17 octobre 2017

[Abbé Jean-Michel Gleize, fsspx - Le Courrier de Rome] Les sept propositions

SOURCE - Abbé Jean-Michel Gleize, fsspx - Le Courrier de Rome - septembre 2017

1. Non plus cinq, mais sept. Il y eut en effet jadis cinq propositions hérétiques : comme telles, elles furent condamnées par un Pape, et pas seulement dénoncées par une certaine élite du clergé et des fidèles catholiques. L’épisode est resté non seulement célèbre, mais aussi emblématique d’une difficulté quasiment insoluble. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est bien à craindre que le scandale (car c’en est un) suscité par Amoris lætitia ne soit pas près d’être réparé comme il le mérite.
 
2. Les cinq propositions furent condamnées le 31 mai 1653 par le Pape Innocent X dans la Bulle Cum Occasione 1 . Elles expriment toute la substance du jansénisme, doctrine contraire au dogme catholique de la grâce et de la prédestination, mais pourtant défendue par l’évêque d’Ypres Cornelius Jansénius (1585-1638) dans son ouvrage l’Augustinus, paru à titre posthume en 1640. Ce livre ayant été déféré au Pape Urbain VIII, celui-ci le condamna dans sa Bulle In Eminenti du 6 mars 1642. Mais la condamnation fut vite éclipsée par les disciples de Jansénius, l’abbé de Saint-Cyran, Jean Duvergier de Hauranne (1581-1643) et surtout Antoine Arnaud (1612- 1694), frère de Mère Angélique, supérieure du couvent devenu janséniste de Port-Royal, et auteur d’un traité De la fréquente communion, qui tire les conséquences pratiques et morales de la doctrine janséniste. C’est à l’occasion de la parution de ce livre que plusieurs théologiens de l’Université de Paris se décidèrent à étudier de façon plus approfondie la doctrine de l’Augustinus. Ils agirent sur leurs pasteurs, et c’est ainsi qu’en 1651, quatre-vingtcinq évêques français envoyèrent à Rome pour examen cinq propositions tirées de l’Augustinus.
 
3. La réaction des jansénistes fut très subtile. Ils distinguent entre la question de droit et la question de fait. Ils reconnaissent que les 5 propositions sont véritablement hérétiques et qu’elles méritent d’être condamnées comme telles (question de droit) mais ils prétendent qu’elles ne se trouvent pas dans l’Augustinus, ou du moins qu’elles ne rendent pas le compte exact des idées qui s’y trouvent (question de fait). Textuellement, c’est vrai, seule la première proposition se trouve dans l’Augustinus. Mais les quatre autres s’y trouvent en substance. Le 29 septembre 1654, un Bref d’Innocent X précise que, par la Constitution de 1651, se trouve condamnée la doctrine de Jansénius telle qu’elle est contenue effectivement dans son ouvrage l’Augustinus. Mais les jansénistes s’obstinent dans leur thèse, et se contentent de ne pas contredire davantage les prescriptions de Rome, sans pour autant leur donner leur assentiment : ils adoptent ainsi la tactique d’un assentiment purement extérieur, celui d’un religieux silence. Le Pape Alexandre VII les condamne à nouveau par la constitution Dum ad sancti Petri sedem du 16 octobre 1656 2 , mais cette fois-ci il englobe dans la condamnation infaillible la distinction entre le droit et le fait : « Nous déclarons et définissons que ces cinq propositions ont été tirées du livre du précité Cornelius Jansen, évêque d’Ypres, qui porte le titre Augustinus, et qu’elles ont été condamnées selon le sens visé par ce même Cornelius Jansen, et Nous les condamnons à nouveau comme telles. » Sur la demande du clergé de France, et pour parer à la tactique janséniste du religieux silence, le Pape ajoute à la publication de ce texte un Formulaire, à signer par tout le clergé, et qui est une déclaration d’adhésion formelle à la condamnation des 5 propositions. Cette mesure rencontra des résistances telles qu’Alexandre VII se vit obligé (d’ailleurs sans succès) de promulguer la Bulle Regiminis ecclesiastici du 15 février 1665 pour imposer la signature de ce Formulaire. Ce fut le début d’une guerre sans merci, qui devait durer plus d’un demi-siècle. Et c’est dans ce contexte que l’archevêque de Paris, Mgr Hardouin de Péréfixe 3 prononça une phrase qui devait faire fortune : les religieuses de Port-Royal sont « pures comme des anges mais orgueilleuses comme des démons ».
 
4. Il ne nous appartient pas de juger si, dans son for intérieur, le Pape François ressemble à l’ange, au démon ou aux deux. Mais si c’est aux actes que l’on juge les personnes, comme l’arbre à ses fruits, nous sommes suffisamment renseignés, jusqu’ici, pour pouvoir tirer des conclusions incontestables. Nous les avons nous-mêmes signalées à quelques reprises dans les colonnes du Courrier de Rome 4 . Et voici à présent qu’à la suite des Dubia présentés au pape par les quatre cardinaux et restés sans réponse, une Correctio filialis signée par soixante-deux personnalités catholiques, clercs et laïcs, dénonce comme hérétiques sept propositions présentes dans l’Exhortation Amoris lætitia, en demandant au Saint-Père d’en faire la prompte et claire condamnation.
 
5. En effet, oui, les sept propositions indiquées par les signataires sont contraires à la doctrine divinement révélée, telle que Dieu nous l’a fait connaître par la proposition infaillible du Magistère ecclésiastique : elles méritent bel et bien la censure de l’hérésie. Cependant, comme le précise le texte de la Correctio, ces propositions ne correspondent pas aux hérésies et erreurs « qu’un lecteur sans préjugés, tentant de lire Amoris lætitia dans son sens naturel et obvie, pourrait de manière plausible estimer avoir été affirmées, suggérées ou favorisées par ce document ». Non, ces sept propositions équivalent seulement, dans leur signification, aux « paroles, actions et omissions » que le Saint-Père a effectivement « soutenues et propagées, plaçant les âmes dans un danger grave et imminent ». Cela est déjà grave, et suffisant, pour justifier la démarche entreprise avec cette Correctio. Mais avec cela, quoi qu’en peuvent ou veulent les signataires, la porte est largement ouverte à la distinction entre le droit et le fait. Et tous les inconditionnels d’Amoris lætitia ne se sont pas fait faute de s’y engouffrer. Les sept propositions, répondent-ils en substance, sont hérétiques (question de droit), mais ne correspondent nullement ni à la pensée, ni aux dires ni aux gestes du Pape (question de fait).
 
6. La presse s’est d’ailleurs empressée de se faire l’é- cho des déclarations diversement autorisées allant dans ce sens 5 . La plus symptomatique est celle du cardinal Ouellet : « Toute interprétation alarmiste dénonçant un bris de continuité avec la tradition, ou bien laxiste, célé- brant un accès enfin concédé aux sacrements pour les divorcés remariés, est infidèle au texte et à l’intention du pape 6 . » Nous retrouvons ici la distinction alléguée par Antoine Arnaud et ses disciples, et elle nous procure au moins la satisfaction de dire exactement le contraire de ce que nous croyons vrai. C’est précisément en cela qu’elle nous satisfait, car au moins les choses sont claires et nous savons ainsi que nous ne pourrons plus nous entendre sur rien. Il y a bel et bien, au sein même de la sainte Église, deux religions et deux morales absolument inconciliables : la religion et la morale catholiques de toujours d’une part, que combattent d’autre part la nouvelle religion et la nouvelle morale issues de Vatican II, religion et morale nouvelles parce que de tendance néomoderniste et néo-protestante. Et comme vient de le rappeler fort à propos le Supérieur Général de la Fraternité Saint Pie X 7 , en citant la Déclaration du 21 novembre 1974, nous avons toujours refusé de suivre cette nouvelle religion et nous refusons aujourd’hui de suivre avec elle la nouvelle morale qui en découle de plus en plus explicitement.
 
7. Tout cela s’entend. Mais cela n’est pas tout. Car cette nouvelle religion et cette nouvelle morale bénéficient de l’aval d’une « nouvelle Rome ». Nous nous trouvons ainsi dans la situation paradoxale et tragique où, pour reprendre l’expression utilisée par Mgr Lefebvre 8 , « la chaire de Pierre et les postes d’autorité de Rome sont occupés par des antichrists ». Car c’est Rome qui défend à présent les sept propositions, au lieu de les condamner. N’oublions pas en effet que, si l’hérésie est une chose, les artisans de l’erreur et de l’hérésie en sont une autre. Dans son Encyclique Pascendi, le Pape saint Pie X ne dénonce pas seulement les erreurs du modernisme ; il dénonce surtout les fauteurs (fautores), les artisans de ces erreurs, ceux qui les favorisent. « Ce qui exige surtout que Nous parlions sans délai », dit-il, « c’est que, les artisans d’erreurs, il n’y a pas à les chercher aujourd’hui parmi les ennemis déclarés. Ils se cachent et c’est un sujet d’appré- hension et d’angoisse très vives, dans le sein même et au cœur de l’Église. » Et nous voyons pareillement que, dans la Déclaration du 21 novembre, Mgr Lefebvre ne dit pas seulement qu’il refuse les erreurs de Vatican II. Il dit très précisément qu’il refuse de suivre les artisans de ces erreurs, ceux qui les favorisent, ceux qu’il désigne en recourant à cette expression d’une nouvelle Rome : « Nous refusons et nous avons toujours refusé, de suivre la Rome de tendance néo-moderniste, néo-protestante qui s’est manifestée clairement dans le concile Vatican II, et après le Concile dans toutes les réformes qui en sont issues. »
 
8. Selon le plan de Dieu, et pour s’en tenir aux voies ordinaires de la Providence, c’est Rome qui constitue la sauvegarde du catholique perplexe. En cas de perplexité, le catholique doit pouvoir en effet trouver le moyen de dirimer les questions en litige, par un simple recours à une autorité légitime et reconnue de tous, celle que le Christ a établie une fois pour toutes en remettant à saint Pierre et à tous ses successeurs les clefs du royaume des cieux. La Correctio filialis, remarque justement Roberto de Mattei, « a eu un impact extraordinaire dans le monde entier », avec des répercussions « dans tous les médias des cinq continents, et même jusqu’en Russie et en Chine » 9 . Que signifie cela, sinon que la Rome de toujours, telle qu’elle s’exprime par la voix de ces soixantedeux signataires, à travers leur « sensus catholicus », conserve encore tous ses droits ? Car ce « sens catholique » de la Tradition est à la fois l’effet et le signe d’une intervention antérieure du Magistère infaillible de l’Église. Le silence du Pape actuel est peut-être, humainement parlant, la seule réponse cohérente, de la part d’une Rome néo-moderniste, à tous ces nouveaux « catholiques perplexes », qui ont pour eux tout le poids de l’autorité divine. Et finalement, pour un regard dénué du préjugé moderniste, que représente ce déni du Pape François, sinon une forme à peine renouvelée du « religieux silence » des jansénistes ?
   
Abbé Jean-Michel Gleize
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NOTES
(1). DS 2001-2007.
(2). DS 201-2012.
(3). C'est lui qui, par ordonnance du 11 août 1667, interdit, sous peine d'excommunication, à Molière de jouer la pièce Le Tartuffe, pour le motif que « sous prétexte de condamner l'hypocrisie et la fausse dévotion, [cette pièce] donne lieu d'en accuser indifféremment tous ceux qui font profession de la plus solide piété et les expose par ce moyen aux railleries et aux calomnies continuelles des libertins » (Cité par Pierre Gaxotte, Molière, Flammarion, 1977, p. 197-198). Ce fait est remarquable, car il atteste l'impartialité d'un bon pasteur. Il n'y avait pas, chez l'archevêque de Paris, deux poids et deux mesures, car il frappe également et la rigidité des jansénistes et le libéralisme des libertins.
(4). Cf. les articles « Pour un Magistère de la conscience ? » dans le numéro de décembre 2013 ; « Évêque de Rome ? » dans le numéro de mai 2014 ; « Miséricorde papale et lamentations catholiques », « Le sens de la foi, principe et fondement d'une Église synodale », « Une Église de l'écoute », « Pour un Magistère synodal ? » dans le numéro d'octobre 2015 ; « Vraie ou fausse indulgence » dans le numéro de janvier 2016 ; « Brèves considérations sur le chapitre VIII de l'Exhortation apostolique Amoris Lætitia » dans le numéro de mai 2016 ; « Un nouveau Syllabus ? » dans le numéro de juillet-août 2016 ; « François hérétique ? » dans le numéro de janvier 2017 et « Retour sur Amoris Lætitia » dans le numéro de mai 2017.
(5). Principalement le site Zénith.
(6). Propos tenus le mardi 26 septembre 2017, à l'Assemblée plénière annuelle de la Conférence des évêques catholiques du Canada au Centre Nav Canada, à Cornwall, en Ontario et reproduits sur le site Zénith dans sa page du 27 septembre 2017.
(7). MGR FELLAY, « Pourquoi j'ai signé la Correctio filialis ».
(8). MGR LEFEBVRE, « Lettre aux futurs évêques, les abbés Williamson, Tissier de Mallerais, Fellay et de Galarreta » (29 août 1987) dans Fideliter hors série des 29-30 juin 1988.
(9). Corrispondenza romana n° 340 du 27 septembre 2017.

16 octobre 2017

mars-avril 2009 [Abbé Claude Pellouchoud, fsspx - Le Rocher] L'installation des Soeurs Bénédictines à Perdechat - un entretien avec Mère Prieure

SOURCE - Abbé Claude Pellouchoud, fsspx - Le Rocher n°58 - mars-avril 2009

Les sœurs bénédictines du Monastère Notre-Dame-de-Toute-Confiance sont le pendant féminin de la branche masculine qui fleurit si joliment au monastère de Bellaigue. Implantée depuis plusieurs décennies à Saint-Loup (Lamairé), cette fondation religieuse a bénéficié l'an dernier de l'aide du district de Suisse pour se rapprocher de Bellaigue.
Le Rocher : Ma sœur, il y a un an, les fidèles du district de Suisse n'ont-ils pas répondu généreusement à votre demande d'aide pour votre déménagement à Perdechat ?
Mère Prieure : Oui, et je tiens à remercier les chers fidèles de Suisse qui ont été si généreux. En fait, nous n'avions pas compris tout de suite d'où venait un tel virement, il a fallu aller à la banque pour avoir plus de renseignements et ils nous ont juste dit : "Rickenbach". Nous ne pouvions en croire nos yeux.

Avec une aide de 80'000.- chf, la Suisse a battu tous les records, que Dieu lui rende au centuple ! Nous devons la grâce de notre déménagement à la bonté de Dieu et à la Providence qui s'est manifestée si clairement depuis l'achat de Perdechat près de Bellaigue et durant ces trois années de travaux, au milieu de bien des difficultés.

Grâce à Dieu, au dévouement inlassable de nos frères bénédictins et grâce aux fidèles, qui sont les instruments de Sa grande Bonté, nous voilà arrivées au but, qui était de nous installer à proximité des moines de Bellaigue.
Le Rocher : Arrivées au but, certes, mais j'imagine qu'un tel événement ne se produit pas sans quelques péripéties. Pouvez-vous nous raconter votre déménagement ?
Mère Prieure : Lors de sa visite à Lamairé le 30 mai 2008, Mgr de Galarreta nous avait dit avec force : « Il faut partir fin août ! ». Nous avons obéit avec joie et organisé le départ. La départ étant fixé, les bras se trouvent plus allègres pour remplir les cartons. Le camion commandé depuis deux mois est arrivé le lundi 25 août 2008. Tous les meubles du monastère attendaient dehors, sous un beau soleil, l’honneur d’être embarqués pour une si belle aventure. Le chargement s'est poursuivit jusqu’à 11h du soir. Le lendemain fut une journée de ménage, de rangement et de grand feu. Il restait cependant encore la moitié des affaires à emporter : le camion devra donc revenir. La journée s’est achevée une fois encore peu avant minuit.
Le Rocher : Le mobilier étant dans le camion, j'imagine qu'il y eut ensuite le départ des religieuses ?
Mère Prieure : En effet, nous sommes parties le mercredi 27 août, laissant le monastère à demi plein, une camionnette en panne et les clés aux parents et amis dévoués venus nous aider à déménager. Nous étions invitées à faire halte à Ruffec, au noviciat des sœurs de la FSSPX, pour le déjeuner. L'accueil y fut chaleureux : les sœurs nous ont chanté la polyphonie « dans le cœur de l’Eglise ma Mère je serai l’Amour ». Cette amitié entre communautés de la Tradition est précieuse et bien consolante dans la crise actuelle.
Le Rocher : C'est d'ailleurs une autre communauté religieuse de la Tradition qui occupe désormais après vous la maison de Laimairé ?
Mère Prieure : Oui, et c'est ainsi que perdure le caractère religieux de cette maison. A la faveur du déménagement, nous avons retrouvé un "inventaire du linge, de la literie et des meubles" de 1932, qui porte en première page : Lamairé, maison fondée en 1892 par M. le curé Linassier ; sœur Elise, + 1917, 1ère supérieure. Cette maison est ensuite devenue école du village, puis a été rachetée par les "Ancelles de Jésus Marie", puis par notre fondatrice en 1980. Depuis octobre 2008, elle est reprise par les sœurs de la Fraternité de la Transfiguration, à l'étroit à Mérigny.
Le Rocher : Vous n'avez fait qu'une halte à Ruffec ; le soir même vous arriviez à Perdechat ?
Mère prieure : Le soir, nous sommes arrivées à Bellaigue pour vêpres et nous avons pu saluer Dom Ange, de loin, par une prière à son tombeau, où nous lui demandâmes de bénir notre arrivée. De l'éternité, il semble commencer à tenir sa promesse : « Je vous serai désormais plus utile du haut du ciel que de la terre ». Le Père Matthieu nous donna sa bénédiction au moment du souper, qu’il trouva un peu original : un pique-nique dans la cour de l’hôtellerie. Mais nous, nous en avons l’habitude.
Le Rocher : Perdechat est une vieille maison à quelques kilomètres du monastère de Bellaigue, et comme toute vieille maison délabrée, elle n’a pas été bien chère à l’achat, mais… on s’en doute, la remise en état coûte beaucoup et en énergie et en finance. Les travaux étaient-ils fini à votre arrivée ?
Mère Prieure : Non, les travaux n'étaient pas achevés. Nous nous sommes donc installées pour quelques mois chez une généreuse dame de Virlet : une chapelle, une cuisine, deux dortoirs compartimentés en cellules grâce à un habile agencement de clous et de draps. Un peu serrées à douze, mais tout est grâce et occasion de rire ! Trois postulantes sont arrivées en septembre (une brésilienne, une néozélandaise, une française) et la gaieté était au rendez-vous.
Le Rocher : En clôture à Lamairé est enterrée votre fondatrice. Avez-vous aussi prévu le transfert de sa dépouille mortelle à Perdechat ? Quand aura lieu ce "déménagement" exceptionnel ?
Mère Prieure : Evidemment que ce transfert a été prévu. Il a d'ailleurs déjà eu lieu, le 24 septembre 2008. Cérémonie simple et touchante, à l’issue de laquelle notre Mère Gertrude de Maissin, depuis un champ un peu en surplomb du monastère, continue de veiller sur nous. C’est le jour du troisième anniversaire de ses funérailles, le 24 novembre 2008, que nous avons pu réellement déménager et recevoir ce si beau cadeau du bon Dieu : un monastère !
Le Rocher : Mgr de Galarreta, qui vous a fortement encouragées à déménager à Perdechat sans attendre la fin des travaux, est-il déjà venu vous visiter ?
Mère Prieure : Bien entendu. Il est venu le 27 septembre pour l’inauguration du monastère et la journée "portes ouvertes". Il présida d'ailleurs une profession et une vêture. Dans son sermon, il encouraga l’assistance à désirer la sainteté, car « celui qui a le désir de la sainteté a déjà obtenu la plus grande partie de la victoire », et seule la sainteté pourra sauver l’Eglise de cette crise profonde. Le soir, le Père Matthieu bénit les lieux réguliers du monastère, mais il nous fallut repartir car il y avait encore trop de travaux (pas de chauffage, pas d’électricité, sauf celle du chantier, pas de portes dans la cave, etc.).
Le Rocher : Pour la belle fête de Noël, vous étiez donc définitivement installées dans votre nouveau monastère ?
Mère Prieure : Oui, et à l'occasion de ce premier Noël à Perdechat, nous avons déposé dans la crèche nos grands désirs de vie religieuse et les intentions de tous nos bienfaiteurs. Le lendemain, le 26 décembre, notre architecte est présente pour fixer le plan de l’église. Nous avons déposé le permis de construire et espérons commencer les travaux au printemps, si Dieu veut. Comme vous le voyez, l’aventure continue… et ce pour de nombreuses années !
Le Rocher : La vie monastique peut-elle y être véritable quand il y a encore tant de travaux et d'aménagement ?
Mère Prieure : Même si les travaux doivent se poursuivre encore longtemps pour établir un vrai monastère avec clôture, cloître et église, un grand pas est déjà fait, qui nous permet de mener notre vie contemplative, c’est-à-dire une vie tournée vers Dieu dans l’attitude de l’orante et chargée d’offrir à Dieu la louange et l’action de grâces au nom de toute l’humanité. Les Pères de Bellaigue continuent à nous desservir avec beaucoup de charité : messes, conférences, sermons, nous n’en finissons pas de remercier la Providence !

[Mgr Gianni Ambrosioi, évêque de Piacenza-Bobbio] "Dans les jours à venir, la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) inaugurera et consacrera une église à San Damiano...."

SOURCE - Mgr Gianni Ambrosioi, évêque de Piacenza-Bobbio - 5 octobre 2017

Aux chers fidèles de Saint-Damien et de tout le diocèse de Piacenza-Bobbio,

Dans les jours à venir, la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) inaugurera et consacrera une église à San Damiano, municipalité de San Giorgio Piacentino. Le curé de la paroisse et l'évêque de Plaisance-Bobbio n'a pas été informés par les membres de la Fraternité.

1. Il est bon de se souvenir à la fois de l'origine de la Fraternité; fondée en 1970 par l'évêque français Mgr Marcel Lefebvre, et de son parcours ces dernières années. La fraternité naît par opposition avec divers enseignements et déclarations du Concile Vatican II.

Les adhérents célèbrent la messe tridentine et s'opposent à l'œcuménisme et au dialogue interreligieux. Elle se compose de prêtres, de frères et de sœurs, et est dirigée par un supérieur général, l’évêque Mgr B.M. Fellay, qui a été ordonné par Mgr Lefebvre en 1988, sans le consentement du pape. L'ordination épiscopale de Mgr Fellay et des trois autres évêques a motivé l'excommunication de Mgr Lefebvre et des nouveaux consacrés.

En Italie, la société a son centre à Albano et plusieurs prieurés: Spadarolo (Rimini), Montalenghe (Turin) et Silea (Trévise).

2. Divers initiatives papales visent à «mettre la Fraternité en pleine communion». Saint Jean-Paul II a institué une commission pour faciliter la pleine communion ecclésiale des prêtres et des fidèles associés à Mgr Lefebvre. En 2009, le pape Benoît XVI, dans un acte de miséricorde, a décidé de lever l'excommunication des quatre évêques ordonnés en 1988.

De nouvelles avancées en vue de la communion ont été faites ces dernières années. Le pape François a déclaré, au cours de l'extraordinaire Jubilé de la Miséricorde, que les prêtres appartenant à la Fraternité peuvent confesser. Le Pape a ensuite étendu cette faculté, au-delà de la période jubilaire, selon de nouvelles dispositions à cet égard.

Avec « Miséricorde de Dieu et misère du pécheur », la lettre apostolique du 20 novembre 2016, le pape Francis a accordé aux fidèles qui, pour diverses raisons fréquentent les églises tenues par les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X de recevoir valablement et légalement l'absolution sacramentelle de leurs péchés.

Le pape Francis a également autorisé les Ordinaires (les évêques de diocèse) à accorder des licences pour la célébration des mariages de fidèles qui suivent les activités pastorales de la Fraternité, selon certaines modalités.

Par conséquent, à l'heure actuelle, il convient de préciser que:

1) la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X n’est pas en communion complète avec le pape;

2) la Société est dans une «la persistance objective, pour le moment, de la situation canonique d’illégitimité» (Lettre de la commission pontificale Ecclesia Dei aux prélats - 27 mars 2017).

Nous nous associons à la prière de Jésus: afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu'eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m'as envoyé.» (Jean 17:21).

Avec une chaleureuse salutation et avec la bénédiction du Seigneur
 
Mgr Gianni Ambrosioi

15 octobre 2017

[Abbé Christian Bouchacourt, fsspx - Fideliter] L'horreur du vide : la charia progresse toutes les fois que l'Église recule (éditorial)

SOURCE - Abbé Christian Bouchacourt, fsspx - Fideliter n° 239 - septembre-octobre 2017

Un principe de la physique médiévale, venu d'Aristote, affirmait : « La nature a horreur du vide. » Si ce postulat a été rendu caduc dans l'ordre physique par le progrès des sciences, il prend en revanche toute sa signification dans l'ordre moral et psychologique.

L'homme est fait pour connaître le vrai, aimer le bien, et agir selon ce vrai et ce bien. Mais comme sa nature a « horreur du vide », si on ne lui enseigne pas le vrai, si on ne lui propose pas le bien, il risque de s'attacher à l'erreur et de désirer le mal.

Or les nations chrétiennes se sont détournées de leur identité propre pour s'abandonner à toutes les aberrations. Il faut alors combler le vide que laisse la décrue de la présence chrétienne. En certains pays, comme ceux de l'Amérique du Sud que je connais bien, c'est l'avancée des sectes. En France, malheureusement, c'est plutôt l'islam qui en profite.

L'expérience le démontre : la charia progresse toutes les fois que l'Église recule. Il y a quelque temps, un publiciste a lancé l'idée que des églises paroissiales soient transformées en mosquée. Cette initiative a suscité un juste tollé. Pourtant, il faut avouer qu'il n'y avait dans cette proposition provocante qu'un signe avant-coureur d'une tragique réalité à venir. Car si les églises sont vides tandis que les mosquées de fortune sont pleines, par un obligatoire effet de vases communicants les églises finiront par devenir des mosquées.

Le pape François, pour sa part, estime que ce sont « les religions » qui seraient susceptibles de reconstruire une civilisation. Cependant, ajouter l'erreur religieuse à d'autres erreurs ne fera jamais une vérité. Une nourriture apparente, chimérique, fictive, un « ersatz », n'a jamais nourri personne. La « religion » musulmane va-t- elle donc reconstruire la civilisation européenne ? Sûrement pas !

La solution est claire. Notre-Seigneur Jésus-Christ nous l'a donnée : « Je suis la Voie, la Vérité, la Vie » (Jn 14, 6). Il n'y a donc pas d'autre nom sous le ciel pour être sauvé que le nom de Jésus (cf. Ac 4, 12). Ceci concerne aussi bien les individus que les sociétés, y compris les sociétés politiques. Seule la foi catholique, la vraie foi catholique, dans toute sa vérité et sa charité, est le remède à la crise que traverse la civilisation.

Un réel retour à la foi et à la vie catholiques sauverait les âmes des hommes, mais elle sauverait également l'âme de leurs pays. Elle contribuerait puissamment, en effet, à la préservation du patrimoine humain, naturel, culturel, qui fait la grandeur d'une civilisation humaine, comme la civilisation française. Et toute autre voie est une impasse.

Le pape François nous objecte, cependant, dans son récent livre Politique et société, que « la politique au XVIe siècle était trop catholique ; [mais] le "trop" nous fait du mal » (p. 135). Le vrai et le bien, cependant, ne peuvent être « trop vrai » et « trop bien » : on peut seulement dire que, quelquefois, les hommes ne tiennent pas suffisamment compte des conditions et des circonstances pour que ce vrai soit proclamé adéquatement, pour que ce bien soit recherché comme il convient.

Il est absurde d'affirmer que la politique, au XVIe siècle comme à n'importe quel siècle, aurait été « trop catholique » (en vérité, elle ne l'est jamais assez, comme aucun de nous n'est jamais assez chrétien). Mais il est juste de reconnaître, ce qui n'est pas la même chose, que dans telle circonstance précise, la politique, même menée avec de bonnes intentions, a pu ne pas être adéquate pour ce moment précis, ne pas tenir assez compte de l'état des choses et des hommes, et que cette politique a donc pu aboutir à l'effet inverse de celui recherché.

Mais aujourd'hui, disons-le tout de go, la priorité n'est certainement pas de freiner le zèle d'hommes politiques susceptibles d'appliquer de façon un peu trop rigide, au vu des circonstances, une politique inspirée de l'Évangile. Elle est, au contraire, de défendre, d'illustrer et de promouvoir l'idée d'une politique franchement catholique, pour le salut des individus et des sociétés : en un mot, couronner à nouveau Notre-Seigneur, et le remettre au centre de tout.

Abbé Christian Bouchacourt +, Supérieur du District de France de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

[Séminaire de Wigratzbad - FSSP] Les nouveaux séminaristes

SOURCE - Séminaire de Wigratzbad - FSSP - 12 octobre 2017

Notre séminaire vient d'accueillir 14 nouveaux séminaristes, soit 7 pour chaque section. La section germanophone est très internationale, avec 3 Allemands, un Germano-Croate, un Hollandais et un Serbo-Hongrois. De même pour la partie francophone, où se côtoient 3 Français, un Franco-Suisse, un Américain, un Portugais et un Tchèque... ce qui au total fait 10 nationalités pour 14 séminaristes !

Il faut ajouter un cas particulier, puisqu'un jeune originaire de Lettonie est entré directement en première année de philosophie, dans la section germanophone. C'est son évêque qui nous l'envoie, pour que nous le formions pour son diocèse. 

En cette rentrée 2017, la FSSP compte ainsi 37 nouveaux séminaristes : 
- 14 à Wigratzbad
- 22 à Denton aux Etats-Unis
- et un dans notre maison de propédeutique en Australie. 
Par ailleurs 3 jeunes Colombiens ont commencé une "pré-propédeutique" dans notre maison d'Anolaima en Colombie. 

Avec leurs aînés, nos séminaristes sont donc près de 160 (92 à Denton, 66 à Wigratzbad). Mais ce nombre baissera bientôt, puisque de 2 de nos 21 diacres seront ordonnés prêtres près de Wigratzbad, le 18 novembre prochain.

Nous confions tous ces généreux lévites à votre prière, en vous recommandant de prier souvent pour les vocations sacerdotales et religieuses. .