27 juin 2017

[Peregrinus - Le Forum Catholique] Révolution française et traditionalisme (IV) : Des "ministres sans mission et sans pouvoirs"

SOURCE - Le Forum Catholique - 27 juin 2017

Dans la partie précédente, je me suis attaché à rappeler les principaux motifs qui ont déterminé l’épiscopat français à refuser la Constitution civile du clergé : celle-ci, émanée d’une puissance temporelle incompétente, méprise la juridiction du pape et des évêques.
     
C’est sur la base des mêmes arguments que les évêques et le clergé fidèle condamnent le clergé constitutionnel, c’est-à-dire les prêtres qui pour conserver leurs places acceptent de prêter le serment prescrit par le décret du 27 novembre 1790. Par ce serment, le prêtre promet d’être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi, ce qui, on y reviendra, ne pose aucun problème particulier, mais aussi de « maintenir de tout [son] pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et acceptée par le Roi ». Or la Constitution, alors en cours d’élaboration, doit comprendre la Constitution civile du clergé, ce qui rend la formule du serment inacceptable.

Aux prêtres constitutionnels, ou assermentés, il est donc logiquement reproché d’adhérer de fait à une organisation ecclésiastique contraire aux principes catholiques sur la juridiction et l’autorité spirituelle. Ce reproche n’est cependant pas le seul. Au problème doctrinal s’ajoute en effet celui de la communion ecclésiastique : après avoir, à seulement quatre exceptions près (1), refusé de faire le serment prescrit, les évêques sont déposés par l’autorité temporelle. On procède donc à l’élection de nouveaux évêques (2), qui occupent des sièges épiscopaux déclarés vacants par l’Assemblée Nationale, mais non par l’Eglise, qui les juge toujours régulièrement occupés par leurs titulaires d’Ancien Régime. Les évêques jureurs n’ont donc pas seulement adhéré à une Constitution dont la condamnation par Rome est connue à partir de mars 1791, mais se sont rendus coupables d’intrusion : ils ne sont pas entrés par la porte des brebis, mais usurpent une juridiction que l’Eglise ne leur a pas donnée. 

Le bref adressé en février 1791 par Pie VI au cardinal de Brienne, archevêque jureur de Sens, témoigne de l’importance accordée à ce problème fondamental : à Brienne, pourtant archevêque régulièrement institué de Sens, le pape reproche principalement non d’avoir adhéré à une « Révolution anti-Dieu et anti-Roi », comme le lui reprocherait le Petit Eudiste, mais d’une part d’avoir consenti à la destruction de son chapitre et donc de la juridiction que celui-ci tenait directement de l’Eglise romaine, et d’autre part d’avoir accepté la réforme de la carte ecclésiastique, ce qui le conduit à exercer illégitimement sa juridiction sur des paroisses d’un autre diocèse, où il se conduit donc en intrus (3). 

Le clergé constitutionnel est donc intrus ou du moins en communion avec des intrus, il prétend exercer une juridiction qu’il ne possède pas. On peut lire à cet égard l’énumération par le chapitre cathédral de Saint-Brieuc des maux qui résulteront de la nouvelle organisation ecclésiastique :
Ouverture du schisme ; évêques intrus ; tous leurs actes de juridiction frappés de nullité ; toute juridiction épiscopale, le siège vacant, suspendue par la dispersion des capitulants ou usurpée par des individus sans titres et sans droits ; ministres institués ou approuvés dans ces sortes de circonstances, tous sans mission et sans pouvoirs ; absolutions nulles ; sacrements abandonnés ou profanés ; danger pour le salut des fidèles etc. (4).
C’est bien sur l’usurpation des juridictions épiscopale et capitulaire qu’insistent les chanoines. La conséquence en est que les constitutionnels exercent le ministère « sans mission et sans pouvoirs » et ne peuvent absoudre validement faute d’approbation par l’évêque légitime. Il n’est sans doute pas sans intérêt de noter que la question des mariages ne tarde pas à se poser : les mariages célébrés devant le clergé constitutionnel sont souvent jugés nuls par le clergé réfractaire pour défaut de forme canonique. 

On le voit, plusieurs comparaisons pourraient être faites avec les questions qui agitent le monde traditionaliste d’aujourd’hui. Mais alors que les traditionalistes, particulièrement ceux qui adoptent les positions les plus dures, se voient volontiers en héritiers et continuateurs des réfractaires d’hier, les questions se posent en réalité à front renversé. S’il existe aujourd’hui un clergé exerçant le ministère « sans titres et sans droits », ce n’est pas le clergé diocésain ni le clergé Ecclesia Dei. L’absurdité historique du jugement assimilant les prêtres des instituts Ecclesia Dei ou les « ralliéristes » de la FSSPX aux prêtres jureurs (6), devient ici particulièrement criante. Quels que soient les reproches que l’on peut faire à ces instituts, on doit reconnaître, à moins de considérer le pape et les évêques comme des intrus, ce qui n’était certainement pas la pensée de Mgr Lefebvre, qu’une telle assimilation ne tient pas : on pourrait presque s’étonner qu’elle n’ait jamais été retournée à ceux qui y recourent le plus facilement, et, il faut le dire, avec le plus de légèreté. 

Un usage aussi manifestement abusif de l’histoire peut certes s’expliquer tout d’abord par une ignorance excusable ; mais cette ignorance semble procéder elle-même d’un certain désintérêt pour les faits : la Révolution étant considérée, comme on l’a vu, comme une sorte de monstre métaphysique et moral, foncièrement anhistorique et intemporel, les motivations, les raisons alléguées par les uns ou les autres, y compris par ceux dont on se réclame, n’ont finalement pas grande importance : seul compte le refus, nécessairement catégorique et intégral, de tout compromis avec la Révolution éternelle et par suite avec les différents visages qu’elle a pu prendre dans le temps. 
Les raisons des uns et des autres étaient pourtant, on le voit, essentiellement théologiques et canoniques. 

On a vu dans cette partie les raisons qu’a alléguées à juste titre le clergé fidèle dans son refus des réformes de la Constituante. C’est aux raisons qu’ont tenté de leur opposer le clergé constitutionnel que sera consacrée la prochaine partie. 

(A suivre)

Peregrinus
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(1) Sept évêques d’Ancien Régime ont accepté le serment, mais l’on ne compte parmi eux que quatre évêques titulaires : Loménie de Brienne, cardinal-archevêque de Sens, Talleyrand, évêque d’Autun, Lafont de Savines, évêque de Viviers, et Jarente d’Orgeval, évêque d’Orléans. 
(2) Il faut noter d’ailleurs que la mise en place de la hiérarchie constitutionnelle ne s’est pas effectuée sans mal. « Nous jurons, mais nous ne sacrons pas » : telle est par exemple la position de Mgr de Jarente, imité par le cardinal de Brienne. Sacrer des évêques auxquels le pape n’avait pas donné l’institution canonique n’allait pas de soi, même pour ces deux prélats qui avaient accepté le serment. Les premiers sacres sont donc célébrés par Gobel, évêque in partibus de Lydda, élu au siège métropolitain de Paris, et par Talleyrand, qui avait alors déjà annoncé son intention de renoncer à toute fonction ecclésiastique. Au-delà du problème des sacres, les dispositions de la Constitution civile du clergé prévoyant l’institution du nouvel évêque par le métropolitain n’ont pas même pu être respectées lors de l’établissement au printemps 1791 de la nouvelle hiérarchie constitutionnelle.
(3) « Vous ne pouviez pas imprimer un plus grand déshonneur à la pourpre romaine qu’en prêtant le serment civique et en l’exécutant, soit par la destruction de l’ancien et vénérable Chapitre de votre Eglise, soit par l’usurpation d’un diocèse étranger » (Bref du 23 février 1791, cité par Joseph Perrin, Le cardinal de Loménie de Brienne. Ses dernières années – Episodes de la Révolution, Imprimerie de Paul Duchemin, Sens, 1896, p. 61).
(4) Archives Nationales, D/XXIXbis/25, Extrait du registre de délibérations du Chapitre de l’église cathédrale de Saint-Brieuc, 9 novembre 1790. Par commodité, orthographe et ponctuation ont été modernisées dans cette citation. 
(5) Voir l’article « Si tu connaissais le don de Dieu ! », du blogue Catholique réfractaire, 4 juillet 2012. On a vu dans les parties précédentes que M. l’abbé Pivert s’est aussi livré à ce type d’analogies. Une telle comparaison apparaît également en filigrane dans plusieurs articles publiés récemment par le blogue Reconquista, lié à la mouvance « résistante » : ainsi un article du 21 juin 2017 désigne-t-il à deux reprises les « résistants » comme les « prêtres et les fidèles réfractaires », tandis qu’un article du 23 juin suivant (« Il nous faut des prêtres fidèles et résistants ! ») choisit pour illustration une représentation du XIXe siècle de la célébration d’une messe « en chambre » par un prêtre insermenté. 
(6) On y reviendra, le Petit Eudiste de mars 2017 recourt quant à lui à une grille d’équivalences légèrement différente.

25 juin 2017

[Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou] Le calme des vieilles troupes

SOURCE - Le Seignadou - juillet 2017


Je vais encore parler un peu de moi, mais rassurez-vous, ce sera la dernière fois. En effet, des « amis » disent que j’ai vieilli ! Il est bien vrai que mon âge a doublé depuis mon ordination ! Mais comme nous vieillissons tous d’un pas égal, je ne vois pas l’intérêt de s’y arrêter ! Je pourrais peut-être prendre cela comme un compliment, car le vin se bonifie avec l’âge… mais je ne crois pas que telle soit la pensée de ces amis, et je pense plutôt qu’on estime que j’ai perdu de ma première vigueur : je ne dis plus ce que je disais autrefois, je me suis ramolli, mon discours est devenu différent ! Cela serait donc une bonne nouvelle : je ne répète pas toujours la même chose, et donc je ne radote pas ! Mais alors, ai-je vieilli ?

En fait, je crois que le reproche sous-jacent est le même que celui qui est fait parfois à Mgr Fellay, qui se serait ramolli parce qu’il ne passe pas son temps à redire ce qu’il a déjà dit, et à condamner tout ce qui est condamnable ! On le dit même isolé ou minoritaire ! Il s’en est expliqué lui-même, et j’ajouterai simplement qu’il est normal qu’il n’intervienne pas toujours lui-même, soit parce que des cardinaux l’ont fait, soit parce nos théologiens le font suffisamment. Je pense, entre autres, à l’excellent article de M. l’abbé Gleize « pour une entente doctrinale », et au texte plus récent : La Lettre sur les mariages : éclaircissements et mises au point. En outre, il n’est pas nécessaire d’être saint-cyrien pour s’apercevoir que, depuis 2000, la situation n’est plus la même : l’Eglise demeure « semper idem », mais les papes passent et passeront encore, les personnes sont différentes, et il n’est pas possible de traiter avec le pape François comme avec Jean-Paul II, ni avec le cardinal Müller comme avec le cardinal Ratzinger. Cela est tellement évident que je ne sais pas pourquoi je perds mon temps à le signaler !

Mais aucun d’entre nous ne peut attendre de Mgr Fellay qu’il enseigne, encourage ou donne l’exemple de l’insubordination. Pas plus que Mgr Lefebvre qui, au plus fort de ses contestations proclamait toujours sa fidélité à Rome et son refus de rompre, quel que soit le pape et quels que soient ses agissements, quel que soit le véritable maître de cette pensée moderniste qui a pénétré jusqu’aux viscères de l’Eglise… Nul d’entre nous ne peut attendre de Mgr Fellay qu’il ne respecte pas la primauté de Pierre, même si, d’évidence, Pierre ne marche pas droit selon la vérité de l’Evangile (Galates II, 14).

Quant à moi, j’ai tout dit et écrit quand j’étais en poste d’autorité, et il suffit de s’y reporter pour connaître ma pensée sur Jean XXIII ou le Concile, sur Jean-Paul II, le nouveau catéchisme, Assise et autres nouveautés conciliaires. Les articles, études, interventions que j’ai publiés sont assez nombreux et à la disposition de tous, et, sur ces questions, je n’ai pas changé. Je ne retire rien de tout cela mais, n’étant plus en situation d’autorité, je laisse parler à présent ceux dont c’est la fonction.

Mais là n’est pas le plus important. Je relisais ces jours-ci la brochure réalisée par sa famille sur l’admirable capitaine Jean Botet de Lacaze, mort au champ d’honneur le 3 mai 1917. Après le désastre de l’opération Nivelle, il cherchait à remonter le moral de son entourage : « Pourquoi vouloir jouer aux stratèges ? Nous sommes des exécutants. Les états-majors ont sans doute des conceptions qu'ils n'ont pas à répandre dans la troupe. C'est leur métier de penser. Le nôtre est de maintenir notre estomac en bon état, de cultiver quelques idées générales. Avec ce bagage, on fait honnêtement la guerre. Car, avant tout, il faut faire la guerre, sans quoi, il était vainement cruel de plonger nos familles dans l'inquiétude. Mais, pour bien faire la guerre, il faut d'abord croire à la victoire même au mépris de la vraisemblance. Si ce n’est pas nous qui en cueillons les lauriers, cela n'a d'importance que relative ... Le pays ne fait pas la guerre pour que nous nous en amusions; ... mais pour qu'il puisse mener cette guerre, il faut que nous la fassions avec une foi qui est à la base des actions fructueuses et, aussi, un acte d'humilité préalable en faisant litière de nos raisonnements et autres prévisions tactiques d'exécutants. Notre devoir est de nourrir nos chevaux et de mettre au point notre équilibre physique. »

L’analogie est claire, et il est facile de transposer ces réflexions à la situation dans laquelle nous nous trouvons. Pour poursuivre l’analogie, que dirait-on d’un capitaine qui proclamerait à ses troupes qu’il a un plan de manœuvre personnel génial, meilleur que celui du général ? Et que dirait-on encore s’il le faisait de telle sorte que l’adversaire apprenne ce désaccord, et sache que le front n’est pas uni ? Même si son plan était meilleur, il aurait gravement mis en péril l’union des cœurs nécessaire à ceux qui mènent le même combat, et donné des armes à ses adversaires. Il mériterait tout simplement d’être passé par les armes !

En outre, je ne sais pas qui lance sans cesse ces fausses nouvelles sur l’imminence d’un accord, et annonce même des dates, etc.… Voilà des années que cela se produit, et à chaque fois, certains tombent dans le panneau et les réactions créent confusion et troubles ! C’est la vieille tactique : Diviser pour régner. Saint Jean nous dit que le propre de l'Antéchrist est de chercher à scinder Jésus: Omnis spiritus qui solvit Jesum, est antichristus (1 Joan., IV, 3). Scinder Jésus, c'est briser le lien qui unit les membres de son Corps mystique. C'est le travail de l'esprit d'erreur.

Mais, me direz-vous, Mgr Lefebvre critiquait bien l’autorité publiquement ! Certes mais avez-vous observé qu’après son action au Concile, il a commencé par agir en silence, pour donner à l’Eglise l’arme capable de répondre aux erreurs en fondant la Fraternité ; et ce n’est que dix années après la fin du Concile qu’on a commencé à parler de lui : il n’a parlé publiquement qu’après avoir été lui-même pris à partie et attaqué publiquement par Rome et par les évêques français, en 1975-1976. L’initiative du débat public a été le fait des autorités romaines, et puis, il me semble que l’enjeu était différent. Il est trop facile de se parer d’une fidélité à Mgr Lefebvre pour faire ce qu’il n’a jamais fait. N’est pas Mgr Lefebvre qui veut !

Enfin, je vous avoue que, dans la confusion actuelle, je ne suis pas impressionné par les contestations, moins importantes qu’il paraît, et je sais que Mgr Fellay est moins minoritaire que ne le disent les contestataires de tout poil. Mais je suis plutôt impressionné par le calme des vieilles troupes ! Oui, honneur à nos vieux « maréchaux », ceux des premières années et des premiers combats qui ont traversé toutes les bourrasques et demeurent les témoins fidèles de la vigueur des grâces initiales ! Je voudrais les citer tous – je pense à ceux qui m’ont précédé au séminaire, qui sont prés d’une trentaine, – car ils oeuvrent dans le silence sans prétendre donner des leçons à nos supérieurs. Les crises n’ont pas manqué pourtant : 1975, 1977, sédévacantisme, 1988, 2004, etc. ou plus simplement et de façon continue: l’esprit d’indépendance ! La fidélité et la vigueur des vieilles troupes sont peut-être un des arguments les plus convaincants pour calmer les craintes des jeunes générations ! Cela m’impressionne beaucoup plus que le bruit qui se fait autour de quelques résistants, déclarés ou non.

Que n’entendons-nous pas comme stupidités ? La plus grosse est peut-être celle que j’ai entendue l’autre jour dans la bouche  d’un ecclésiastique (ancien de chez nous !), à savoir que les prêtres de la Fraternité se répartissent entre résistants et accordistes ! Ce bon abbé est devenu champion dans l’art de la dialectique ! Quoiqu’il en dise, il y a tout simplement une majorité de prêtres ni accordistes ni résistants, qui font leur travail sans bruit et font confiance à leurs supérieurs pour faire le leur.

Méditons cette sage réflexion, adaptée d’une pensée d’Ernest Hello: « L'homme est si petit qu'il se complaît en lui : mais il est si grand qu'il ne se satisfait qu'en Dieu. Le chef d'école veut être le maître : il impose son système. Le disciple de la vérité veut être serviteur : il accepte la loi qu'il n'a pas faite… Le rôle de serviteur est seul assez grand pour l'homme. Que Dieu donc nous donne des prêtres assez ambitieux pour s'oublier, assez grands pour être humbles, assez humbles pour être grands, des prêtres qui restituent aux choses leur majesté perdue ! »

Et concluons avec cette belle prière, qui sera notre bouquet spirituel : O Marie, Vierge et Mère de Jésus ; Donnez-moi de penser, de dire, et de faire, ce qui plaît le plus à Dieu et à vous-même. (Sainte Jeanne de France.)


Cela dit, je n’ose commenter la nouvelle que vous connaissez tous, car cela serait déplacé. Je ne veux dire à notre cher abbé Le Noach que notre amitié, voire notre affection sacerdotale, notre gratitude pour l’œuvre accomplie ici et notre prière chaleureuse et fervente. Quoiqu’il en dise, nous ne sommes pas près de l’oublier, quelle que soit la qualité de son successeur ! Que le Cœur Immaculé de Marie le couvre de sa tendresse maternelle pour adoucir tout ce que cette décision peut avoir de douloureux pour un cœur humain, même sacerdotal, qui a donné tout le meilleur de lui-même pendant tant d’années, et qui a été béni par tant de belles vocations qui ont germé sous sa houlette. Que Notre-Dame lui accorde, avec un repos bien mérité, un bel apostolat, fructueux et consolant !  

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Fatima Primordial – II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 24 juin 2017

A Fatima des clercs font-ils toujours la guerre ?
Satan sera vaincu comme il le fut naguère !

La semaine dernière, ce Commentaire a affirmé qu’il aurait suffi que l’Église et le monde tiennent compte du grand message que Notre Dame avait délivré aux trois enfants de Fatima en 1917 au Portugal, pour que le monde échappe au désastre matériel de la seconde guerre mondiale et que l’Église évite le désastre spirituel encore plus grand du Concile Vatican II. Mais, alors que Notre-Dame souhaitait que la troisième partie du Secret, révélé aux enfants en 1917, fût révélée au monde au plus tard en 1960, les clercs, cette année-là, ont préféré tenir caché le texte du Secret, fort probablement parce qu’il condamnait à l’avance le Concile désastreux que ces hommes d’Église appelaient pourtant de leurs vœux. Depuis, les mêmes responsables Conciliaires n’ont cessé de faire la guerre à Fatima, afin d’échapper à la condamnation que porte le Secret.

Cependant, les fidèles catholiques qui connaissaient l’existence du « Troisième Secret », voulaient savoir en quoi il consistait. Au cours des 40 années qui suivirent, certains détails de son contenu ont été divulgués ici et là ; mais les travaux du père Nicholas Gruner furent la principale cause de la montée en pression pour qu’on en fît la publication. C’est pourquoi, en 2000, les ecclésiastiques de Rome en charge de la question firent un effort tout particulier pour enterrer Fatima une fois pour toutes. En tant que chef de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le Cardinal Ratzinger publia un texte qu’il prétendit être le Troisième Secret. Hélas pour lui, les experts de Fatima ont immédiatement repéré de sérieuses divergences entre le texte du cardinal et ce que l’on savait déjà du véritable Troisième Secret dont on attendait la publication depuis 1960. Ils soupçonnèrent ainsi que le véritable Troisième Secret était encore enfermé à l’intérieur du Vatican.

Un fait est venu par la suite étayer ces soupçons. En effet, lors de cette même année 2000, le Cardinal lui-même a fait au Dr Ingo Dollinger, un de ses amis personnels (et saint prêtre) l’aveu suivant : « Ce que nous avons publié n’était pas le secret dans son entier. Nous avons agi sur ordre”. Le Dr Dollinger mettra à profit les années suivantes pour raconter à de nombreux prêtres, séminaristes et laïcs, l’aveu que lui avait fait le Cardinal. Il y a peu, le Docteur confirmait encore cette histoire, et le 16 mai 2016, il est même allé jusqu’à donner l’autorisation d’en faire état publiquement. Mais la vérité sur le Troisième Secret n’avait pas le droit d’être proclamée. Cf. sur internet le lien : onepeterfive.​com/​confirmation-father-dollingers-claim-cardinal-ratzinger-fatima. Peu de jours après (21 mai), le Vatican publiait un communiqué de presse selon lequel Benoît XVI, l’ancien cardinal Ratzinger, affirmait qu’il n’avait jamais parlé de Fatima au docteur Dollinger, et que le Troisième Secret avait bien été rendu public dans son entier ! A l’évidence, la Rome conciliaire ne reculera devant rien pour étouffer Fatima, mais Fatima ne se laissera pas étouffer.

Allez par Internet sur : onepeterfive.​com/​chief-exorcist-father-amorth-padre-pio-knew-the-third-secret. Vous pourrez voir le détail d’une interview donnée en 2011 par le célèbre exorciste de Rome (mais non Conciliaire), le père Gabriel Amorth. Il voulait que son interview ne soit publiée qu’après sa mort, et il est mort l’année dernière. Le père Amorth a connu Padre Pio pendant 26 ans. L’intervieweur demanda au père Amorth si, dans une conversation tenue avec Padre Pio vers 1960, celui-ci lui aurait dit que le Troisième Secret concernait la perte de foi dans l’Eglise. Padre Pio répondit, très peiné : « Vous savez, Gabriele ! Satan s’est introduit dans le sein de l’Église et, dans très peu de temps, il gouvernera une fausse Église “.

Plus récemment encore, c’est au tour du courageux Cardinal Burke d’entrer dans la mêlée au nom de Notre-Dame de Fatima. Il est l’un des quatre cardinaux qui, au début de l’année, ont formulé de sérieuses objections contre Amoris Laetitia, le document papal sur le mariage et la famille. Le 19 mai dernier, à Rome, lors d’une réunion du Forum de la Vie, il a appelé les catholiques à « travailler pour la Consécration de la Russie au Cœur Immaculée de Marie ». Il a admis que Jean-Paul II, en 1984, avait fait une consécration du monde. Mais “une fois encore, nous entendons l’appel de Notre-Dame de Fatima à consacrer la Russie à son Cœur Immaculé, conformément à ses instructions explicites”. Le Cardinal a parfaitement raison. Fasse le Ciel que, lui au moins, ne soit jamais contraint de ravaler ses paroles !

Kyrie eleison.

24 juin 2017

[Le Salon Beige] L’abbé Émeric Baudot, nommé à Saint-Nicolas du Chardonnet

SOURCE - Le Salon Beige - 24 juin 2017
La Fraternité Saint-Pie X vient de nommer l’abbé Émeric Baudot à Saint-Nicolas du Chardonnet. Âgé de 56 ans, ce prêtre originaire de Lyon, entré au début des années 1980 au séminaire d’Écône pour rejoindre Mgr Marcel Lefebvre, a été ordonné juste après les sacres épiscopaux de 1988. Desservant de la chapelle de Versailles puis directeur du collège de Sainte-Marie, près de Saint-Malo, il fut l’économe général de la Fraternité pendant douze ans, avant d’être nommé premier assistant du supérieur du district de France il y a trois ans. Il est le 5e prêtre que la Fraternité Saint-Pie X nommé à Saint-Nicolas du Chardonnet, à la suite de Mgr François Ducaud-Bourget, prêtre de l’archidiocèse de Paris qui avait investi l’église il y a quarante ans pour la restituer au rite traditionnel, aux côtés des abbés Louis Coache (prêtre du diocèse de Beauvais) et Vincent Serralda (prêtre de l’archidiocèse d’Alger).

À sa mort en 1984, Mgr Ducaud-Bourget avait sollicité l’œuvre fondée par Mgr Lefebvre pour desservir l’église du Ve arrondissement et c’est l’abbé Philippe Laguérie qui fut diligenté par ce dernier pour le remplacer. Depuis, une quarantaine de curés et de vicaires se sont succédés pour œuvrer dans ce « phare » du traditionalisme français. Seule église entièrement consacrée à la liturgie grégorienne dans le pays, elle devint progressivement la matrice de nombreux sanctuaires et chapelles qui ont permis de remettre au goût du jour le rite traditionnel, entièrement proscrit pendant les années 1970. Avec trois messes quotidiennes et cinq messes le dimanche, Saint-Nicolas du Chardonnet met à disposition en permanence un prêtre pour recevoir les fidèles.

[Peregrinus - Le Forum Catholique] Révolution française et traditionalisme (III) : Les réfractaires, d'hier à aujourd'hui

SOURCE - Le Forum Catholique - 24 juin 2017

Dans la deuxième partie de cette petite série consacrée à l’histoire religieuse de la Révolution française et au traditionalisme contemporain, je me suis efforcé de montrer que pour mieux dramatiser l’épisode décisif du serment, que l’on peut dater du début de l’année 1791, certains usages actuels de l’histoire tendaient à brouiller la chronologie et à présenter de la Révolution une vision au fond intemporelle et parfaitement anhistorique. Un tel procédé, s’il s’accorde avec la visée ouvertement prescriptive des textes dont il est question, n’aide guère à comprendre ce qui était en jeu lorsque l’application du décret du 27 novembre 1790 sur le serment a divisé le clergé français entre réfractaires (ou insermentés) et constitutionnels (ou assermentés).

On a vu que pour le Petit Eudiste, le serment constitutionnel est tout uniment une forme d’adhésion à la « Révolution anti-Dieu et anti-Roi (1) », ce qui ne laisse pas que d’être très discutable. Pour les Cahiers du Christ-Roi,
Diviser pour détruire, telle est la tactique révolutionnaire. […] La question des prêtres constitutionnels pendant la Révolution relève aussi de cette intention de réduire l’Eglise à une structure contrôlable par les agents de la Révolution pour mieux la détruire ensuite (2).
Le sens obvie d’une telle affirmation est que la Constitution civile du clergé relève d’un plan bien déterminé par les « agents de la Révolution », donc d’une forme de complot pour détruire l’Eglise. Cette affirmation, assénée avec beaucoup d’évidence, n’est pas moins discutable que la précédente, parce que comme elle, elle fait abstraction des faits et de la chronologie. 

Il n’existe en effet aujourd’hui aucun historien sérieux pour soutenir que l’intention des constituants, en adoptant le décret du 12 juillet 1790 réformant l’organisation ecclésiastique, était de détruire l’Eglise (3). Les intentions des constituants, parmi lesquels figure un quart de députés ecclésiastiques, ne sont pas anticléricales. Il s’agit, après la suppression des dîmes en août 1789 et la mise à disposition de la Nation des biens de l’Eglise en novembre suivant, d’assurer la subsistance du clergé en l’intégrant à la Nation, ce qui est accompli au moyen de sa fonctionnarisation (4). Le traitement matériel réservé aux ecclésiastiques, comme l’ont reconnu jusqu’aux historiens catholiques les moins suspects de sympathie pour les réformes de la Constituante, est alors fixé à un niveau très convenable, nettement supérieur à celui que prévoit par la suite le Concordat de 1801 (5).

Dès lors, que reprochait le clergé réfractaire à la Constitution civile du clergé ? 

Pour répondre à cette question, c’est au texte même du décret du 12 juillet 1790 qu’il faut tout d’abord revenir (6). La Constitution civile du clergé abroge unilatéralement le Concordat de Bologne, qui réglait depuis 1516 les relations entre l’Eglise et la monarchie française. Le décret du 12 juillet réforme tout d’abord la circonscription ecclésiastique, entièrement refondue sur la base des nouveaux départements (titre I, articles 1 à 5). Il interdit de recourir à une autorité placée sous la dénomination d’une puissance étrangère (article 4). Il donne une nouvelle organisation aux églises cathédrales, supprimant les chapitres (article 20) pour les remplacer par un conseil de vicaires épiscopaux (articles 9 et 14). L’élection devient la seule manière de pourvoir aux évêchés et aux cures (titre II, article 1). Une fois élu, l’évêque du département reçoit l’institution canonique du métropolitain, ou, à défaut, du plus ancien évêque de la province (article 17). Il lui est alors interdit de faire un autre serment que celui de professer la religion catholique, apostolique et romaine (article 18). Après son institution, l’évêque écrit au pape en témoignage de l’unité de foi et de communion qu’il veut entretenir avec lui (article 19). 

Le problème principal que pose la nouvelle organisation ecclésiastique se révèle rapidement celui de la juridiction ecclésiastique. Il suffit, pour s’en persuader, de lire l’Exposition des principes publiée le 30 octobre 1790 par Mgr de Boisgelin, archevêque d’Aix, la plus notable des critiques adressées par l’épiscopat français à la Constitution civile du clergé (7). A peine Mgr de Boisgelin a-t-il achevé le résumé des principales réformes qu’il rappelle les principes catholiques de la juridiction :
Il est une juridiction propre et essentielle à l’église, une juridiction que Jésus-Christ lui a donnée, qui se soutint par elle-même dans les premiers siècles, sans le secours de la puissance séculière, et qui, se contenant dans ses bornes, avoit pour objet l’enseignement de la doctrine et l’administration des sacrements (8).
A la nouvelle organisation ecclésiastique, il est tout d’abord reproché d’être émanée d’un acte unilatéral de la puissance temporelle, par elle-même incompétente en matière spirituelle. Cette incompétence résulte de l’exclusion du pape, qui n’est pas consulté préalablement à la réforme, et qui se voit dépossédé de l’institution canonique des évêques. 
Par quelle fatalité faut-il que le chef de l’église ne soit pas consulté sur des droits qui lui furent attribués par les lois, depuis deux siècles, et sur cette partie de la juridiction qu’il avoit exercée dans tous les temps, et que l’église avoit constamment maintenue (9) !
Le principal reproche que l’archevêque d’Aix qu’adresse à la Constitution civile du clergé est donc d’être un attentat à la juridiction du pape tout d’abord, puis des évêques dont les sièges sont supprimés et dont on demande donc la démission. Mgr de Boisgelin refuse une réforme qui conduirait l’épiscopat à « consacrer l’oubli des formes canoniques (10) ».

Souci de maintenir l’Eglise gallicane dans la dépendance et la communion du pontife romain, de ne pas réduire l’union avec Rome à une pure forme, de défendre la juridiction ordinaire des évêques et d’observer les formes canoniques : on le voit, on est très loin d’une « résistance » ecclésiale qui croit non seulement pouvoir, mais encore devoir se passer en toutes circonstances de toutes les formes canoniques ordinaires. La logique de l’argumentation des réfractaires de 1790, prêts à tout perdre pour n’être pas détachés de la juridiction du pape et des évêques, est rigoureusement contraire à celle d’anarcho-traditionalistes d’aujourd’hui qui se font un devoir de ne jamais s’y soumettre. Les « catholiques réfractaires » ne sont peut-être pas ceux que l’on croit.

On objectera non sans raison que les problèmes n’étaient évidemment pas les mêmes. Mais alors il faut en tirer les conséquences et faire au moins preuve de prudence et de retenue dans les usages de l’histoire et s’abstenir d’équivalences, voire d’accusations, dont on commence à voir le caractère extrêmement glissant et réversible. 

(A suivre)

Peregrinus 
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(1) Abbé Etienne de Blois, « Un vicaire silencieux », Le Petit Eudiste, n°202, mars 2017, p. 10-11.
(2) Révolution et Subversion. Cahiers du Christ-Roi, numéro hors-série, décembre 2014, p. 112.
(3) Il faut noter d’ailleurs que ceux qui voyaient dans la Constitution civile du clergé le résultat d’un complot attribuaient celui-ci non à la franc-maçonnerie, mais aux jansénistes, cf. Gérard Pelletier, Rome et la Révolution française. La théologie et la politique du Saint-Siège devant la Révolution française (1789-1799), Ecole française de Rome, Rome, 2004. L’abbé Barruel lui-même, sous le pseudonyme de Bonnaud, semble avoir vu tout d’abord dans le décret du 12 juillet 1790 l’œuvre des jansénistes et des richéristes, cf. Marcel Gauchet, « La question du jansénisme dans l’historiographie de la Révolution », dans Catherine Maire (dir.), Jansénisme et Révolution. Actes du colloque de Versailles tenu au Palais des congrès les 13 et 14 octobre 1989, Chroniques de Port-Royal, Paris, 1990, p. 17.
(4) Sur les principaux traits de la réforme, voir Timothy Tackett, La Révolution, l’Eglise, la France, Cerf, Pars, 1986.
(5) Voir par exemple Ludovic Sciout, Histoire de la Constitution civile du clergé (1790-1801). L’Eglise et l’Assemblée Constituante, t. I, Firmin Didot, Paris, 1872.
(6) On peut trouver le texte complet de la Constitution civile, ibid., p. 182-189.
(7) L’Exposition, écrit ainsi Jean-Claude Meyer, Deux théologiens en Révolution, Parole et Silence, Paris, 2011, p. 207, témoigne d’une « conscience exacte des enjeux ecclésiologiques » de la réforme. L’abbé Meyer la situe dans la lignée du gallicanisme modéré de Bossuet, qui admet le recours à Rome en temps de crise.
(8) Mgr de Boisgelin, Examen des principes sur la Constitution civile du clergé, Le Clère, Paris, 1801, p. 4-5.
(9) Ibid., p. 26.
(10) Ibid., p. 18.

23 juin 2017

[Paix Liturgique] St-Germain-en-Laye: l'unité autour du Saint-Sacrement annone-t'elle la paix liturgique?

SOURCE - Paix Liturgique - Lettre n°599 - 22 juin 2017

10 ans après la promulgation du motu proprio de Benoît XVI, la paix liturgique va-t-elle enfin s’installer à Saint-Germain-en-Laye ?

Au lendemain de la Fête-Dieu qui a rassemblé en une même procession, et en une même communion spirituelle, paroissiens ordinaires et fidèles de la forme extraordinaire, il semble que les temps soient mûrs pour en finir avec une décennie d’exclusion.
I – DE LA COEXISTENCE À LA COOPÉRATION
Comme nous l’avons évoqué dans notre lettre 578 du 18 janvier 2017, la communauté traditionnelle de Port-Marly, dont l’église est actuellement en rénovation, est accueillie depuis le début 2017 en la chapelle des franciscaines de Saint-Germain-en-Laye. Lors des premières messes à la chapelle des franciscaines, le curé de Saint-Germain, le père Faure, avait tenu à souhaiter lui-même la bienvenue aux fidèles de Port-Marly – dont une grande part sont originaires de Saint-Germain – leur précisant qu’ils ne devaient pas se sentir « en exil » mais « en communion ». Un geste apprécié des fidèles.

Au bout d’un semestre de coexistence sur le même territoire, la preuve la plus éclatante de cette communion a été donnée ce dimanche 18 juin lors de la grande procession organisée pour la Fête-Dieu entre la chapelle des franciscaines – où se célèbre donc actuellement la forme extraordinaire le dimanche – et l’église Saint-Germain, où se célèbre la forme ordinaire. Plus d’un millier de catholiques de Saint-Germain-en-Laye ont en effet accompagné le Saint-Sacrement dans les rues de la ville, suscitant l’émerveillement de nombreux badauds.

Comme en témoignent les photos que nous vous proposons, les enfants de chœur de Port-Marly ont entouré le Saint-Sacrement que portait le curé de Saint-Germain ; tandis que c’est le chanoine Guitard (chapelain de Port-Marly) qui a donné la bénédiction finale en l’église Saint-Germain. Il était difficile de donner meilleur témoignage d’unité et de coopération entre les deux communautés. Et ce, en accord parfait avec l’esprit du motu proprio de Benoît XVI qui invitait les prêtres célébrant le missel de Paul VI « à manifester de façon plus forte que cela ne l’a été souvent fait jusqu’à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien ».

Sur la page Facebook de la paroisse, d’où proviennent les photos qui accompagnent cette lettre, les commentaires des paroissiens sont éloquents : « Magnifique cortège, belle foule et beaux symboles que cette procession avec nos amis de Marly. Geste de cohésion, c’était aussi une occasion d’évangélisation car une fois la surprise passée, les passants s’interrogeaient et s’intéressaient. À refaire donc ! » (Paul) ; « Merci Père Thierry d’avoir ce grand désir de réunir nos églises. C’est tellement important pour nous tous » (Claire) ; « Belle initiative qui devrait donner l’idée à d’autres paroisses, dans la mesure des possibilités » (Yvonne).
II – DE LA COOPÉRATION À L’UNITÉ DANS LA DIVERSITÉ?
D’ici quelques semaines, la chapellenie devrait retrouver son église de Port-Marly. Qu’adviendra-t-il alors des familles de Saint-Germain-en-Laye qui, durant six mois, ont pu assister à la forme extraordinaire à la chapelle des franciscaines ? Tout naturellement, elles espèrent que la messe traditionnelle puisse continuer à être célébrée à Saint-Germain.

De fait, nous savons qu’une nouvelle demande a été formulée au curé de Saint-Germain. Cela fait bientôt dix ans que des familles demandent l’application du motu proprio dans la ville. À l’époque, le premier argument avancé contre cette demande était l’absence de lieu de culte. Aujourd’hui, en dehors de la chapelle de l’hôpital (voir notre lettre 377 du 5 mars 2013), il y a donc aussi la chapelle des franciscaines qui pourrait continuer d’accueillir la célébration de la forme extraordinaire.

La décision appartient bien entendu au seul curé de la paroisse Saint-Germain. Gageons qu’au moment de répondre aux demandeurs, il aura à l’esprit ces mots de Benoît XVI, dans sa Lettre aux évêques du 7 juillet 2007, accompagnant la publication du motu proprio Summorum Pontificum : « J’en arrive ainsi à la raison positive qui est le motif qui me fait actualiser par ce motu proprio celui de 1988. Il s’agit de parvenir à une réconciliation interne au sein de l’Église. En regardant le passé, les divisions qui ont lacéré le corps du Christ au cours des siècles, on a continuellement l’impression qu’aux moments critiques où la division commençait à naître, les responsables de l’Église n’ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l’unité ; on a l’impression que les omissions dans l’Église ont eu leur part de culpabilité dans le fait que ces divisions aient réussi à se consolider. Ce regard vers le passé nous impose aujourd’hui une obligation : faire tous les efforts afin que tous ceux qui désirent réellement l’unité aient la possibilité de rester dans cette unité ou de la retrouver à nouveau. »

21 juin 2017

[FSSPX Actualités] Cardinal Burke: «l’Eglise est en proie à la confusion et à l’erreur»

SOURCE - FSSPX Actualités - 25 mai 2017

Pour sa quatrième rencontre annuelle qui s'est achevée le 19 mai 2017, le « Forum de Rome pour la Vie » a eu l’honneur d’accueillir des invités de choix parmi lesquels Mgr Athanasius Schneider ainsi que deux des cardinaux signataires des « Dubia » sur l'Exhortation apostolique du pape François Amoris lætitia.
     
Au programme : Fatima et la crise morale et doctrinale que traverse l’Eglise.
     
Le « Forum Romain pour la Vie » - « Rome Life Forum » - est peu connu des lecteurs francophones : cette réunion annuelle, comme l’indiquent les organisateurs, est « ouverte à tous ceux qui ont, ou aspirent, à être acteurs au sein des mouvements pro-vie ou de protection de la famille, que ce soit au niveau international, national, ou tout simplement paroissial. »
     
« Dans ces heures critiques pour l’Eglise, affirment les dirigeants du Forum Romain pour la Vie, il apparaît plus que jamais nécessaire que tous les acteurs responsables s’unissent dans la défense de l’enseignement de l’Eglise sur la famille. »
     
La dernière réunion de ce Forum s’est tenue au pied du Vatican, les 18 et 19 mai dernier, en présence de plusieurs prélats de haut rang que la récente controverse autour de l’Exhortation apostolique Amoris Lætitia avait placés sous les feux de l'actualité. Un des  fils rouges de la réunion manifestait le lien entre le message de la Vierge Marie à Fatima, il y a tout juste cent ans, et la crise traversée par l’Eglise et les sociétés.
     
Une première intervention remarquée fut celle de Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire d’Astana au Kazakhstan, qui a témoigné devant les assistants de son émotion d’avoir pu assister le 13 mai dernier, en la cathédrale Notre-Dame de Fatima d’Astana, à la consécration explicite de la Russie au Cœur immaculé de Marie par tous les évêques catholiques de la région, y compris de Russie.
      
Au second jour du colloque, ce fut le tour du cardinal Carlo Caffarra de s’exprimer, l’un des signataires des fameux « Dubia » demandant au Saint-Père un nécessaire rappel de la doctrine catholique sur la sainteté du mariage.
     
Le cardinal en a profité pour rapporter des paroles attribuées à Sœur Lucie de Fatima concernant ce que la voyante appelait « la dernière bataille » : livrée par Satan contre Dieu, cette ultime confrontation concernera, a-t-il affirmé, « la question de la famille et du mariage, et il sera du devoir de tout chrétien de témoigner dans cette dernière bataille ».
     
Citant la figure du Padre Pio, familière aux Italiens, le cardinal a conclu en ces termes : « Je suis frappé, en lisant les biographies les plus autorisées de Padre Pio, de voir comment cet homme était attentif à la sainteté du mariage, au caractère sacré des couples mariés, usant parfois même d’une juste rigueur en la matière, et cela plus d'une fois. »
     
Enfin la cardinal Raymond Burke est intervenu : après avoir exposé l’ensemble du message de Fatima et médité sur les demandes de la Vierge, le cardinal a appelé les fidèles catholiques à travailler à la « consécration de la Russie au Cœur immaculé de Marie ».
     
Puis le prélat s'est exprimé sur la consécration du monde au Cœur immaculé de Marie telle que le pape Jean-Paul II l'avait accomplie en 1984, sans nommer explicitement la Russie. Le cardinal Burke a déclaré : « Certainement, le pape Jean-Paul II a consacré le monde, y compris la Russie, au Cœur immaculé de Marie, le 25 mars 1984. Mais aujourd’hui, de nouveau, nous entendons l’appel de Notre Dame de Fatima à consacrer la Russie à son Cœur immaculé, en accord avec son instruction explicite. »
    
Sans entrer dans une exégèse hasardeuse de la troisième partie du secret de Fatima, le cardinal a néanmoins eut des mots forts sur la crise que traverse l’Eglise : « Le troisième secret vise, avec une force particulière, ceux qui exercent la charge pastorale au sein de l’Eglise. Leur défaillance dans l’enseignement de la foi, dans la fidélité à l’enseignement et à la pratique constante de l’Eglise, à travers une approche superficielle, confuse ou même mondaine, ainsi que leur silence, mettent en danger mortel, au sens spirituel le plus profond, précisément les âmes que leur consécration confie à leur soins spirituels. Les fruits empoisonnés de l’échec des pasteurs de l’Eglise se constatent dans une sorte de culte, d’enseignement et de discipline morale qui n’est pas en accord avec la loi divine », a déclaré le cardinal Burke.
    
Un nouvel éclairage sur la crise se trouve peut-être dans ce dernier constat du cardinal américain : « Aujourd’hui, l’Eglise est en proie à la confusion et à l’erreur, y compris à propos de certains de ses enseignements les plus fondamentaux. » Des erreurs et des confusions « non corrigées » pour le moment, a-t-il précisé, alors que nous voyons au sein de l’Eglise « l’étreinte sentimentale de la culture sécularisée ».
    
Plus que jamais se trouve justifiée a posteriori la grande idée qui présida à la naissance de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, entrevue jadis par son fondateur, Mgr Marcel Lefebvre, dans sa cathédrale de Dakar : « Devant la dégradation progressive de l’idéal sacerdotal, transmettre, dans toute sa pureté doctrinale, dans toute sa charité missionnaire, le sacerdoce catholique de Notre Seigneur Jésus-Christ, tel qu’il l’a transmis à ses apôtres et tel que l’Eglise romaine l’a transmis jusqu’au milieu du XXe siècle. »

[Abbé Raphaël d'Abbadie, fsspx - Fideliter] Mgr Lefebvre et la nouvelle messe

SOURCE - Abbé Raphaël d'Abbadie, fsspx - Fideliter - mai-juin 2017

Comment le fondateur de la Fraternité Saint-Pie X a-t-il jugé la messe de Paul VI? Sur cette question, on a dit tout et son contraire. Ce sont les paroles mêmes de Mgr Lefebvre qui trancheront le débat. Faisons-les revivre.

On sait que la nouvelle messe a été élaborée avec l'aide d'«observateurs» protestants, afin de ne pas déplaire aux «frères séparés» qui haïssent le saint sacrifice de la messe. Si Mgr Lefebvre n'a pas manqué de réagir très tôt à la nocivité de cette réforme, en prenant une part active à la rédaction du Bref examen critique des cardinaux Ottaviani et Bacci (1), il lui a fallu néanmoins plusieurs années pour arriver à la position qui est aujourd'hui celle la Fraternité. Cet article tente d'en exposer l'évolution.

Notons tout d'abord que ce long temps nous dévoile toute la prudence pastorale de l'archevêque missionnaire, qui se trouve face à un problème absolument nouveau dans l'Église, et pour le moins épineux: ce nouveau rit est empreint d'une ambiguïté calculée pour contenter les hérétiques, ambiguïté qui ne le rend cependant pas strictement invalide ou formellement hérétique… Comment un fidèle doitil réagir face à un tel rit, qui plus est promulgué par le pape Paul VI? Faudrait-il, pour demeurer bon catholique, devenir protestant? La réponse de Monseigneur s'appuie sur une constatation des faits (qu'il avait d'ailleurs prévus): les fruits de cette réforme ont produit (et produisent encore), au fur et à mesure des années, toute leur amertume. Aussi l'attitude du fondateur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X devient-elle à son tour de plus en plus catégorique. Pour plus de clarté, il nous a semblé bon de distinguer trois périodes dans l'évolution de la position de Mgr Lefebvre.
UN RIT DANGEREUX
On peut d'abord distinguer une première période dans l'attitude du prélat d'Écône: à ses yeux, cette messe constitue un rit nouveau et périlleux qui ne supprime pas la messe de toujours (1969- 1974).

Dès la mise en application du Novus ordo, en novembre 1969, Mgr Lefebvre annonce à ses séminaristes qu'il gardera la messe traditionnelle (2). Il ne fait qu'user du délai donné par Rome, qui ne compte rendre la réforme obligatoire qu'à la fin de l'année 1971. Mais arrivé à cette date, il explique son refus de la réforme:

«Si jamais nous prenions le Novus ordo missæ, nous n'aurions plus de vocations: l'arbre se dessécherait comme si on avait mis la hache à la racine (3).»

Cependant, il estime encore que lorsqu'un fidèle ne peut assister à une messe de toujours, il ne peut pour autant se dispenser de la nouvelle messe, du moment qu'elle est célébrée par un prêtre «digne et fidèle (4)». Cette précision est importante, car dans son acuité théologique et doctrinale, Monseigneur dénonce dès 1971 le danger inhérent à cette réforme à tendance protestante:

«On peut donc se demander très légitimement si insensiblement la foi catholique dans les vérités éternelles de la messe disparaissant, la validité des messes ne disparaît pas aussi. L'intention du célébrant portera sur la nouvelle conception de la messe qui, dans peu de temps, ne sera autre que la conception protestante. La messe ne sera plus valide (5).»

Ce qu'il confirme en 1973:

«Il est entendu que notre attitude deviendra de plus en plus radicale au fur et à mesure que le temps passe, l'invalidité se répandant avec l'hérésie (6).»

Et en 1975, il apporte cette effrayante précision:

«Tous ces changements dans le nouveau rit sont vraiment périlleux, parce que peu à peu, surtout pour les jeunes prêtres, qui n'ont plus l'idée du sacrifice, de la présence réelle, de la transsubstantiation et pour lesquels tout cela ne signifie plus rien, ces jeunes prêtres perdent l'intention de faire ce que fait l'Église et ne disent plus de messes valides. Certes les prêtres âgés, quand ils célèbrent selon le nouveau rit, ont encore la foi de toujours. Ils ont dit la messe avec l'ancien durant tant d'années, ils en gardent les mêmes intentions, on peut croire que leur messe est valide. Mais dans la mesure où ces intentions s'en vont, disparaissent, dans cette mesure, les messes ne seront plus valides (7).»
UN RIT QUI N'OBLIGE PAS
Dans un deuxième temps, Mgr Lefebvre voit dans le nouvel Ordo missæ un nouveau rit nocif qui ne peut obliger (1975-1979). C'est le 5 mai 1975, en la fête de saint Pie V, que Monseigneur a pris la résolution de maintenir coûte que coûte la messe traditionnelle (8). Son jugement devient alors plus catégorique quant à la nouvelle messe:

«Elle n'oblige pas pour l'accomplissement du devoir dominical (9).»

Cela semble une application de sa célèbre déclaration du 21 novembre 1974, qu'il n'est pas inutile de rappeler. Il y affirme son adhésion «à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité», mais aussi son refus «de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s'est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes jules réformes qui en sont issues. Toutes ces réformes, en effet, ont contribué et contribuent encore à la démolition de l'Église, à la ruine du sacerdoce, à l'anéantissement du sacrifice et des sacrements, à la disparition de la vie religieuse (…). Aucune autorité, même la plus élevée dans la hiérarchie, ne peut nous contraindre à abandonner ou à diminuer notre foi catholique clairement exprimée et professée par le magistère de l'Eglise depuis dixneuf siècles (…). Cette réforme étant issue du libéralisme, du modernisme, est tout entière empoisonnée ; elle sort de l'hérésie et aboutit à l'hérésie, même si tous ses actes ne sont pas formellement hérétiques. Il est donc impossible à tout catholique conscient et fidèle d'adopter cette réforme et de s'y soumettre de quelque manière que ce soit. La seule attitude de fidélité à l'Église et à la doctrine catholique, pour notre salut, est le refus catégorique d'acceptation de la réforme (...) (10)».

Le 29 août 1976, dans une homélie célèbre qu'il prononce à Lille, Monseigneur ne mâche pas ses mots et traite le nouveau rit de «messe bâtarde». Il s'en explique:

«C'est précisément parce que cette union voulue par les libéraux, entre l'Église et la Révolution et la subversion, est une union adultère, que de cette union adultère ne peuvent venir que des bâtards ! Et qui sont ces bâtards  Ce sont nos rits, le rit de la nouvelle messe est un rit bâtard ! Les sacrements sont des sacrements bâtards: nous ne savons plus si ces sacrements donnent la grâce ou ne la donnent pas (11).»

Si de tels propos choquent aujourd'hui nos mentalités modernes et leur semblent scandaleux, rappelons-nous qu'ils ne sont que le fruit d'une légitime indignation. Le véritable scandale réside dans la réforme elle-même qui, en usurpant les titres de la messe de toujours, dénature le saint sacrifice, coupe les âmes de la grâce et les éloigne de la foi. Aussi le jugement de Mgr Lefebvre se fait de plus en plus sévère: il s'agit de préserver ceux qui n'ont pas encore été contaminés par le virus moderniste de cette réforme:

«Nous conformant à l'évolution qui se produit peu à peu dans l'esprit des prêtres, nous devons éviter, je dirais presque d'une manière radicale, toute assistance à la nouvelle messe (12).»

Seules certaines exceptions sont admises:

«C'est un devoir de s'abstenir habituellement, de n'accepter une assistance que dans des cas exceptionnels: mariage, enterrements, et que si l'on a la certitude morale que la messe est valide et non sacrilège (13).»

L'année suivante, Mgr Lefebvre précise encore, toujours en se fondant sur la réalité, l'attitude à tenir vis-à- vis de la nouvelle messe:

«Elle est donc dangereuse, surtout pratiquée régulièrement. Elle amenuise et corrompt la foi lentement, mais sûrement. On ne pourrait donc y assister que rarement et pour des motifs graves, en s'efforçant d'éviter tout ce qui nous obligerait à quelques concessions odieuses... (14)»

On voit poindre la distinction classique que l'Église donne pour l'assistance aux rits non-catholiques, et que Monseigneur appliquera à la nouvelle messe dès 1979. C'est ce qui va maintenant être l'objet de notre étude.
UN RIT ILLÉGITIME
Enfin, dans un troisième temps (à partir de 1979), Mgr Lefebvre se fait plus sévère: il présente cette messe comme un rit nocif auquel on ne peut participer. Dans une note sur le Novus ordo missæ et le pape, écrite en 1979, Mgr Lefebvre rappelle et clarifie encore la position de la Fraternité vis-à-vis de la réforme liturgique:

«Ces messes nouvelles non seulement ne peuvent être l'objet d'une obligation pour le précepte dominical, mais on doit à leur sujet appliquer les règles de la théologie morale et du Droit canon qui sont celles de la prudence surnaturelle par rapport à la participation ou l'assistance à une action périlleuse pour notre foi ou éventuellement sacrilège (15).»

Monseigneur ne veut pas pour autant juger de la faute subjective de ceux qui participent à de telles messes (16). Mais en faisant appel aux règles du Droit canon, il s'appuie sur le canon 1258. Celui-ci interdit l'assistance active à un rit acatholique (c'est-à-dire y participer comme les adeptes de ce rit), mais permet, dans certains cas exceptionnels (civilité lors d'un enterrement etc.), une assistance purement passive, à condition que le scandale soit écarté.

Notons au passage que ce canon est complété par le canon 2316, qui considère comme suspect d'hérésie celui qui assiste activement à un rit acatholique. On voit comment Monseigneur juge désormais le nouveau rit: il doit être assimilé aux rits des hérétiques et des schismatiques. Ce n'est que l'application de ce qu'il disait en 1974:

«Cette réforme étant issue du libéralisme, du modernisme, est tout entière empoisonnée ; elle sort de l'hérésie et aboutit à l'hérésie, même si tous ses actes ne sont pas formellement hérétiques (17).»

À ceux qui lui opposent qu'on ne peut empêcher un fidèle d'assister activement à une nouvelle messe, du moment qu'elle est valide, Monseigneur répond désormais, fort du principe canonique que nous venons d'énoncer:

«Détruisons immédiatement cette idée absurde: si la messe nouvelle est valide, on peut y participer. L'Église a toujours défendu d'assister aux messes des schismatiques et des hérétiques, même si elles sont valides. Il est évident qu'on ne peut participer à des messes sacrilèges, ni à des messes qui mettent notre foi en danger (18).»

Quant à ceux qui, reconnaissant l'excellence de la messe traditionnelle, la trouvent simplement «meilleure» que le nouveau rit, ils sont, aux dires de l'archevêque, de «soit-disant "traditionalistes"...» Et il ajoute:

«Nous n'acceptons absolument pas cela. Dire que la nouvelle messe est bonne, non ! La messe nouvelle n'est pas bonne ! Si elle était bonne, demain nous devrions la prendre, c'est évident (19) !»

Non, pour Monseigneur il n'y a pas d'égalité possible entre la messe de toujours et la nouvelle messe. Elles sont diamétralement opposées. En effet,

«la messe est le drapeau de la foi catholique… [Elle] terrasse toutes les erreurs du protestantisme, de l'islam, du judaïsme, du modernisme, du laïcisme matérialiste, socialiste et communiste. Aucune erreur ne peut subsister face à notre sainte messe catholique. La messe est anti-oecuménique, au sens où s'entend l'oecuménisme depuis le concile: union de toutes les religions dans un syncrétisme de prière sans dogmes, de moralité aux lois imprécises, s'accordant sur des slogans équivoques: droits de l'homme – dignité humaine – liberté religieuse. La messe nouvelle par contre est bien le drapeau de ce faux oecuménisme, qui représente l'anéantissement de la religion catholique et du sacerdoce catholique (20).»

Aussi, il confirmera en 1983 que «ce sont là des motifs plus que suffisants pour ne pas lui conférer les titres réservés à la messe catholique de toujours, quels que soient les rites (21).»

Enfin, en 1985, Mgr Lefebvre s'adressera à tous les catholiques perplexes en ces termes qui résument ce que nous venons de dire:

«Votre perplexité prend peut-être alors la forme suivante: puis-je assister à une messe sacrilège mais qui est cependant valide, à défaut d'autre et pour satisfaire à l'obligation dominicale? La réponse est simple: ces messes ne peuvent être l'objet d'une obligation ; on doit au surplus leur appliquer les règles de la théologie morale et du Droit canon en ce qui concerne la participation ou l'assistance à une action périlleuse pour la foi ou éventuellement sacrilège. La nouvelle messe, même dite avec piété et dans le respect des normes liturgiques, tombe sous le coup des mêmes réserves puisqu'elle est imprégnée d'esprit protestant (22).»
PRUDENCE D'UN PRÉLAT
Nous avons pu suivre le long parcours de Mgr Lefebvre, qui n'a pas été aussi rapide que certains autres héros de la Tradition, pour arriver cependant aux mêmes conclusions qu'eux (23).

Nous avons compris que son apparente lenteur a été liée à la complexité du nouveau rit lui-même. Mais ce délai ne peut qu'accroître sa crédibilité: un homme prudent, d'une foi éprouvée, a pris son temps pour juger d'une chose aussi grave. Nul ne pourra accuser Mgr Lefebvre de précipitation. La position qu'il a adoptée est sage, appuyée non seulement sur l'expérience des faits, mais sur les principes de l'Église de toujours. Ce héraut du Christ-Roi a donc su donner à la crise une réponse claire et sûre, parce que catholique.

C'est qu'il avait compris que «Satan règne par l'équivoque et l'incohérence qui sont ses moyens de combat et qui trompent les hommes de peu de foi (24)».

Aussi, dans ce même sillage et pour garder cette même fidélité, Mgr Bernard Fellay déclarait en 2006:

«Tant que Vatican II et la nouvelle messe restent la norme, un accord avec Rome est un suicide (25).»

Abbé Raphaël d'Abbadie d'Arrast, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X
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Notes

(1) - Cf. Mgr Bernard Tissier de Mallerais, Marcel Lefebvre, une vie, Clovis, 2002, pp. 419 et suiv.
(2) - Ibid., p. 441.
(3) - Ibid., p. 488.
(4) - Ibid., p. 442. Mgr Lefebvre insistera sur ce point en 1972 auprès de ses séminaristes: «S'il se trouve un prêtre pieux qui dise la messe nouvelle en la rendant aussi traditionnelle que possible, il est bon que vous y assistiez pour satisfaire au précepte dominical.» (Ibid., p. 490).
(5) - Un évêque parle, DMM, p. 143.
(6) - Mgr Tissier, op. cit., p. 490.
(7) - Un évêque parle, op. cit., pp. 285-286.
(8) - Mgr Tissier, op. cit., p. 508, note 3. C'était le jour même des funérailles du père Calmel, grand défenseur de la Tradition.
(9) - Ibid., p. 490.
(10) - Déclaration du 21 novembre 1974, in Un évêque parle, op. cit., pp. 270 et suiv. Il est à noter que deux ans plus tard, dans un livre d'entretiens préfacé par luimême (Non, Entretiens de José Hanu avec Mgr Lefebvre, Stock, 1977), Monseigneur reconnaît avoir rédigé cette déclaration sous le coup de l'indignation mais, ajoute-til, «cette déclaration demeure, en définitive, toujours plus actuelle et plus vraie à la lumière des fruits toujours plus amers du concile» (p. 209).
(11) - Sermon du 29 août 1976 à Lille, in Écône, chaire de vérité (Iris, 2015), pp. 997-998.
(12) - Mgr Tissier, op. cit., p. 491.
(13) - Le coup de maître de Satan, Saint-Gabriel, 1977, p. 46.
(14) - La messe de toujours, Clovis, 2006, p. 392.
(15) - Ibid., p. 391.
(16) - Ibid., p. 397.
(17) - Déclaration du 21 novembre 1974, in Un évêque parle, op. cit., pp. 270 et suiv.
(18) - Cf. La messe de toujours, Clovis, 2006, p. 391.
(19) - Ibid., p. 379.
(20) - Lettre aux amis et bienfaiteurs, février 1982.
(21) - Lettre aux amis et bienfaiteurs, mars 1983.
(22) - Lettre ouverte aux catholiques perplexes, Albin Michel, 1985, pp. 42-43.
(23) - Voici, à titre d'exemple, ce qu'affirmait Mgr de Castro Mayer en janvier 1970, soit un mois seulement après l'entrée en vigueur du Novus ordo: «Après mûre réflexion, je suis convaincu qu'on ne peut pas participer à la nouvelle messe et même, pour y être présent, on doit avoir une raison grave. On ne peut pas collaborer à la diffusion d'un rit qui, quoique non hérétique, conduit à l'hérésie.» (Lettre de Mgr de Castro Mayer à Mgr Lefebvre, in Mgr Tissier, op. cit., p. 441).
(24) - Le coup de maître de Satan, Saint-Gabriel, 1977, p. 9.
(25) - «Vatican II, L'autorité d'un concile en question», Vu de Haut, n° 13, automne 2006, p. 8.

[Abbé Pascal Schreiber, fsspx - Le Rocher (FSSPX Suisse)] Journal de route mars - avril 2017

SOURCE - Abbé Pascal Schreiber, fsspx - Le Rocher (FSSPX Suisse) - juin - juillet 2017

1er au 6 mars 2017
Le Carême est un temps d’examen. Au sein du district de Suisse, la règle en vigueur prévoit que tous les catéchumènes désirant recevoir le baptême lors de la vigile pascale doivent passer un examen auprès du supérieur de district. Le supérieur examine si le candidat fait preuve des connaissances religieuses nécessaires pour recevoir le baptême. L’anxiété du catéchumène est bien visible avant de passer cette épreuve. Mais c’est également un moment de vérité pour le prêtre qui, pendant de nombreux mois, voire des années, a préparé le candidat en lui enseignant la foi catholique. Le résultat de l’examen est aussi une évaluation de son travail personnel.

Au cours de ma visite canonique à Genève j’ai le privilège de présider à deux de ces examens. Il s’agit de deux jeunes gens qui attendent avec impatience leur entrée dans l’Église catholique et qui ont préparé sérieusement cette étape. En tant que prêtre de la Fraternité il nous arrive de temps en temps d’entrer en contact avec des personnes ayant vécu ce que nous appelons une « conversion ». C’est chaque fois une histoire différente, mais elle est toujours poignante, surtout à l’époque où nous vivons.

Durant mon séjour à Genève, deux évêques sont passés au Prieuré. « Il n’y a rien de spécial à cela », me dit calmement le prieur. Les confrères de Genève sont habitués à la présence des évêques. D’ailleurs Mgr Alfonso de Galarreta – en voyage en ce moment – réside ici. Ce sont Mgr Bernard Fellay puis Mgr Bernard Tissier de Mallerais qui passent par là. Pour moi, une heureuse surprise.

Le prieur profite également de l’occasion pour me faire visiter une dépendance extérieure, la chapelle des Rousses, une petite ville touristique sur sol français, près de la frontière suisse. Une maison est attenante à la chapelle. Le complexe – à la lisière des forêts idylliques du Jura – se trouve au-dessus d’un lac, à 1’100 mètres d’altitude. C’est accompagné des abbés Mouroux et Herrbach que j’ai le plaisir de visiter cette maison. Ici, le temps semble s’être arrêté dans les années 50. Le point culminant de la chasse au trésor est la découverte d’un authentique « grenier-fort » du XVIIIe siècle1. Il faut deux grandes et lourdes clés pour ouvrir les portes “blindées” de la petite maisonnette, dans laquelle on peut tenir debout, qui contient plusieurs documents bien conservés dont le contrat d’achat manuscrit de la maison, daté de 1725.
12 mars 2017
Ce n’est de loin pas la première fois que je me rends, un dimanche de carême, à Masevaux. Un petit groupe de la communauté de Rickenbach m’accompagne. Depuis plusieurs décennies, une représentation de la Passion est jouée en allemand dans cette petite ville de Haute-Alsace. Cette œuvre, écrite par un prêtre, l’abbé Auguste Schmidlin (1878-1943), fait revivre au public le grand drame de la Rédemption du début à la fin, c’est à dire de l’adieu à Béthanie jusqu’à la Résurrection.

Tout est composé pour laisser une profonde impression au public : le caractère traditionnel de l’œuvre demeuré inchangé, le grand nombre d’acteurs (environ 200 personnes), le magnifique décor, une représentation de quatre heures et demie, un langage poétique mais facile à comprendre. Le texte qui s’appuie sur les Saintes Écritures regorge de citations bibliques.

Malheureusement cette année, lors de la première représentation, plusieurs travées sont demeurées vides. Cela n’est pas surprenant, sachant que de nos jours, les souffrances et la mort de notre Sauveur ne préoccupent plus beaucoup l’individu et la société. Pendant combien de temps ce jeu de la Passion sera-t-il encore présenté ? Les organisateurs seront-ils encore motivés lorsqu’il y aura davantage de monde sur la scène que dans les tribunes ?

J’encourage vivement les fidèles suisses à se rendre à Masevaux l’année prochaine. Mise à part une représentation moderne de la Sainte Cène, le magnifique spectacle enchante le cœur et incite à la méditation.
20 au 22 mars 2017
Grâce aux locaux disponibles, le prieuré d’Oberriet accueille un stage de formation continue pour les prieurs et recteurs germanophones des districts d’Allemagne et de Suisse. Les 15 participants se penchent sur des thèmes de gestion et profitent de l’occasion pour échanger points de vue et expériences. Prières communes et rencontres chaleureuses marquent également cette fructueuse rencontre.
25 au 31 mars 2017
Saint François de Sales disait qu’une seule âme valait un diocèse. C’est sur la base de cette célèbre citation que je prêche une retraite d’une semaine pour trois diocèses ! Il s’agit de la retraite préparatoire à l’ordination au sous-diaconat de trois séminaristes d’Écône.

Ce premier ordre majeur implique le don total de soi à Dieu par le vœu de chasteté et l’obligation de réciter le bréviaire au nom de l’Église. Cette importante étape nécessite donc une sérieuse préparation. Comme je l’ai dit plus haut, nous sommes un petit groupe et nous mangeons à la même table. Cela me rappelle que les membres de la Fraternité sont ordonnés au titre de la « table commune » (titulus mensæ communis). Au sujet de ce titre d’ordination il faut comprendre que l’assurance de la subsistance est donnée au clerc qui aspire aux ordres majeurs. La signification des divers titres a pratiquement disparu de nos jours. Mais c’est en connaissance de cause que Mgr Lefebvre a choisi jadis ce titre pour la Fraternité. Il voulait souligner la grande valeur de la vie de communauté, source de sanctification.

Les exercices spirituels se déroulent à Enney. Une magnifique semaine de beau temps. Une météo d’empereur – comme disent les Autrichiens – et la beauté du paysage invitent à la promenade pendant les temps libres. Certains sont d’avis que le sommet de la Vudalla est un lieu de contemplation idéal !
13 au 17 avril 2017
J’ai passé les cinq jours, du jeudi saint au lundi de Pâques, à cinq endroits différents ! Le point culminant fut la vigile pascale à Delémont avec le baptême de deux adultes : un homme dans la force de l’âge et une jeune écolière primaire reçoivent l’eau du baptême sur leur front et deviennent membres du Corps mystique du Christ. Deux baptêmes d’adulte et une moyenne de 80 fidèles à la messe du dimanche témoignent de la vitalité de la communauté.

Ces cinq journées intensives se terminent le lundi de Pâques par un mariage à Rheinhausen. Le cadre de la fête est restreint mais grand est le don de la grâce de Dieu. Je profite de mon voyage à Rheinhausen pour visiter la florissante école des Dominicaines. Quand sera créée la première école des Dominicaines dans le District de Suisse ?

[FSSPX Suisse] Réponse aux accusations médiatiques récentes

SOURCE - FSSPX Suisse - 30 mai 2017

Le 5 février 2017, la Fraternité Saint-Pie X s’est installée dans la chapelle de l’ancien Institut Catholique Mont-Olivet. M. l'abbé Jean de Loÿe, responsable de la FSSPX à Lausanne, a bien voulu répondre à quelques questions en réponse aux accusations médiatiques récentes.
Le Rocher : M. l'abbé, votre communauté lausannoise vient d'être sous le feu médiatique, pouvez nous expliquer comment cela est arrivé ?
M. l'abbé de Loÿe : Notre déménagement récent dans la chapelle de l'ancien Institut Mont-Olivet a attiré l’attention du journal Le Temps. En vain, trois articles accusateurs parus en avril ont tenté de salir une transaction totalement transparente1. Finalement, un journaliste du Temps est venu m'interroger sur ce sujet, il a découvert dans le bulletin paroissial ces prières au CHUV. Ce qui était une question subsidiaire est devenu l'unique sujet de l'article2 et les informations rectificatives sur notre installation à Mont-Olivet ont été occultées. J’y expliquais que notre objectif est de faire vivre cette chapelle selon sa destination d'origine en y célébrant la messe tous les dimanches, en y faisant les baptêmes, les enterrements et tout ce qui fait partie d’une vie paroissiale traditionnelle.
Le Rocher : Pourquoi cette "prière réparatrice du 13", et depuis quand existe-t-elle à la chapelle du CHUV?
M. l'abbé de Loÿe : Après la votation de 2002 sur la solution des délais, un groupe d’étudiants a lancé cette prière réparatrice. La Fraternité à Lausanne a évidemment soutenu cette initiative et relayé l’information. La date du 13 fait référence aux apparitions de la sainte Vierge à Fatima. L’initiative voulait ainsi répondre à sa demande de « prier en réparation des péchés ».
Le Rocher : La direction du CHUV, par son service juridique, vous a signifié que l'accès à cette chapelle "à des groupes n'ayant aucun rapport avec les activités du CHUV" n'était pas autorisé. Est-ce qu'il n'y a donc pas d'avortements au CHU ?
M. l'abbé de Loÿe : Le CHUV est aujourd’hui l’hôpital de Suisse où se pratique le plus d’avortements. Y prier contre l’avortement est évidemment en rapport étroit avec ses activités.
Le Rocher : Avez-vous déjà pris part à ces prières, et avez-vous constaté des débordements?
M. l'abbé de Loÿe : Régulièrement, j’ai pris part à ces prières. Elles étaient toujours recueillies et paisibles. Les participants dirigeaient la prière à tour de rôle.
Le Rocher : L'opération médiatique vient donc, comme le dit Stéphane Mercier, "d'une frilosité à l'égard de la question de l'avortement dans la société et les médias"?
M. l'abbé de Loÿe : Le journaliste du Temps Monsieur Brunner trouvait que le sujet de l’avortement « n’était plus très discuté dans les médias ». C’est un sujet tabou. Le CHUV a interdit brutalement ces prières, c’est le signe d’un malaise. Dans son blog du Temps, Suzette Sandoz dénonce une « chasse aux sorcières ». La direction du CHUV semble craindre la prière.
Le Rocher : Qu'elle réponse allez-vous donner à l'interdiction d'accès à la chapelle du CHUV en cette année jubilaire de Fatima ; allez-vous organiser ces prières réparatrices ailleurs?
M. l'abbé de Loÿe : Nous prenons acte de cette décision grotesque. Je formule le vœu que des prières réparatrices se poursuivent dans cette chapelle du CHUV même de manière individuelle. Nous organiserons à la chapelle de la Présentation de Marie à Lausanne une adoration réparatrice pour les crimes de l’avortement le mercredi 7 juin de 17h00 à 18h00. La prière est visiblement redoutée par les tenants de la culture de mort. Il est vrai qu’elle tient sa puissance du Ciel. Tous les défenseurs de la vie se sentent concernés par cette interdiction, je les appelle à se mobiliser d’abord par la prière.

Enney, le 30 mai 2017

[FSSPX Actualités] Trouver un lieu de messe de la Fraternité Saint-Pie X sur Facebook

SOURCE - FSSPX Actualités - 21 juin 2017

Vous pouvez désormais chercher un lieu de messe directement sur le compte officiel Facebook de la Fraternité Saint-Pie X. (https://www.facebook.com/FSSPXFR)

L’application vous permet de trouver le lieu de messe le plus proche de chez vous, mais vous pouvez tout aussi bien le chercher dans un pays, une ville, partout dans le monde. Et vous trouverez l’adresse, le numéro de téléphone et les horaires des messes.

Vous pourrez même rechercher un lieu selon des critères spécifiques comme : messe dominicale, messe en semaine, école primaire pour garçons, école primaire pour filles, école secondaire pour garçons, école secondaire pour filles, maison de retraites spirituelles, maison pour personnes âgées, etc.

Rendez-vous sur la page officielle de la Fraternité Saint-Pie X en français (https://www.facebook.com/FSSPXFR), regardez en haut à gauche de la page le lien vers « trouver un lieu de messe ».

L’application "trouver un lieu de messe" est également disponible sur le site de la Maison Générale ( http://fsspx.org/fr/trouver-un-lieu-de-messe ).

20 juin 2017

[Philippe Maxence - L'Homme Nouveau] Dubia: les cardinaux ont demandé audience au pape - réaction et analyse du philosophe Thibaud Collin

SOURCE - Philippe Maxence / Thibaud Collin - L'Homme Nouveau - 20 juin 2017

Les cardinaux, qui avaient émis des dubia au pape à propos de l'interprétation de l'exhortation post-synodale Amoris laetitia, dubia qui n'ont pas reçu de réponse, viennent de rendre public la lettre de leur demande d'audience auprès du Saint-Père pour évoquer cette question primordiale pour l'Église. Cette lettre, datée du 25 avril dernier et signée du cardinal Caffarra, n'a toujours pas reçu de réponse. Pourquoi un tel silence ? Dans quel contexte s'inscrit-il ? C'est ce que nous avons demandé au philosophe moraliste Thibaud Collin qui a participé récemment, à Rome, à un colloque pour le premier anniversaire d'Amoris Laetitia.
Thibaud Collin, vous faites partie des six laïcs, venus du monde entier qui, pour appuyer les démarches des quatre cardinaux concernant Amoris lætitia, ont participé à un séminaire d’études, à Rome, le 22 avril dernier. Le cardinal Caffarra l'évoque justement dans sa lettre. Quel était votre propos ?
La plupart des commentateurs du chapitre 8 de l'exhortation affirment qu'il est dans la continuité du magistère antérieur. Mais cette unanimité de façade se fissure dès que l'on rentre dans le détail des lectures proposées. Pour certains, Amoris laetitia ne change rien à la discipline sacramentelle concernant les divorcés et remariés civilement. C'est par exemple l'interprétation de l'Institut Jean-Paul II. Pour d'autres, il y a changement entre Amoris laetitia et Familiaris consortio (dans certains cas, les personnes en état d'adultère pourraient communier) mais ce changement serait un développement homogène de la doctrine. Le plus délicat est que de nombreux théologiens et évêques qui tiennent cette ligne utilisent des arguments qui avaient été produits par les théologiens contestataires de l'encyclique Humanæ vitae sur la régulation des naissances (1968). Rappelons qu'une bonne partie du travail doctrinal et pastoral de saint Jean-Paul II a consisté à réfuter de tels arguments et à donner une assise anthropologique, morale et spirituelle à l'encyclique du Bienheureux Paul VI. Il me semble donc que ceux qui comprennent le changement de la discipline sacramentelle comme étant un développement homogène par rapport à Familiaris consortio se trompent. Un développement homogène ne peut pas entrer en contradiction avec le magistère antérieur (1). S'il y a un développement homogène dans Amoris laetitia, il ne peut s'opposer à la discipline sacramentelle dont les fondements dans le magistère antérieur sont clairs. Il me semble qu'il porterait davantage sur les modalités de l'accueil et de l'accompagnement des fidèles dans des situations objectives de péché grave. Il y a sûrement une inventivité pastorale à mettre en œuvre. Mais la pastorale ne consiste pas à proportionner « un évangile crédible » aux capacités humaines. Dieu donne toujours la grâce de ce qu'Il commande par amour pour nous. Le pasteur a à aider le fidèle à se disposer à recevoir pleinement cette grâce.
Les cardinaux ont présenté leur dubia le 19 septembre 2016, sans avoir de réponse. Ils ont demandé une audience le 25 avril dernier, sans avoir davantage de réponse. Par cette publication de leur demande d’audience non accordée, les cardinaux préparent-ils d’autres démarches?
Il faudrait leur demander directement ! Ce qui est sûr, c'est que le silence du pape que certains trouvent normal apparaît à d'autres de plus en plus étrange. Comment un pasteur qui par définition a charge d'âmes peut-il laisser dans l'incertitude ses brebis sur des points si importants ? Je parle de l'incertitude concernant le sens de certains passages puisque ces mêmes passages ont reçu des interprétations contradictoires. La responsabilité d'un auteur n'est-elle pas de s'assurer que sa pensée a bien été comprise ? Un texte pastoral offrant des lectures contradictoires contribue objectivement à la relativisation de la vérité pratique. Il en va ici du salut des âmes.
Les cardinaux sont les électeurs du pape, qui semblent lui rappeler qu’ils l’ont élu pour « confirmer ses frères ». Ne vont-ils pas un peu loin ?
Il me revient en tête ces mots très forts du bienheureux Paul VI dans son homélie prononcée en la fête de saint Pierre et saint Paul (29 juin 1972) :
« Nous voudrions, aujourd'hui plus que jamais, être capables d'exercer la fonction, confiée par Dieu à Pierre, de confirmer nos frères dans la foi. Nous voudrions vous communiquer ce charisme de la certitude que le Seigneur donne à celui qui le représente sur cette terre, quelle que soit son indignité.»
Espérons que notre Saint-Père fasse mémoire des paroles de son prédécesseur, prononcées dans une période elle aussi de grande confusion !
Beaucoup de bruit se fait actuellement également autour d’une réinterprétation possible, à la lumière d’Amoris laetitia, d’Humanae vitae, la célèbre encyclique de Paul VI, préparée en partie par le cardinal Wojtyla, futur Jean-Paul II. Ne serions-nous pas ici dans une logique inverse de l’herméneutique catholique qui implique que le texte plus récent soit conforme ou rendu conforme à la Tradition et non l’inverse?
Effectivement une commission aurait été nommée dont le coordinateur serait Mgr Gilfredo Marengo. Certes, Mgr Paglia, président de l’Académie pontificale pour la vie, vient de le démentir, mais ce démenti est lui-même très inquiétant :
« Il n’y a aucune commission pontificale appelée à relire ou à réinterpréter Humanæ vitæ. Cependant, nous devrions examiner positivement sur l’ensemble de ces initiatives, comme celle du professeur Marengo de l’Institut Jean-Paul II, qui ont pour but d’étudier et d’approfondir ce document en vue du 50e anniversaire de sa publication».
Le fait est que Gilfredo Marengo, a lui-même établi un parallèle entre Amoris laetitia et Humanæ vitae ; il se demande si
«le jeu polémique “pilule oui/pilule non”, tout comme celui actuel “communion pour les divorcés oui/communion pour les divorcés non”, n'est pas la simple manifestation d'un malaise et d'une difficulté bien plus décisifs dans le tissu de la vie de l'Eglise. » (2)
On peut s'inquiéter en lisant de tels propos quant à la volonté de cette commission de mettre en lumière la vérité libératrice de l'encyclique de Paul VI. La crise de la théologie morale contemporaine a trouvé son acmé dans la critique d'Humanée vitae. Comme je le disais plus haut les catéchèses sur la théologie du corps, Familiaris consortio et Veritatis splendor sont les jalons essentiels pour servir à la juste réception doctrinale et pastorale de l'encyclique de Paul VI. Il est évident que nous assistons aujourd'hui à un retour du proportionnalisme qui tend à émousser la radicalité de « l'Evangile du mariage », et ce aux plus hauts niveaux de l'Eglise. La pression du monde est si forte pour que l'Eglise obtempère aux nouvelles normes de la morale sexuelle de l'individualisme libéral ! Au nom d'un souci soi-disant pastoral, certains cherchent donc à noyer la radicalité de l'appel à la sainteté (et donc au bonheur) que Dieu adresse à tous, notamment aux époux. La réponse à cet appel ne peut passer que par une vie conjugale fondée sur le vrai bien des époux. « Tout est lié » nous rappelle le pape François. Malgré le travail colossal de saint Jean-Paul II, la confusion morale qui traverse des pans entiers du peuple chrétien depuis plusieurs décennies perdure. Va-t-on assister à une nouvelle étape de cette crise systémique?