époque où il désirait entrer au séminaire de son diocèse, alors que Benoît XVI venait de promulguer le motu proprio Summorum Pontificum. Lors de sa première messe, Jacob a « immédiatement » compris que sa relation personnelle avec le Christ méritait d'être encore approfondie : « Pour la première fois, à travers les rituels de la messe, je voyais le prêtre agissant pleinement in Persona Christi et j'ai pu alors percevoir pleinement Christ comme Maître, Médecin et Médiateur. Comme jeune homme occupé à discerner sa vocation sacerdotale, c'était exactement ce qu'il me fallait. »

Aujourd'hui, c'est cette expérience que Jacob, à travers le groupe Tridentini se propose de partager. Pour prier, parce que l'Église a un besoin pressant de (saintes) vocations sacerdotales ; pour rassembler, parce que la forme extraordinaire du rite romain doit être offerte au plus grand nombre ; pour animer, parce que la vie des étudiants catholiques exige un supplément d'âme.

II – Les réflexions de Paix Liturgique

1) Où l’on voit une fois encore, la preuve ici par Jacob, que la forme extraordinaire du rite romain attire les jeunes, et que ceux-ci ne sont pas nécessairement issus de familles traditionalistes, mais souvent des « convertis » à la liturgie tridentine, qu’ils ont découvert par eux-mêmes. 

2) Ils ne font guère de bruit mais il y a sur tous les continents des groupes de jeunes garçons qui se retrouvent autour de la forme extraordinaire du rite romain. Pour la servir, la chanter, la promouvoir. C'est là un vivier essentiel de vocations sacerdotales et religieuses. Ces groupes de « grands clercs », à l'image de ceux de la paroisse Saint-Eugène à Paris, par exemple, témoignent de l'attrait qu'exercent encore les saints mystères, surtout lorsqu’ils sont célébrés de manière à manifester l’essence du ministère sacerdotal, comme c’est le cas dans la liturgie traditionnelle.

3) Capitale du monde catholique, Rome attire chaque année des jeunes gens se posant la question de leur vocation. Beaucoup d'entre eux n'ont pas trouvé dans leur diocèse l'accueil qu'ils espéraient, surtout s'ils ont manifesté un trop grand intérêt pour la tradition – liturgique, spirituelle et doctrinale – de l'Église. Ils viennent donc à Rome en pensant pouvoir y trouver une nourriture pour leur âme et des passerelles pour l'accomplissement de leur vocation. Il n'existe cependant jusqu'à ce jour (*) aucune structure – foyer, institut – pouvant leur offrir en un seul lieu tout le soutien dont ils ont besoin. Heureusement, ils trouvent en la paroisse personnelle de la Trinité des Pèlerins un lieu où ils peuvent se rencontrer autour de la forme extraordinaire du rite romain.

4) La messe célébrée au Panthéon le 26 janvier 2018 fut un bel exemple de ce caractère international, presque universel, de l'intérêt des fidèles pour la liturgie traditionnelle. Les personnes présentes – qui pour une bonne part n'avait pas prévu d'assister à un office traditionnel – ont été très marqués de voir des jeunes venus de toutes les régions du monde – d'Amérique, de Grande-Bretagne, du Nigeria, de France, de Pologne et d'Italie – dans l'assistance, dans la chorale et, surtout, au chœur. Bien plus, ils ont été marqués par la profonde atmosphère de piété liturgique de la cérémonie. Comme nous le déclara un couple de touristes belges, venu pour visiter le monument et qui décida de rester « pour voir » la cérémonie qui se préparait : « C'est une messe magnifique à laquelle nous avons participé. Chez nous en Belgique il n'y a plus rien de cela et c'est bien dommage car nous y participerions de bon cœur. » Deux étudiants chinois catholiques de Hong-Kong, venus eux-aussi par hasard, nous affirmèrent avoir trouvé en participant à cette cérémonie le sens de leur pèlerinage à Rome . Et quelle stupeur pour les touristes de passage de voir, à la sortie du Panthéon dont ils ignorent souvent que c'est "aussi" une église, de si nombreux jeunes évidemment catholiques, l'un avec son surplis, l'autre avec les partitions, s'exprimant dans toutes les langues et rayonnant de joie, de paix et d’enthousiasme. Deo gratias.

15 avril 2018

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Un argument «anti-lefebvriste» - II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 14 avril 2018

Louanges et grâces à Dieu de nous avoir donné:
En Mgr Lefebvre, la foi, la Tradition, l’infaillibilité.

Revenons aux “Commentaires” de la semaine dernière. Pour quelle raison N M, en traitant du problème des Papes conciliaires, conclut-il, de manière péremptoire, qu’ils n’ont jamais été Papes ? On peut tenter l’explication suivante : l’Église catholique est à la fois humaine (société composée d’êtres humains) et divine (sa particularité est d’être animée par le Saint-Esprit). Il importe de ne pas confondre ces deux aspects. Les êtres humains, en tant que tels, sont nécessairement faillibles : Dieu seul est infaillible. L’erreur des catholiques qui recourent à la solution radicale de N M est d’attribuer aux papes humains trop de cette infaillibilité qui ne peut provenir que de Dieu. Pour illustrer notre propos, prenons l’image d’une installation électrique dans une maison quelconque.

Quand je branche des fiches dans une prise électrique murale, ce n’est pas la prise qui fournit le courant. C’est la centrale électrique qui envoie l’électricité jusqu’à la prise murale et de là, dans l’appareil électrique qu’il faut alimenter en courant. La centrale électrique, c’est Dieu. La prise murale, c’est l’Église. Le courant, c’est l’infaillibilité de l’Église, venant de Dieu. La fiche représente les quatre conditions que seul le pape peut réunir pour correspondre vraiment à la prise. Ces quatre conditions à réunir sont : qu’il 1) s’exprime en tant que Pape et non en tant que personne privée, 2) afin de définir une fois pour toutes, 3) un article de foi ou de morale, 4) avec l’intention d’obliger tous les catholiques à l’accepter. Par ces quatre conditions, le Pape, et lui seul en tant qu’être humain, jouit d’un accès garanti à l’infaillibilité divine de l’Église. Les quatre conditions requises doivent être engagées par le pape. L’infaillibilité, c’est l’engagement de Dieu.

Certes, cette « prise murale » particulière, connue sous le nom de Magistère extraordinaire (ME) de l’Église, n’est pas le seul canal par lequel les hommes accèdent à l’infaillibilité de l’Église. Ils peuvent y accéder beaucoup plus souvent par le Magistère Ordinaire de l’Église (MO), qui correspond à la Tradition Catholique, c’est-à-dire ce que l’Église enseignante, papes et évêques en particulier, a enseigné partout dans le monde depuis que Jésus-Christ nous a laissé, avec son Église, le dépôt de la foi pour être confirmé infailliblement par les apôtres à la Pentecôte et transmise infailliblement par eux jusqu’à la mort du dernier d’entre eux. Par la suite, cette doctrine fut confiée à des êtres humains faillibles, à qui Dieu laissa leur libre arbitre pour enseigner l’erreur s’ils choisissaient de ce faire. Mais, de par cette faiblesse humaine, il peut devenir problématique de distinguer ce qui relève du dépôt infaillible et ce qui n’en relève pas. C’est pourquoi Dieu donna à son Église le Magistère extraordinaire, précisément pour fixer une fois pour toutes ce qui appartient ou non au Magistère ordinaire. Ainsi le Magistère ordinaire est au Magistère extraordinaire comme le principe est au corollaire, et non comme le corollaire est au principe !

Depuis la définition solennelle en 1870 sur l’infaillibilité de l’Église, le problème de beaucoup de catholiques vient de ce qu’ils ont tendance à exagérer l’importance du Magistère extraordinaire au motif qu’il garantit automatiquement l’infaillibilité de l’Église, d’une façon dont le Magistère ordinaire ne la garantit pas. Dès lors, le Magistère extraordinaire semble supérieur, et les catholiques dévots ont eu tendance à transférer son infaillibilité sur la personne du pape alors qu’elle n’appartient qu’à l’Église. Dès lors, si le Pape commet de graves erreurs, comme le font les Papes conciliaires, la seule explication qui reste, c’est qu’ils ne sont pas Papes. Ou bien, si malgré tout ils sont papes, alors il faut adhérer à leurs erreurs. La logique est bonne, mais la prémisse est fausse. Les papes ne sont pas aussi infaillibles que cela. Ils peuvent faire de graves erreurs. Vatican II et ses Papes conciliaires l’ont montré comme jamais auparavant dans toute l’histoire de l’Église ! Mais l’Église demeure infaillible et c’est pourquoi je sais que la Tradition catholique durera jusqu’à la fin du monde, en dépit d’éventuels pauvres papes qui, d’ici là, pourront errer encore plus.

Mais comment savoir qu’au Pape en tant que Pape appartient seulement l’accès privilégié (les quatre conditions) au courant électrique (l’infaillibilité), et non le courant lui-même qui appartient à la prise murale (l’Église) ? Parce que la définition de 1870 sur l’infaillibilité le dit explicitement ! Il suffit de lire : lorsque le Pape réunit les quatre conditions (mentionnées ci-dessus), alors il « possède vraiment cette infaillibilité dont le Divin Rédempteur a voulu doter son Église afin de définir la doctrine concernant la foi et les mœurs ».

De par leur libre arbitre les papes catholiques peuvent donc commettre de terribles erreurs sans que l’Église pour autant soit moins infaillible.

Kyrie eleison.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Un argument «anti-lefebvriste» - I

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 7 avril 2018

La règle lefebvriste était équilibrée;
Suivre l’autorité, mais s’il faut : résister.

Dans un article récent, un laïc français, – NM –, attaque les Pères dominicains d’Avrillé pour leur « lefebvrisme ». Il leur reproche d’admettre que les Papes conciliaires, depuis Paul VI, aient réellement été papes et, de ce fait, il accuse les Pères de rejeter trois dogmes catholiques, à savoir : (1) que le pape ait la primauté de juridiction sur l’Église universelle ; (2) que le Magistère Ordinaire Universel de l’Église soit infaillible ; et (3) que le magistère vivant de l’Église détermine ce que les catholiques doivent croire. Pour aborder de telles questions d’ordre doctrinal, il serait normal de se référer à des experts en doctrine ; mais nous ne vivons pas actuellement des temps normaux, si bien qu’aujourd’hui, les fidèles doivent avoir recours à leur propre bon sens catholique pour examiner ces questions aussi bien qu’ils le peuvent.

Examinons ces trois assertions d’une manière simple et pratique. Si j’affirme que les Papes depuis Paul VI sont de vrais Papes, dois-je du coup nécessairement nier que le Pape soit le chef de l’Église, que l’enseignement ordinaire de l’Église soit infaillible et que le Pape vivant ait le droit de me prescrire ce que je dois croire ? Reprenons les arguments de NM, un par un.

Pour le premier point, NM se réfère au Concile anti-libéral Vatican I (1870–1871), qui établit, en effet, que le Pape est le chef direct et immédiat de tous les diocèses, de tous les prêtres et de tous les catholiques ; si donc, à l’instar des lefebvristes, je refuse de lui obéir, est-ce que je sous-entends qu’il n’est pas mon chef en tant que catholique ? Cela équivaudrait à nier la définition donnée par Vatican I. La réponse est évidente : Non, je ne nie pas que les Papes conciliaires aient l’autorité pour me gouverner en tant que catholique, je dis seulement que leur autorité – si elle est catholique – n’inclut pas le pouvoir de me faire devenir protestant, comme cela arriverait si je suivais leurs injonctions découlant de Vatican II.

Deuxième point : NM fait valoir que Vatican I a aussi professé l’infaillibilité de l’enseignement dispensé quotidiennement par le Pape et les évêques. Or, s’il y eut jamais un enseignement conséquent venant conjointement du pape et des évêques, ce fut bien à Vatican II. Donc, si je refuse cet enseignement, est-ce que je sous-entends que le Magistère Ordinaire Universel (MOU) de l’Église n’est pas infaillible ? La réponse est encore : non, je ne nie pas cette infaillibilité. Je reconnais pleinement qu’une doctrine enseignée dans l’Église, en tout temps, en tout lieu, par tous les papes et les évêques, est infaillible. Mais, si elle a été enseignée uniquement au 20ème siècle à notre époque moderne, et uniquement par les papes et les évêques de Vatican II, alors cette doctrine diffère de ce qui a été enseigné par les papes et les évêques à toutes les autres époques de l’Église. En conséquence, je ne me considère nullement obligé de la recevoir. De même que j’accepte tout l’ensemble du MOU jusqu’à Vatican II, de même, je rejette le MOU limité au post-Concile qui contredit le précédent.

Troisièmement NM soutient que, de par l’autorité dont il est investi, le Pape vivant est en droit de me dire, en tant que catholique, ce que je dois croire aujourd’hui. Si donc je refuse de croire ce que les Papes conciliaires m’ont intimé de croire, est-ce que, pour autant, je rejette l’autorité vivante qu’ils possèdent en tant qu’arbitres de la Foi ? La réponse est toujours : non, je ne la rejette pas. Mais j’utilise mes yeux pour lire, et le cerveau que Dieu m’a donné pour juger. Or, ce qu’enseignent les Papes conciliaires, contredit ce qu’ont enseigné tous les Papes précédents, saint Pierre y compris. En conséquence, je préfère opter pour le poids de l’enseignement de 261 papes pré-conciliaires plutôt que de suivre quelques 6 papes conciliaires. “Mais alors, vous rejetez l’autorité vivante que le Pape possède en tant qu’arbitre de la Foi !” – Soit, mais seulement parce que je respecte, j’obéis et me soumets à 261 Papes comme arbitres de cette même Foi ; parce que mes yeux et mon intelligence me disent que les papes conciliaires n’ont pas cette Foi. – “Mais alors, vous vous servez de vos yeux et de votre intelligence pour vous opposer au Pape catholique !” – Dieu m’a donné des yeux et une intelligence pour que je m’en serve. Quand je me présenterai devant Lui pour être jugé, je devrai répondre de l’usage que j’en aurai fait.

Il est clair que la réponse de NM au problème des papes de tendances protestante, moderniste et conciliaire, consiste à nier qu’ils aient jamais été papes. Il devrait être également clair que face à ce problème, qui est bien réel, je ne suis pas obligé d’adopter la solution radicale de NM. De même, si je refuse de l’adopter, je ne nie pas pour autant trois dogmes de l’Église. Que la paix soit avec NM !

Kyrie eleison.

[Jean de Tauriers - Notre Dame de Chrétienté - Appel de Chartres] En route vers Chartres avec Saint Padre Pio

SOURCE - Jean de Tauriers - Notre Dame de Chrétienté - Appel de Chartres - 12 avril 2018

Chers pèlerins, 

Benoît XVI dans un discours du 20 août 2005 disait aux JMJ de Cologne « Les reliques nous conduisent à Dieu lui-même : en effet, c’est Lui qui, par la force de Sa grâce, donne à des êtres fragiles le courage d’être Ses témoins devant le monde. En nous invitant à vénérer les restes mortels des martyrs et des saints, l’Église n’oublie pas qu’il s’agit certes de pauvres ossements humains, mais d’ossements qui appartenaient à des personnes visitées par la puissance transcendante de Dieu. Les reliques des saints sont des traces de la présence invisible mais réelle qui illumine les ténèbres du monde, manifestant que le règne de Dieu est au-dedans de nous. Elles crient avec nous et pour nous : ‘Maranath (1 Cor.16:1)’ – ‘Viens Seigneur Jésus’. » 
     
Pour la troisième année, le pèlerinage Notre Dame de Chrétienté offre aux pèlerins la présence d’une relique. Cette année, nous prierons devant les reliques du Saint Padre Pio dans les cathédrales de Paris et Chartres. Ce moment est également l’occasion de réfléchir à la vie de ce saint canonisé par Jean-Paul II le 16 juin 2002 dont l’œuvre, nous le verrons, peut aider à élever notre vie spirituelle.
     
2018 est le cinquantième anniversaire du rappel à Dieu du Padre Pio et le centième anniversaire de ses stigmates. La venue des reliques du Padre Pio en France est extrêmement rare (deuxième fois en cinquante années) ; nous tenons à remercier le Supérieur du Couvent de San Giovanni Rotondo pour son autorisation ainsi que les différentes autorités ecclésiales jusqu’au Vatican. Rien n’aurait été possible sans l’entremise experte, délicate et tenace de François Brunatto, pèlerin fidèle de Notre Dame de Chrétienté, fils d’Emanuele Brunatto, lui-même fils spirituel de Saint Padre Pio. Nous avions parlé de ce projet lors de la dernière retraite de Notre Dame de Chrétienté à l’abbaye de Fontgombault un premier dimanche d’Avent sans imaginer alors combien il était complexe de le réaliser.

Pourquoi le Padre Pio est-il si cher à Notre Dame de Chrétienté ? 

Saint Padre Pio est le saint du XXème siècle de la Sainte Messe, de la Confession et de la Sainte Vierge. Reconnaissez qu’un pèlerin de Chartres ne peut qu’être sensible au Padre Pio ! Notre pèlerinage a mis au cœur de sa vocation missionnaire la messe tridentine, celle justement célébrée pendant toute sa vie par le Padre Pio.
     
Jean-Paul II le 17 juin 2002, lendemain de la canonisation du Padre Pio : « La messe de Padre Pio ! Il s’agissait pour les prêtres d’un rappel éloquent de la beauté de la vocation sacerdotale et pour les religieux et les laïcs, qui accouraient à San Giovanni Rotondo également très tôt le matin, il s’agissait d’une catéchèse extraordinaire sur la valeur et l’importance du Sacrifice eucharistique. » Dans notre temps d’apostasie du mystère de l’Eucharistie, Saint Padre Pio incarne le lien entre le sacrifice et la miséricorde, entre les sacrements de l’Eucharistie et de Pénitence, entre la messe et le confessionnal.
     
Notre pèlerinage est chaque année l’occasion de milliers de confessions donnant la grâce et le pardon de Dieu. Certains pèlerins viennent au pèlerinage de Chartres uniquement pour recevoir ce sacrement de pénitence d’un prêtre, instrument de la miséricorde et de la justice de Dieu. Le Padre Pio a été un très grand confesseur, passant souvent quasiment toute la journée au confessionnal. Il avait parmi beaucoup d’autres charismes celui de lire dans les âmes, rappelant à certains pêcheurs la gravité de fautes oubliées. Il savait aussi être sévère car on ne se moque pas du Bon Dieu. 
     
Le Père Derobert, fils spirituel du Padre Pio, a beaucoup écrit pour raconter ses rencontres avec le Padre Pio (notamment Saint Pio de Pietrelcina, transparent de Dieu aux éditions Hovine) et je n’ai jamais oublié certaines de ses conférences (disponibles sur internet). Je vous engage également à lire le Hors-Série tout récent de l’Homme Nouveau (1) (« Padre Pio, une vie pour le salut de âmes »).
     
Le Padre Pio avait une grande dévotion pour la Sainte Vierge. Ecoutons les mots de Saint Jean-Paul II : « Padre Pio nous invite tout particulièrement à aimer et vénérer la Vierge Marie. Sa dévotion à la Madone se manifestait à tous les moments de sa vie : dans ses paroles et ses écrits, dans les enseignements et les conseils qu’il donnait à ses nombreux enfants spirituels. Il ne se lassait pas d’inculquer à ses fidèles la dévotion à la Vierge Marie, dévotion tendre, profonde et enracinée dans la plus pure tradition de l’Église » (Regina Cæli, 2 mai 1999) et Benoît XVI à l’Angélus du 21 juin 2009 : « Comme tous les grands hommes de Dieu, Padre Pio était lui-même devenu prière, corps et âme. Ses journées étaient un chapelet vécu, une méditation et une assimilation continues des mystères du Christ en union spirituelle avec la Vierge Marie. » 

Pendant ces trois jours de pèlerinage nous réciterons cette prière du rosaire que le Padre Pio a tant aimée et nous demanderons au Padre Pio de nous protéger pour nous conduire au Ciel. 

Enfin, nous ferons nôtre cette phrase qu’il répétait à la fin de sa vie terrestre : « Aimez la Vierge Marie et faites-la aimer » et qui résume toute la vocation de Notre Dame de Chrétienté. 

Jean de Tauriers, 
Président Notre Dame de Chrétienté 
____
(1) www.hommenouveau.fr ou 01 53 68 99 77, Editions de l’Homme Nouveau, 10 rue Rosenwald 75015 Paris. 

[FSSPX Actualités] France : Année jubilaire en l'honneur de saint Vincent Ferrier

SOURCE - FSSPX Actualités - 4 avril 2018

Le diocèse de Vannes fête solennellement le 600e anniversaire de la venue de saint Vincent Ferrier au pays de saint Paterne. Une année jubilaire a ainsi débuté au mois de mars 2018 ; elle s'achèvera en juin 2019. Son but est de renouer avec l’idéal de sainteté de l’illustre dominicain valencien.

Saint Vincent Ferrier est arrivé à Vannes le 4 mars 1418 et y est mort le 5 avril 1419, épuisé par ses courses apostoliques, les milliers de conversions qu'il fit et les innombrables miracles qu'il accomplit. Le premier d’entre eux fut de prêcher dans sa langue natale et d’être compris de tous, que ce soit en Italie, en Allemagne, en Avignon, ou au cœur des landes bretonnes où la langue est si différente du dialecte de Valence, d'où il était originaire.

Mgr Centène, évêque de Vannes, a inauguré lui-même l’année jubilaire le dimanche 18 mars par un grand pèlerinage avec les reliques du saint entre l'église de Theix-Noyalo et la cathédrale de Vannes.

L’année saint Vincent Ferrier doit s’achever au mois de juin 2019. Le point d’orgue aura lieu le 5 avril 2019, jour qui marquera le sixième centenaire de la mort du grand évangélisateur.

L’Apôtre de la Bretagne avait promis à ses « bonnes gens » de ne jamais les oublier. Il tint parole, car bien vite son tombeau fut la source d’un si grand nombre de miracles que les enquêteurs ecclésiastiques en furent eux-mêmes lassés !

La Bretagne compte deux communautés dominicaines qui maintiennent la Tradition et se consacrent à l'instruction des jeunes filles.

Les dominicaines enseignantes du Saint-Nom-de-Jésus sont présentes dans les Côtes d'Armor, au Cours Sainte-Anne, à Kernabat, près de Plouisy.

Les dominicaines enseignantes du Saint-Nom-de-Jésus et du Cœur-Immaculé-de-Marie sont quant à elles installées en Loire-Atlantique, au Cours Saint-Albert-le-Grand, au Rafflay, près de Château-Thébaud.

[Paix Liturgique] Les fidèles Summorum Pontificum du diocèse de Cambrai en pèlerinage à Valenciennes

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 639 - 9 avril 2018

Samedi 21 avril, les fidèles traditionnels du diocèse de Cambrai sont invités à se rendre, toutes sensibilités confondues, en pèlerinage, sous la protection de saint Jean Bosco, de Jenlain à Valenciennes. Vers 16 heures, une messe selon la forme extraordinaire du rite romain sera célébrée en l’église Saint-Michel. Dans un diocèse où le motu proprio Summorum Pontificum n’est toujours pas appliqué, voici une belle occasion, pour tous les fidèles sans exception, de témoigner de l’éternelle jeunesse de la liturgie traditionnelle. 

I – Prier pour le diocèse de Cambrai 

L’intention particulière du pèlerinage et de la messe qui sera célébrée le 21 avril est de prier pour le diocèse de Cambrai, « afin que le Bon Dieu permette son renouveau par de nombreuses vocations, en particulier en favorisant le développement de la messe traditionnelle  ». 

L’organisation de la journée est à l’initiative d’une association de laïcs, « Les Amis de Saint-Nicolas ». Créée en 2002, cette association a pour objet de répandre, soutenir et défendre la doctrine et le culte traditionnels de l’Église catholique, en particulier en organisant des conférences, pèlerinages, manifestations culturelles ou religieuses sur le territoire du Hainaut belge et français et, en particulier, chaque année, la fête de saint Nicolas dans le village de Rombies-et-Marchipont. Statutairement, son aumônier est l’aumônier attaché au Monastère des Carmélites de Quiévrain. 

Fondé en 1978 par la sœur de Mgr Lefebvre, le Carmel du Sacré-Cœur de Quiévrain compte aujourd’hui vingt-deux religieuses issues d’une dizaine de nationalités. Chaque dimanche, de nombreuses familles françaises, venues notamment du diocèse de Cambrai, traversent la frontière belge pour assister à la messe célébrée dans la chapelle du carmel par un prêtre affilié à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X.

Le programme du pèlerinage du 21 avril comporte deux variantes : l’une longior, plus longue, départ à 10h de l’église de Jenlain, 19 km de marche ; l’autre brevior, plus courte et accessible aux poussettes (2h de marche, RV à 14h15 devant l’église de Famars). Grâce au curé-doyen de la paroisse Saint-Jean Bosco en Mormal, M. l’abbé Adam Dobek et à une famille de Jenlain, le départ du pèlerinage se fera de l’église Saint-Martin qui sera ouverte pour l’occasion. 

Pendant la marche, les pèlerins auront la possibilité de se confesser. Ils prieront pour leurs intentions particulières et celles de l’Église. Le chapelet sera récité en l’honneur de Notre Dame du Saint-Cordon dont une statue, portée par deux marcheurs, ouvrira le pèlerinage.

L’intercession de saint Jean Bosco, qui s’est éteint le 31 janvier 1888, il y a tout juste 130 ans, sera aussi invoquée par les pèlerins. En 1883 le grand évangélisateur de la jeunesse était venu dans la région, à Roubaix, récolter des fonds pour son œuvre d’éducation.Le pèlerinage s’achèvera par la messe de la Sainte Vierge, Salve Sancta Parens, chantée en la belle église Saint-Michel de Valenciennes. 

L’accès au pèlerinage et à la messe est gratuit et ouvert à tous. Que Notre Dame du Saint-Cordon fasse de cette journée un succès ! 

II – Les réflexions de Paix Liturgique 

1) Il y a 5 ans, nous avions publié une étude très détaillée sur la situation liturgique du diocèse de Cambrai, l’un des cinq diocèses de France où la forme extraordinaire du rite romain n’est absolument pas célébrée. Ni dans le cadre diocésain ni même par la Fraternité Saint-Pie X. 5 ans plus tard, cette étude demeure hélas d’actualité même si, peu à peu, le diocèse revient à une vie de prière plus intense comme en témoigne le succès de la vénération des reliques de sainte Bernadette à la cathédrale de Cambrai durant l’octave de Pâques.  

2) Rendons justice à Mgr Garnier. Quand la discorde règne dans un diocèse, la responsabilité de l’évêque est forcément engagée : aussi n’avions-nous pas épargné l’évêque de Cambrai il y a cinq ans, ce qui nous avait valu les réactions courroucées de plusieurs prêtres et fidèles du diocèse. Aujourd’hui, alors que la paix s’instaure dans le diocèse, même lentement, même imparfaitement, il est donc parfaitement juste d’en attribuer une part du mérite à Mgr Garnier. Signalons d’ailleurs le bel éditorial qu’il a récemment consacré aux « chrétiens tatoués », les chrétiens d’Orient, sur le site du diocèse. 

3) Particulièrement remarquable est le fait que l’église Saint-Michel de Valenciennes soit ouverte, pour ce pèlerinage traditionnel, à une messe qui sera célébrée par un prêtre proche de la FSSPX. Mgr Garnier ne fait que s’inspirer de l’attitude conciliante du pape François à l’égard de l’œuvre d’Écône. Prions pour que ce geste bienveillant en attire d’autres, en particulier pour les prêtres diocésains désireux de pouvoir célébrer librement la forme extraordinaire du rite romain et jusqu’à présent soumis à l’hostilité d’un presbyterium encore fortement idéologisé.

10 avril 2018

[FSSPX Actualités] Une nouvelle Supérieure générale pour les Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X

SOURCE - FSSPX Actualités - 10 avril 2018

Le 9 avril 2018, le Chapitre général des Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X a procédé à l’élection de la nouvelle Supérieure générale de la congrégation, ainsi qu'à celle de ses deux assistantes.

Le Chapitre général des Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X, actuellement réuni à l'Abbaye Saint-Michel dans la Brenne (France), a élu le lundi 9 avril 2018 Mère Marie-Jean Bréant au poste de Supérieure générale, pour un mandat de six années. Elle succède à Mère Marie-Augustin de Poulpiquet.

Sœur Thérèse-Marie Trutt a été élue Première assistante générale, et Sœur Marie-Claire Wuilloud a été élue au poste de Seconde assistante générale.

Le Chapitre général des Sœurs de la Fraternité est un moment particulier de grâces pour cette œuvre qui a été fondée par Mère Marie-Gabriel. Celle-ci, née Bernadette Lefebvre, religieuse des Sœurs Missionnaires du Saint-Esprit, quitta son Institut afin de fonder en 1974 une œuvre fidèle à la Tradition de l’Eglise, répondant ainsi à l’appel de son frère, Mgr Marcel Lefebvre.

Le 22 septembre 1974, la première postulante recevait l’habit des Sœurs de la Fraternité. Les vocations n’allaient pas tarder à affluer, bravant la tourmente post-conciliaire, pour faire de la messe, renouvellement non-sanglant du sacrifice du Christ, le centre de leur vie au service de Jésus dans ses prêtres.

Saint Pie X et la Vierge Marie, sous le vocable de Notre-Dame de Compassion, ont été choisis comme saints protecteurs de la Congrégation.

[FSSPX Actualités] François, confirmez-nous dans la foi

SOURCE - FSSPX Actualités - 9 avril 2018

Telle est la prière adressée au Saint-Père par plusieurs hauts prélats et universitaires à l’issue d’un colloque qui s’est tenu le 7 avril 2018 à Rome et dont le titre était : Eglise, où vas-tu ? La confusion doctrinale régnant actuellement dans l’Eglise y a été dénoncée.

Plusieurs interventions ont eu lieu durant ce colloque. Ainsi les cardinaux Walter Brandmüller et Raymond Burke, Mgr Athanasius Schneider, le président émérite du Sénat italien Marcello Sera, le canoniste Valerio Gigliotti et le spécialiste en bioéthique Renzo Pucetti ont successivement pris la parole. Un entretien du défunt cardinal Carlo Caffarra défendant l’encyclique Humanae vitae a également été diffusé, ainsi qu'un message du cardinal Joseph Zen qui n'a pu participer à l'événement.
L'appel au sensus fidei
Le cardinal Brandmüller, signataire avec le cardinal Burke des Dubia adressés au pape François à la suite de l'Exhortation apostolique Amoris laetita, a exposé quel était le rôle des fidèles dans le témoignage de la foi. Il s'est étendu sur le sensus fidelium en s’appuyant sur un écrit du cardinal Henry Newman (1801-1890), On Consulting the Faithfuls in Matters of Doctrine. L'auteur y retrace les épisodes historiques durant lesquels l’orthodoxie de la foi avait été mise de côté par une grande partie des évêques, avant d’être réaffirmée par de simples baptisés. Le prélat anglais en déduisait qu’en matière de doctrine, la voix des fidèles – vérifiée et régulée par sa fidélité à la Tradition de l’Eglise – pouvait jouer un rôle indispensable.

Le cardinal Burke est ensuite intervenu pour expliquer que le pape devait « respecter le dépôt de la foi », car si le successeur de Pierre « a autorité pour exprimer le Credo de façon adéquate, il ne peut agir dans une direction contraire à la foi ».
Le rôle du Pontife romain
Mgr Schneider a mis en valeur le rôle providentiel joué par l'institution du pontife romain dans l'économie du salut. Il a tenu à rappeler qu'un pape ne saurait être tenu comme le « propriétaire » de la vérité qu'il a reçue en dépôt : « le charisme de dispensateur de la Vérité a été assuré par Dieu à saint Pierre et ses successeurs, les pontifes romains, dont le Siège est appelé pour cette raison la 'Chaire de Vérité' par excellence », a-t-il souligné.

L'évêque auxiliaire d'Astana a ensuite précisé qu'il y a plus de mille ans, les souverains pontifes prêtaient un serment avant d'entamer leur ministère, promettant de « ne rien changer à la Tradition qu'ils ont reçue » et de « s'excommunier » eux-mêmes en cas de parjure : « rétablir ce serment à notre époque est une urgence », a-t-il précisé.
Une déclaration sur les vérités immuables concernant le mariage
A l’issue du colloque, une déclaration a été publiée. Elle ne se présente ni sous la forme d'une correction ni sous celle de dubia implorant une réponse - et demeurés jusqu'ici sans effet. Il s'agit plutôt d’une confession de foi dans les vérités immuables sur le mariage. Son rôle est de lever les ambiguïtés et les interprétations contradictoires qui pullulent depuis la publication, le 8 avril 2016, de l’exhortation Amoris laetitia.

Une prière vient achever cette déclaration : « nous confessons notre foi devant le Pasteur et maître suprême de l'Eglise et devant les évêques, et nous les implorons de nous confirmer dans la foi ».

John Allen, dans une analyse parue le 8 avril 2018 sur le site d'informations Crux, se demande si le colloque n'a pas pour but de faire sortir les autorités romaines de la posture qui consiste à systématiquement passer sous silence les arguments formulés contre Amoris laetitia. En la matière, estime le journaliste, « rien n'est gagné d'avance ».

Le vaticaniste a relevé que, dans l'assistance qui rassemblait plusieurs centaines de personnes, de nombreux laïcs étaient issus des mouvements de protection de la vie italiens. Ils sont déçus par le pape François, estimant qu'il n'a pas suffisamment usé de son influence auprès des politiciens pour faire avancer la cause de la défense de la vie dans leur pays.

L'exigence d'une clarification venant d'en haut semble donc se faire toujours plus pressante. En tout cas, elle ne viendra pas des évêques lombards. En effet, hasard de calendrier sans doute, ils ont publié au lendemain du colloque romain une lettre dans laquelle ils adoptent comme critère d'interprétation d'Amoris laetitia la praxis la plus libérale, celle-là même que les évêques argentins avaient définie, avec la bénédiction du pape François.

6 avril 2018

[FSSPX Actualités] Sept évêques demandent l’arbitrage de Rome contre le cardinal Marx

Cardinal Marx
SOURCE - FSSPX Actualités - 5 avril 2018

Est-il envisageable qu’un protestant puisse communier à la messe à laquelle assiste son conjoint catholique ? En février dernier, la Conférence des évêques d’Allemagne présidée par le cardinal Marx, a répondu « oui ». Mais sept prélats d’outre-Rhin, inquiets pour l’unité de l’Eglise, demandent officiellement l’arbitrage de Rome.

En février 2018, la Conférence des évêques d’Allemagne avait approuvé, à la majorité qualifiée des deux tiers, un projet prévoyant d’octroyer à un protestant la possibilité d’assister et de communier à la messe à laquelle participe son conjoint catholique.

Plusieurs prélats se sont immédiatement élevés car une décision d’une telle importance dépasse les compétences de la Conférence épiscopale. Aussi ont-ils décidé d’en référer directement au Saint-Siège.

C’est le journal allemand Kölner Stadt-Anzeiger, dans son édition du 4 avril 2018, qui dévoile les noms des évêques allemands ayant adressé, le 22 mars 2018, une lettre de trois pages à Mgr Luis Ladaria Ferrer, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Les sept signataires sont : le cardinal-archevêque de Cologne Rainer Maria Woelki ; Ludwig Schick, archevêque de Bamberg ; Konrad Zdarsa, évêque d’Augsbourg ; Gregor Maria Hanke, évêque d’Eichstätt ; Stefan Oster, évêque de Passau ; Rudolf Voderholzer, évêque de Ratisbonne et Wolfgang Ipolt, évêque de Görlitz.

A la fin de leur lettre, les évêques implorent le Saint-Siège de « faire la lumière sur ce document (de la Conférence épiscopale) dont nous doutons qu’il soit compatible avec la foi et l’unité de l’Eglise ».

Ce recours au Vatican a été - le fait est à noter - porté à l’insu du président de la Conférence des évêques d’Allemagne, le cardinal Reinhard Marx, par ailleurs archevêque de Munich et Freising. Dans un communiqué officiel publié le 4 avril 2018, le très libéral prélat s’est dit « surpris », pour ne pas dire irrité, par l’initiative de ses sept confrères. Il se défend en mettant en avant la qualité des débats de l'Assemblée générale et l'écrasante majorité ayant prévalu en faveur de l'intercommunion au sein des mariages mixtes. Il évoque la possibilité pour une Conférence épiscopale nationale de permettre la distribution des sacrements de l'Eglise à ceux qui ne sont pas en pleine communion en s'appuyant sur le canon 844 qui le permet « en cas de danger de mort ou de grave nécessité ». Enfin il s'autorise des encouragements du pape François pour aller de l'avant sur le chemin de l'œcuménisme avec les autres chrétiens, y compris par des mesures à caractère pastoral.

Les signataires du recours au Vatican veulent croire que leur appel sera entendu. En juillet 1999, le prédécesseur de Mgr Woelki, le cardinal Joachim Meisner, s’était tourné vers Jean-Paul II pour lui demander d’intervenir dans l’affaire des centres Donum vitaegérés par l’Eglise en Allemagne. Ceux-ci délivraient, avec la bénédiction des évêques, des certificats permettant de recourir à l’avortement. L’intervention de Mgr Meisner avait eu pour résultat une instruction papale condamnant cette pratique.

Il est à espérer qu’en 2018 à son tour, la Congrégation pour la doctrine de la foi entende la voix des sept prélats et fasse prévaloir le primat de la foi sur les ambiguïtés entretenues et diffusées dans l'Eglise, a capite usque ad calcem.

[Abbé Denis Puga, fsspx - Le Chardonnet] Anneau conciliaire

Anneau du Concile
SOURCE - Abbé Denis Puga, fsspx - Le Chardonnet - avril 2018

Toutes sortes d’événements marquants peuvent ponctuer la vie d’un homme. Mais la première confrontation concrète avec le mystère de la mort revêt pour chacun d’entre nous une dimension particulière, indélébile.     
Pour ma part, je me souviens, il y a juste cinquante ans, m’être retrouvé pour la première fois face à un homme mort. J’avais un peu plus de dix ans. Cet homme était assez jeune, cinquante-cinq ans, c’était un évêque, cardinal de la Sainte Église catholique de plus. Un responsable de mon collège, le collège Stanislas, m’avait conduit avec deux ou trois camarades en ce jeudi 15 février 1968 rue Barbet de Jouy dans le VIIe arrondissement. C’est là que la dépouille mortelle de Mgr Pierre Veuillot, archevêque de Paris, était exposée à la prière des fidèles. Il était mort la veille, une leucémie foudroyante l’avait emporté. Dans cette immense salle de la résidence officielle des évêques de Paris, le prélat reposait, revêtu de tous ses insignes épiscopaux. 
     
Au doigt de sa main droite il portait l’anneau d’or du Concile offert par le pape Paul VI à tous ceux qui y avaient participé. Car Mgr Veuillot fut bien en vérité un évêque conciliaire et il revendiquait ce titre haut et fort. S’il n’était assis sur le siège de Paris que depuis un an à peine, il avait été auparavant pendant de très longues années intime collaborateur du futur pape Paul VI à la Secrétairerie d’État. Sacré évêque en 1959, il participera activement à toutes les sessions du concile Vatican II en tant qu’évêque coadjuteur de Paris au côté du cardinal Feltin à qui il succéda. Son rôle fut tout spécial dans le débat sur le thème de la collégialité épiscopale qui deviendra un élément clef de la nouvelle organisation de l’Église conciliaire.
     
Le terme «  Église conciliaire  » employé ici en a peut être fait sursauter quelques-uns. Il est de bon ton, en effet, par les temps qui courent de reprocher aux catholiques fidèles à la Tradition l’utilisation du terme «  Église conciliaire  ». Certains pré- fèrent l’usage du terme plus « soft » d’« Église officielle ». “Oh ! ces distinctions subtiles par lesquelles on s’efforce de détourner la conséquence pratique d’une dénomination”, s’exclamait Louis Veuillot, le grand oncle de notre cardinal défunt, dans son excellent livre L’illusion libérale !
     
Mais penser ainsi c’est oublier deux choses. La première est que le terme « Église conciliaire » n’a pas été inventé par les traditionalistes. Mgr Pierre Veuillot, avait insisté dans un entretien interview donné au journal Panorama Chrétien en 1966 sur le fait que désormais le Concile étant clos, le chrétien se devait d’être un «  membre actif d’une Église post-conciliaire en pleine recherche ! ». Et voici comment il dé- finissait ce chrétien post-conciliaire : « Ce n’est ni l’homme d’un ghetto, ni le privilégié d’un salut personnel qui le dispenserait de porter avec ses frères les responsabilités d’un monde plus humain à construire  ». On connaît aussi la célèbre remarque faite à Mgr Lefebvre par Mgr Benelli, le très proche et très écouté collaborateur du pape Paul VI à la Secrétairerie d’État lui aussi. Mgr Benelli, dans sa lettre du 25 juin 1976, y déclarait en effet qu’il n’y aurait d’avenir envisageable pour les séminaristes d’Écône que « s’ils étaient sérieusement préparés à un ministère presbytéral dans la fidélité véritable à l’Église conciliaire… ». 
     
L’autre élément à rappeler, c’est combien le concile Vatican II est à la racine de toute la transformation dont l’Église a été l’objet depuis le début des années 60. Il inspire toute catéchèse, toute prédication, il donne les règles de l’organisation hiérarchique dans l’Église, il est la cause de la réforme de tous les sacrements et spécialement de la réforme œcuménique de la Messe. Et puisque l’Eucharistie est le centre de la vie de l’Église, une messe conciliaire ne peut faire croître qu’une Eglise conciliaire. Aujourd’hui toute la formation des futurs prêtres est basée, centrée, perfusée par le concile Vatican II. Pour canoniser les nouveaux saints on privilégie la recherche dans la vie de chacun d’eux des vertus conciliaires. Il semble même que le simple fait d’avoir été un pape conciliaire ouvre directement la porte à une canonisation quasi automatique. Le code de droit canonique lui-même qui régit la vie de l’Église a été réformé en 1983 « pour être un moyen efficace pour que l’Église puisse progresser dans l’esprit de Vatican II  » selon l’aveu officiel que fit le pape Jean Paul II dans la constitution apostolique qui promulgue cette nouvelle législation. Tous les ordres religieux et congrégations religieuses ont vu leur règle réformée de fond en comble selon les critères du Concile.
     
L’Église d’aujourd’hui est bien une «  Église conciliaire  » et le but principal qu’elle recherche c’est l’enracinement des principes de Vatican II dans la vie de tout chré- tien. Pour prendre une comparaison bien moderne, on pourrait dire que le concile Vatican II a été le Tchernobyl de l’Église, que tout dans l’Église a été irradié par les erreurs libérales du Concile et tout ce qui est depuis officiel dans l’Église est devenu radioactif…  ! Gare à celui qui s’en approche de trop près. Il serait donc inquiétant que chez les traditionalistes aujourd’hui apparaisse une tendance à faire oublier ou méconnaître combien le Concile dans son ensemble comme dans son détail est subtilement subversif et qu’une décision officielle peut être matériellement bonne tout en restant profondément radioactive… Il y a aujourd’hui dans les jardins déserts de Tchernobyl des arbres fruitiers aussi beaux qu’avant la catastrophe mais…
     
Mais revenons à l’anneau du Concile. Le pape Paul VI l’offrit à tous les évêques du monde le 6  décembre 1965, avant-veille de la clôture de Vatican II. Beaucoup se mirent à le porter à la place de leur anneau épiscopal. Le pape luimême le porta jusqu’à sa mort abandonnant le traditionnel anneau du pécheur. C’était tout un symbole : tout l’épiscopat collégialement avec son chef s’unissait pour imposer la réforme conciliaire à des fidèles perplexes. 
     
 Comme tous ceux qui avaient pris part aux débats conciliaires, Mgr Lefebvre, lui aussi avait reçu cet anneau. Après son décès en 1991 à Écône, nous l’avons retrouvé, enfoui dans ses archives personnelles. L’auteur de J’accuse le Concile, ne l’avait jamais porté ! 

[Abbé Émeric Baudot, fsspx - Le Chardonnet] «Cherchez les choses d’en-haut»

SOURCE - Abbé Émeric Baudot, fsspx - Le Chardonnet - avril 2018

Dans la nuit de Pâques, la liturgie nous fait lire un passage de l’épître de saint Paul aux Colossiens (III, 1) : « Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en-haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu ; ayez du goût pour les choses d’en-haut, non pour celles qui sont sur la terre. » Et cette phrase constitue également la lecture brève de l’office de prime du bréviaire romain durant tout le temps pascal, c’est dire l’importance qu’y attache l’Église.
     
Pour bien la comprendre, nous devons nous rappeler que la vie du Christ ressuscité est le modèle de la nôtre. Car Jésus-Christ nous a mérité par ses souffrances et par sa mort la grâce de vivre comme lui pour Dieu, d’être associés à son état de ressuscité. Et c’est dès le baptême que nous participons à cette grâce de la résurrection. Saint Paul l’affirme clairement : « Nous avons été ensevelis avec le Christ par le baptême pour mourir, afin que, comme le Christ est ressuscité d’entre les morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions dans une vie nouvelle » (Rom. VI, 4). Pour l’Apôtre, l’eau sainte dans laquelle nous sommes plongés au baptême (baptême qui se faisait par immersion aux premiers temps de l’Église) est la figure du sépulcre. En sortant, l’âme est purifiée de toute faute et revêtue de la grâce, principe de la vie divine, tout comme le Christ, en sortant du tombeau, s’est dépouillé de toute infirmité pour vivre désormais d’une vie parfaite. 
      
Nous sommes donc ressuscités avec le Christ, par le Christ, car il désire infiniment nous communiquer sa vie glorieuse. Et pour devenir semblables à Jésus ressuscité, il nous faut vivre dans l’esprit de notre baptême. Cela veut dire renoncer au péché, à tout ce qui nous y entraîne, les occasions, tout ce qui est terrestre, pour vivre en Dieu, pour Dieu avec la plus grande stabilité possible. Concrètement cela reviendra à ne chercher qu’à faire la volonté de Dieu. 
     
Le temps pascal doit donc être un puissant moteur pour notre vie spirituelle. Les efforts de notre carême nous y aideront. Certes les pénitences que nous nous sommes imposées dans la nourriture par exemple peuvent être adoucies. En revanche, les actions pour éviter les occasions dangereuses de péché (je pense à tous les écrans multiples et variés) doivent être poursuivies. 
     
La joie pascale ne supprime pas les tentations. Au contraire, le démon va nous pousser à baisser la garde, à nous faire oublier le «  veillez et priez pour ne pas entrer en tentation » : « le carême est fini, plus de pénitence, à moi la belle vie, Jésus est ressuscité, alléluia ! » Et tout surpris, nous nous étonnerons d’avoir succombé, peut-être même en matière grave. La conséquence sera rapide : le découragement, et tous nos progrès de carême seront vite effacés. 
     
Est-ce une fatalité ? Non bien sûr. La sainteté inaugurée au baptême ne se réalise que peu à peu. Chaque Pâque doit produire en nous une mort plus complète au péché et une croissance plus abondante de la vie de Jésus-Christ. Et vous connaissez le moyen indiqué par saint Paul : « Cherchez les choses d’en-haut ». 
     
Abbé Émeric BAUDOT

[Wigratzbad (blog) - FSSP] Messe chrismale

SOURCE - Wigratzbad (blog) - FSSP - 30 mars 2018

Pour la cinquième année consécutive, le Séminaire s'est déplacé à Vaduz au Liechtenstein en ce Jeudi Saint, pour participer à la messe chrismale célébrée dans sa cathédrale par l'archevêque, Mgr Wolfgang Haas. 

Rentrés au séminaire pour le déjeuner, nous poursuivons le Triduum pascal en fin d'après-midi, avec la messe vespérale célébrée par l'abbé Patrick du Faÿ, recteur du séminaire. A son terme, nous partons en procession avec le Saint-Sacrement, jusqu'à notre chapelle intérieure, où les séminaristes et les fidèles prient au reposoir jusqu'à minuit, en union avec l'agonie de Jésus.

[Reconquista] Un baptême en prison

SOURCE - Reconquista - 4 avril 2018
Le ministère des prêtres de la Fidélité Catholique n'est vraiment pas ennuyeux, même s'il n'est pas sans croix.  La crise dans l'Eglise ne freine pas l'action du Saint-Esprit et en ce mercredi de Pâques, M. l'abbé Salenave a pu enfin conférer le baptême à un prisonnier converti. Cela n'a pas été sans un certain nombre de péripéties. Le baptême faillit être annulé sous la pression du diocèse. Mais la fermeté de Jourdain (nom de baptême du prisonnier) a permis de surmonter les obstacles. Le vicaire épiscopal de Namur a bien essayé d'intimider jusqu'au dernier moment notre prisonnier-catéchumène en lui affirmant par exemple que :  " Si l'abbé Salenave confère le baptême chrétien, selon la liturgie du Concile de Trente, il en va de sa responsabilité. Pour nous, ce baptême est illicite" (sic!) et aussi "qu'il se refuse d'inscrire sur les registres du diocèse les actes du baptême". Mais le prisonnier ne lui en voudra pas et lui répondra simplement et fermement en son langage qu' "être enregistré dans votre registre paroissial ne lui agrée pas de toute façon" et qu'"Il prie pour que son cœur s'éclaire dans le vrai chemin qui sauve, même les prêtres de la Rome abîmée". On aimerait autant de lucidité sur la Rome moderniste chez ceux qui recherchent un accord canonique pour sortir d'une prétendue "anormalité canonique". Celle-ci n'a pas empêché notre prisonnier de recevoir sans scrupule le Saint Baptême en ce 4 avril avec les registres légaux (en raison de l'état de nécessité) de M. l'abbé Salenave.

Inutile aussi de vous préciser que les enfants de chœur ont été assez impressionnés par la prison, ses nombreux gardiens  et ... la difficulté pour y entrer ! Il a fallu passer par un grand nombre de sas, d'énormes portes blindées, de portiques de sécurité qui sonnaient tout le temps à cause de l'attirail nécessaire au baptême. Mais tout s'est bien passé au final. 

La cérémonie fut très impressionnante pour le prisonnier qui n'a pu s'empêcher de verser des larmes au moment de son baptême. Notre Larron devenait tout blanc devant Dieu et il en avait bien conscience. Dans son attachement à la  Foi de toujours, il n'avait pas oublié d'apporter un petit cadre du portrait de Mgr Lefebvre pour orner la salle ! Il avait même pensé aux blasons des évêques de la Fidélité. (cf photo ci-dessous) . 

Que Dieu soit béni pour les grâces accordées en ce jour à un Bon Larron !

4 avril 2018

[Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou] Qui a peur des autruches ?

SOURCE - Le Seignadou - avril 2018

« Nous sommes enfants des saints, et nous attendons cette vie que Dieu doit donner à ceux qui ne lui retirent jamais leur fidélité. » (Tobie II, 18) Le grand Tobie exprimait ainsi sa fierté d’être le descendant des patriarches d’Israël, et son fils évoquait la même fierté à son épouse Sara : « Car nous sommes enfants des saints, et nous ne pouvons pas nous unir comme les nations qui ne connaissent pas Dieu. » (ibidem VIII, 5).

Sans prétention aucune, ne serions-nous pas en droit de proclamer la même chose ? Nous sommes enfants des saints, et nos pères se nomment Claude-François Poullart des Places, le P. Liberman, saint Pie X, le P. Le Floch, et Mgr Lefebvre… et nous pourrions ajouter à la liste de nos pères vénérés saint Dominique, le P. Calmel et le P. de Chivré, et pourquoi pas Mère Hélène et Mère Anne-Marie !

Alors, au nom des saints dont nous sommes les enfants, nous devons nous aussi être fiers de nos pères, et être fiers de notre fidélité à leur mémoire et à leurs enseignements ! Fiers et confiants dans la grâce qui nous a permis de recevoir leur esprit… confiants parce que la même grâce assurera notre fidélité à leur mémoire et à leurs enseignements. Et, pour continuer dans les images qui ont guidé nos réflexions passées, je dirai encore que, si nous ne sommes pas des aigles, nous sommes quand même leurs enfants… des aiglons peut-être ? Et voici pourquoi nous n’avons pas peur des autruches ! Les aigles, familiers des hauteurs, n’ont pas peur ! Nous n’avons pas peur d’être dévorés par les autruches conciliaires car il est bien connu que les autruches ne mangent pas les aigles ! Il peut leur arriver d’être méchantes et de se disputer entre elles, mais le plus souvent elles s’enfuient, et il serait vraiment inconvenant que les aigles se mettent à faire l’autruche !

La vraie question, en fait, est de savoir si nous avons des raisons d’avoir des peurs d’autruche, d’avoir peur de l’avenir, peur de ne pas tenir et de déchoir, peur d’être trahis ou conduits vers des malheurs ou des trahisons, peur de devenir complices des autruches… toutes chose absurdes et sans aucun fondement ! Et pourtant, certains sont inquiets !

Dom Gérard écrivait dans Demain la Chrétienté ces réflexions si sages : « Le corps a besoin de vertus. Nous pensons principalement à ces vertus militaires qui sont des vertus de l'âme avant d'être des vertus de guerre. Et l'on voudrait qu'elles soient également des vertus religieuses, qu'elles fleurissent dans un univers religieux. Quelles sont-elles ? Le courage, la patience, le sens de la justice, le sens de l'honneur, le goût du sacrifice. Or, quel sentiment voit-on dominer si souvent parmi ceux qui doivent être l'élite d'une nation ? La peur. La peur de déplaire, la peur d'être désavoué, la peur d'être seul. Un religieux de grand mérite, mort il y a quelques années, nous disait : « Il aura fallu que j'arrive vers la fin de ma vie pour comprendre le rôle que joue la peur dans la vie des hommes. » (Il s’agissait du R.P. Calmel)

Contre cette peur qui étreint et qui paralyse, il y a la prière et il y a l'exemple des saints. Il y faut en plus un amour tendre et viril pour le Christ Jésus, une mystique simple et forte comme la terre de Palestine où elle prit naissance, quelque chose de crucifié et de vainqueur qui pénètre dans le fond de l’âme et la soulève, si besoin est, jusqu’aux extrémités de la terre. »

Faute de courage, de patience, de confiance et peut-être d’humilité, certains ont peur et sont inquiets ! Ils craignent que la Fraternité soit infidèle à ses pères, qu’elle ne soit pas assez forte, et se laisse séduire par les autruches conciliaires… alors qu’elle a tenu avant eux et sans eux pendant des années, et le fera encore avec ou sans eux… Je lisais il y a peu de temps des lignes désolantes au sujet du « prochain Chapitre général qui se déroulera en juillet 2018, source de grandes inquiétudes ».

Je me demande vraiment quels sont les faits objectifs réels qui peuvent susciter de telles grandes inquiétudes ! Que certains soient tentés par un accord pratique, cela est possible, mais je crois aussi que d’autres sont tentés par la rupture avec Rome !

Quant à moi qui ne suis qu’un aiglon timide, je ne suis pas assez intelligent pour voir des dangers où ils ne sont pas, et je persiste à croire et à me réfugier dans la grâce de la Fraternité et de ses supérieurs, à faire confiance au Saint-Esprit qui saura guider les travaux de notre chapitre général dans la fidélité à nos pères, bien mieux qu’il n’a pu guider ceux de ce concile où il n’a pu se faire entendre à cause des caquetages des autruches !

J’ajoute, en outre, que j’essaie de me souvenir de mon catéchisme qui enseigne que dans l’Église il y a trois pouvoirs : celui d’enseigner, celui de gouverner et celui de sanctifier, et que l’exercice défectueux de l’un d’entre eux n’annule pas la possibilité d’un exercice normal des autres !

Il serait bon de nous entendre : quand nous parlons d’Église conciliaire, de quoi parlons-nous ? Non d’une Église nouvelle mais des promoteurs d’un enseignement infidèle et de moyens de sanctification dénaturés ! Et nous refusons cela ! Mais pouvons-nous dire, penser, imaginer, prétendre que le pouvoir de gouverner soit devenu conciliaire ? Cela n’aurait pas de sens ! Qu’est-ce que cela signifie quand il s’agit de l’autorité et de la juridiction ? Quelle que soit l’intention de ses détenteurs, le pouvoir de gouverner les âmes en tant que tel, dans sa substance, a-t-il été entaché par les erreurs du concile ? Le pape, les évêques, les curés ont-ils donc perdu l’autorité et le pouvoir d’être témoins des mariages qui se célèbrent dans leurs paroisses ? Ont-ils perdu celui de déléguer ce pouvoir aux prêtres de leur choix ? Et pour ces prêtres, accepter d’être délégués revient-il à adhérer aux erreurs du concile, ou même au nouveau droit canon ? Il y a là une confusion, effet d’un esprit univoque, qui me semble très dangereuse, car refuser de reconnaître ce pouvoir comme nous refusons les erreurs conciliaires, reviendrait à nier que le pape et les évêques le possèdent encore ! Il est malheureusement possible d’être sédévacantiste sans le savoir !

Monseigneur Lefebvre, et nous tous avec lui, nous avons contesté la validité des sanctions de 1976 - 1988, mais non la légitimité de l’autorité « conciliaire » qui les a portées.

Et je n’ai jamais su que « Mgr Lefebvre avait refusé la juridiction conciliaire en ce qui concerne le sacre des quatre évêques ». Qu’est-ce donc que cette « juridiction conciliaire » ? Cela n’a pas de sens. Et en quoi accepter l’autorité et la juridiction des évêques entraînerait-il que nos mariages se célèbrent « dans le cadre du nouveau code », ou que nous prêchions la « théologie du corps » comme le font certains « ralliés » ?

Le plus ahurissant est que nous avons toujours, et ce dès le début de la Fraternité, accepté de célébrer des sacrements dans les paroisses : baptêmes, obsèques et même mariages ! Cela sous-entendait que, au moins implicitement, nous admettions l’autorité des curés ou des évêques qui nous accueillaient ! Les dispositions nouvelles font que cette reconnaissance implicite devient explicite, rien de plus ! Alors, où est la trahison ? Quand nous admettions la pratique, cela ne pouvait se faire sans admettre implicitement le principe ! C’est ce même principe que certains refusent aujourd’hui parce que son acceptation est devenue explicite !

J’irai même jusqu’à dire que nous ne pouvons pas nous placer sous une autorité « conciliaire » car nous y sommes déjà, comme tout un chacun dans l’Église, et plus encore la Fraternité elle-même est placée sous cette autorité depuis le 1er novembre 1970 ! (A moins de nier l’autorité « conciliaire » de Mgr Charrière, ou d’admettre la légitimité de l’acte posé contre la Fraternité par l’autorité « conciliaire » de Mgr Mamie en 1975 ! Mais alors, où est la logique ?) « Omnis potestas a Deo » dans l’Eglise comme dans la cité. L’autorité reçue par le pape, les évêques et les curés a sa source en Jésus-Christ. Pouvoir, autorité, juridiction en tant que tels sont donnés par Dieu pour le gouvernement de l’Église, et tout membre de l’Église est nécessairement sujet de cette autorité, quels que soient les défauts de ses détenteurs. Si ceux-ci sont infidèles à leur charge, ou refusent de reconnaître ses sujets et de leur donner ce qu’ils demandent légitimement et qu’elle doit leur donner, alors seulement intervient ce que l’on nomme la juridiction de suppléance, par laquelle c’est l’autorité même de Jésus-Christ confiée à Pierre qui est sollicitée.

En fait, pour nous, rien n’a changé depuis le 1er novembre 1970, sinon le regard de Rome, qui considère enfin que nos actes sont légitimes ! Et je suis heureux qu’un de nos supérieurs ait pensé à rappeler à tous le vœu que notre fondateur avait inscrit au chapitre IV de nos statuts, et qu’il n’a jamais démenti : « La Fraternité, en ses débuts, dépendra de l’évêque du lieu qui l’a érigé en “pieuse union” et en a agréé les statuts, en conformité avec les prescriptions du droit canon. En conséquence, tant que la Fraternité est de statut diocésain, les membres qui se destinent au sacerdoce devront avant l’engagement définitif être incardinés dans un diocèse, à moins qu’un indult spécial accordé par la S. Congrégation des religieux les autorise à être incardinés dans la Fraternité. Dès que la Fraternité aura des maisons dans divers diocèses, elle fera les démarches nécessaires pour devenir de droit pontifical. »

En fait, ce qui inspire ceux qui refusent ce pouvoir, est la peur que cela soit le premier pas vers un ralliement aux erreurs conciliaires, la première étape vers un accord pratique qui ferait litière de ces erreurs… Or, j’ai beaucoup scruter les propos, les écrits (mais non les secrets des cœurs, que nul ne connaît !) de nos supérieurs, je ne trouve nulle trace de complaisance envers les erreurs du concile ou les actes qui en sont la traduction publique et officielle, et je persiste dans la confiance à leur prudence.

Certaines craintes peuvent être légitimes. Qui peut dire que l’avenir ne lui inspire pas quelque inquiétude ? Que ce soit dans le monde, dans l’Eglise ou dans la société, tout se dégrade de jour en jour, et nous pouvons tout craindre, même le pire. Nous pouvons penser que nous allons vivre des heures terribles – et ce n’est sans doute pas le moment de nous déchirer et de nous diviser – mais… nous avons l’espérance et la confiance en la grâce de Dieu qui veille à tout et sur tous.

Avant d’être notre victoire, que cette grâce soit notre refuge lorsqu’elle nous invite à vivre des situations crucifiantes.

Crux mihi certa salus, Crux est quam semper adoro ;
Crux Domini mecum, Crux mihi refugium.

O Croix, de mon salut l’espérance assurée ;
Croix sainte, sois toujours de mon cœur adorée !
Croix du Seigneur, reste avec moi ;

O Croix, mon refuge est en toi !