21 avril 2018

[Jean-Pierre Mau­gendre - Renaissance Catholique] Macron et l’Église : un discours ambigu

SOURCE - Jean-Pierre Mau­gendre - Renaissance Catholique - 17 avril 2018
Le 9 avril der­nier, le Pré­sident de la Répu­blique a tenu au Col­lège des Ber­nar­dins, devant les évêques de France, un dis­cours très remar­qué. Les catho­liques sont tom­bés sous le charme et les laïcs sous le choc. Cepen­dant ni l'enthousiasme des uns ni les impré­ca­tions des autres ne semblent tota­le­ment jus­ti­fiés.
Un éloge inattendu de l'Église
Notons d'abord qu'Emmanuel Macron n'a pas tari d'éloges sur l'Église et son rôle dans la socié­té fran­çaise, ren­dant en par­ti­cu­lier hom­mage à son action dans la vie asso­cia­tive au ser­vice des plus faibles : « Malades, iso­lés, déclas­sés, vul­né­rables, aban­don­nés, han­di­ca­pés, pri­son­niers ». Le Chef de l'État est allé jusqu'à dres­ser un tableau élo­gieux de la vie contem­pla­tive « vie de prière et de tra­vail ». Le pro­pos est pour le moins inha­bi­tuel même si Nico­las Sar­ko­zy dans son dis­cours du Latran, le 20 décembre 2007, avait déjà rap­pe­lé les racines chré­tiennes de l'Europe, noté la supé­rio­ri­té du curé sur l'instituteur, en appe­lant enfin à une « laï­ci­té posi­tive ». Son suc­ces­seur, de son côté, note oppor­tu­né­ment, au rebours de la vul­gate offi­cielle, que « nous ne sommes pas faits pour un monde qui ne serait tra­ver­sé que de buts maté­ria­listes ».

L'Église est, ain­si, appe­lée à appor­ter sa contri­bu­tion à la « poli­tique contem­po­raine » dont l'urgence est de « retrou­ver son enra­ci­ne­ment dans la ques­tion de l'homme » face à ce qui « grève notre pays (…) le rela­ti­visme et même le nihi­lisme ». Cela au titre de la longue tra­di­tion qu'elle repré­sente, son exper­tise en huma­ni­té aurait dit Paul VI, mais aus­si au regard de son enga­ge­ment huma­ni­taire. Le Pré­sident de la Répu­blique appelle ain­si les catho­liques à s'engager en poli­tique mais en leur rap­pe­lant que la voix de l'Église « ne peut être injonc­tive », elle ne peut être que « ques­tion­nante ». Et pour que les choses soient claires, il conclut son inter­ven­tion par une for­mule dont la sèche­resse contraste avec l'empathie des pro­pos anté­rieurs : « Je deman­de­rai (à chaque citoyen) de la même façon et tou­jours de res­pec­ter abso­lu­ment et sans com­pro­mis aucun toutes les lois de la Répu­blique. C'est cela la laï­ci­té, ni plus ni moins, une règle d'airain pour notre vivre-ensemble qui ne souffre aucun com­pro­mis, une liber­té de conscience abso­lue ».
Un raisonnement confus
Tout cela appa­raît à la fois inco­hé­rent et confus. En effet, com­ment conci­lier la lutte contre le rela­ti­visme et le nihi­lisme avec l'absolu res­pect de la loi répu­bli­caine qui est, par nature, évo­lu­tive et rela­ti­viste, puisqu'elle n'est que le fruit des rap­ports de force élec­to­raux d'un ins­tant. L'évolution de la légis­la­tion sur l'avortement, ces qua­rante der­nières années, est un exemple aveu­glant du rela­ti­visme ain­si induit par le pri­mat abso­lu de la loi posi­tive, consi­dé­rée comme contrai­gnante et obli­ga­toire si elle a été éla­bo­rée selon le pro­ces­sus juri­dique appro­prié. Selon la date (avant 1975 ; entre 1975 et 2001 ; après 2001), l'avortement consti­tue un crime : dès la concep­tion, à par­tir de 10 semaines ou à par­tir de 12 semaines, sauf si, bien sûr il s'agit d'une Inter­rup­tion Médi­cale de Gros­sesse, alors légale jusqu'à l'accouchement. À aucun ins­tant, Emma­nuel Macron n'emploie les mots au rebours du rela­tivisme que sont : bien, mal, vrai, faux, beau, laid, etc.

Au début de son inter­ven­tion, le Pré­sident de la Répu­blique observe que « le lien entre l'Église et l'État s'est abî­mé ». Aucun fait n'est avan­cé pour étayer ce constat qui serait la consé­quence du fait que « pen­dant (plu­sieurs années) les poli­tiques ont mécon­nu les catho­liques de France » : cer­tains, les exploi­tant élec­to­ra­le­ment, d'autres les ostra­ci­sant comme « mino­ri­té mili­tante contra­riant l'unanimisme répu­bli­cain ». L'un des pro­blèmes cen­traux que pose le pro­pos pré­si­den­tiel est qu'il donne l'impression que les trois mots : France, Répu­blique et État sont par­fai­te­ment équi­va­lents et inter­chan­geables. Or ce n'est pas du tout le cas. La France et l'Église ont mille cinq cents ans d'Histoire com­mune. L'État s'est peu à peu mis en place, en par­tie au détri­ment du rôle de l'Église et le moins que l'on puisse dire est que les relations entre l'Église et la République sont, depuis l'origine, pla­cées sous le signe de la vio­lence et de la per­sé­cu­tion : des mas­sacres de Sep­tembre aux expul­sions des reli­gieux à par­tir de 1879, en pas­sant par les Guerres de Ven­dée et la Grande Ter­reur. Quand Emma­nuel Macron inter­pelle les évêques de France : « Ne renon­cez pas à la Répu­blique que vous avez si for­te­ment contri­bué à for­ger », on se demande s'il a toute sa rai­son.
Les raisons d'une opération de séduction
L'opération de séduc­tion du Pré­sident de la Répu­blique vis-à-vis des catho­liques est peut-être sin­cère. Dieu seul sonde les reins et les cœurs ! Néan­moins, on peut obser­ver deux faits. Chaque chré­tien, en réci­tant la prière que le Christ lui-même nous a ensei­gnée, demande : « Que votre volon­té (celle du Père) soit faite sur la terre comme au ciel ». Or, ce n'est pas ain­si qu'Emmanuel Macron voit les choses. Ce qui le satis­fait, c'est la col­la­bo­ra­tion huma­ni­taire de ce qu'Alain Besan­çon a récem­ment défi­ni comme « un catho­li­cisme athée ».

Aujourd'hui, la dif­fi­cul­té majeure à laquelle est confron­té notre pays n'est pas liée au catho­li­cisme mais à l'Islam en pleine radi­ca­li­sa­tion et expan­sion numé­rique. Face à ce défi, l'échec de la laï­ci­té est fla­grant. Un peu tar­di­ve­ment, cha­cun redé­couvre la per­ti­nence de la Lettre de Saint-Exu­pé­ry au géné­ral X : « Ah ! Géné­ral, il n'y a qu'un pro­blème, un seul de par le monde. Rendre aux hommes une signi­fi­ca­tion spi­ri­tuelle, des inquié­tudes spi­ri­tuelles, faire pleu­voir sur eux quelque chose qui res­semble à un chant gré­go­rien. On ne peut vivre de fri­gi­daires, de poli­tique, de bilans et de mots croi­sés, voyez-vous ! » Emma­nuel Macron semble conscient de cette réa­li­té. Il sou­haite sans doute que l'Église de France insuffle une part de spi­ri­tua­li­té et de sens du ser­vice gra­tuit dans une socié­té ron­gée par le maté­ria­lisme et l'individualisme. Mais en met­tant le Christ et les Com­man­de­ments de Dieu de côté. On com­prend que nos évêques et le public des Ber­nar­dins se soient enthou­sias­més pour un dis­cours qui ces­sait de consi­dé­rer l'Église comme un enne­mi ou un adver­saire. Qui recon­nais­sait la légi­ti­mi­té de sa pré­sence dans le siècle. Il serait néces­saire qu'ils ouvrent les yeux sur le fait que, ce à quoi la bien­veillance du Pré­sident de la Répu­blique les invite, c'est à renon­cer à la mis­sion à laquelle ils ont été appe­lés.

Jean-Pierre Mau­gendre

17 avril 2018

[FSSPX Actualités] Prises de soutane à Holy Cross

SOURCE - FSSPX Actualités - 16 avril 2018

Une semaine après Pâques, le dimanche in Albis 8 avril 2018, s'est déroulée la cérémonie de prise de soutane au séminaire Holy Cross situé à Goulburn, en Australie. Six séminaristes de première année ont reçu l'habit ecclésiastique.
 
Le directeur du séminaire, l’abbé Daniel Themann, présidait la  cérémonie qui a vu 3 Sud-Coréens, 1 Australien, 1 Nigérian et 1 Philippin recevoir la soutane.

Le 11 février 1963, entre la première et la deuxième session du concile Vatican II, Mgr Marcel Lefebvre, alors Supérieur général des Pères du Saint-Esprit, rappelait dans une circulaire aux membres l’importance, pour le prêtre, du port de l’habit ecclésiastique au sein de sociétés de plus en plus sécularisées. Il y voyait notamment une mise à part du monde, conséquence de l'appel de Dieu, une protection du mal et un témoignage de foi :
Séparé du monde et témoin de Dieu
« Il est clair que le prêtre est un homme qui est choisi et distingué des autres. De Notre Seigneur, saint Paul (Hb 7, 26) dit qu’il est segregatus a peccatoribus… "séparé des pécheurs". Ainsi doit être le prêtre qui a fait de la part de Dieu l’objet d’un choix particulier. 
« Il faudrait ajouter à cette première considération celle du témoignage de Dieu, de Notre Seigneur, que doit rendre le prêtre vis-à-vis du monde. Et eritis mihi testes… "Vous serez alors mes témoins" (Ac 1,8). Le témoignage est une notion qui vient souvent sur les lèvres de Notre Seigneur. Comme Lui témoigne de son Père, nous aussi nous devons témoigner de Lui. 
« Ce témoignage doit être vu et entendu sans difficulté de la part de tous : "On ne met pas la lumière sous le boisseau, mais sur le chandelier, afin qu’elle procure la lumière à tous" (Mt 5,15).
 Les bienfaits du port de la soutane
« La soutane du prêtre procure ces deux fins d’une manière claire et sans équivoque : le prêtre est dans le monde sans être du monde, il s’en distingue tout en y vivant, et il est aussi protégé du mal. "Je ne demande pas que vous les enleviez du monde mais que vous les préserviez du mal, car ils ne sont pas du monde, comme moi je n’en suis pas non plus" (Jn 17,15-16). 
« Le témoignage de la parole qui est certes plus essentiel au prêtre que le témoignage de l'habit, est cependant grandement facilité par la manifestation très nette du sacerdoce qu'est le port de la soutane. 
« Quant à l'habit laïc, il supprime toute distinction et rend le témoignage beaucoup plus difficile, ainsi que la préservation du mal moins efficace. Cette disparition de tout témoignage par le costume apparaît clairement comme un manque de foi dans le sacerdoce, une mésestime du sens religieux chez le prochain et au surplus une lâcheté, un manque de courage dans les convictions». 
Mgr Marcel Lefebvre, Lettres pastorales et écrits

[Abbé Christian Bouchacourt, fsspx - Lettre sur les Vocations] Donnez-nous des vocations religieuses et sacerdotales

SOURCE - Abbé Christian Bouchacourt, fsspx - Lettre sur les Vocations - avril 2018
Il y a cinquante ans, dans les villages et les villes de France, au fond des campagnes les plus reculées, le son des cloches réjouissait les coeurs des habitants. Les journées étaient rythmées quotidiennement par le triple appel de l'Angélus, tandis que chaque dimanche les cloches à la volée appelaient les fidèles pour la grandmesse. Les événements heureux et malheureux étaient annoncés par les tintements joyeux ou par le glas. Les églises étaient pleines, les salles de catéchisme aussi. Chaque paroisse avait son curé, aidé d'un vicaire. C'était hier !

Aujourd'hui, « il y a grande pitié au royaume de France », beaucoup de clochers se sont tus, les églises sont désertées, d'autres menacent ruine, certaines sont détruites. Les presbytères sont vendus ainsi que de nombreux couvents ou monastères. Hier les calvaires placés à la croisée des chemins étaient fleuris, aujourd'hui beaucoup tombent en décrépitude ou sont envahis par les ronces, quand ils ne sont pas saccagés. Un tel désastre est dû à la disparition des prêtres et des religieux au lendemain du dernier concile qui a dénaturé le sacerdoce. La révolution liturgique qu'il a engendrée a fait des ravages. On annonçait alors un printemps radieux pour l'Église ; c'est un hiver glacial qui l'a envahie. Le Père Garrigou-Lagrange, éminent Dominicain, écrivait que « si le ministère du prêtre cessait, le monde retournerait au paganisme(1) ». Le paganisme d'aujourd'hui, ce sont les plaisirs, le matérialisme et l'individualisme qui gangrènent les coeurs, les familles et la société tout entière.

Saint Ambroise, évêque de Milan au IVe siècle, définissait le prêtre comme étant « le vicaire de l'amour du Christ ». En effet chaque fois qu'il monte à l'autel, le prêtre perpétue l'acte de charité le plus grand qui ait été posé, celui accompli par le Christ sur le Calvaire le Vendredi Saint. Lorsqu'il administre les sacrements, il répand dans les âmes la charité du Christ, qui se diffuse elle-même alors dans les familles et dans la société.

Le cardinal Pie a admirablement décrit le rôle du prêtre lors d'une retraite sacerdotale :

« Les âmes, dont une seule vaut plus que toute la création matérielle, Dieu ne leur donne toute leur parure que par la main du prêtre. Leur robe, leur beauté, leur aliment, les âmes ne les reçoivent que du ministère sacerdotal. En règle générale, et à part les voies exceptionnelles que le Tout-Puissant s'est réservées, si le ministre sacré n'a pas versé l'eau et prononcé les paroles requises, l'âme ne naîtra pas à la vie surnaturelle ; s'il ne confère les autres sacrements, l'âme ne prendra pas les divers accroissements spirituels, ne recevra pas les diverses modifications de la vie divine qui doivent la préparer aux célestes transformations de la gloire. Si le prêtre n'expose pas la doctrine, s'il n'enseigne pas la perfection, l'âme ne se revêtira pas de lumière, ne s'émaillera pas de fleurs, ne se chargera pas de fruits ; s'il n'étudie pas la vie mystique spirituelle pour la communiquer, la répandre autour de lui, les vertus supérieures et réservées ne germeront pas dans les jardins de l'Époux (…). Dans l'ordre religieux, au contraire, il a presque tout remis aux mains du prêtre : c'est lui dont la main doit s'ouvrir pour que la bénédiction surnaturelle descende, et que, remplissant toute la capacité des âmes, elle déborde jusque sur la création extérieure et visible (2) ».

Le secret de l'éclosion des vocations réside, avant tout, dans la famille chrétienne. Le pape Pie XII l'affirmait par ces mots :

« Que les exemples donnés dans la famille soient tels que l'on puisse dire d'elle en une certaine manière qu'elle est le premier séminaire et le premier noviciat(3) ».

La famille chrétienne est en effet le creuset des vocations religieuses et sacerdotales : lorsqu'y brille l'esprit de sacrifice — c'est-à-dire le dévouement, l'oubli de soi, le pardon des offenses — ainsi qu'une vie de prière régulière, l'appel de Dieu est entendu et reçu avec générosité. Le matérialisme, l'égoïsme, l'individualisme rendent l'appel divin inaudible car ils stérilisent les âmes.

L'école catholique favorise aussi l'éclosion des vocations. M. Bourdoise (fondateur du séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet au XVIIe siècle) disait que « l'école, c'est le noviciat du christianisme ». Elle doit être le prolongement de l'éducation donnée en famille. Aujourd'hui, plus de 90% des jeunes gens qui entrent au séminaire sont issus de familles catholiques et de nos écoles.

Chers Parents, vous qui faites des sacrifices héroïques pour inscrire vos enfants dans de bonnes écoles, soyez certains que des vocations religieuses et sacerdotales se lèveront dans vos familles. Celles-ci attireront des grâces spéciales sur vos foyers. Dans l'éternité, ces vocations favorisées et acceptées brilleront sur vos couronnes comme des pierres précieuses.

Des enfants élevés dans de bonnes familles chrétiennes et fréquentant des écoles vraiment catholiques se trouvent dans les meilleures conditions pour que la grâce croisse en eux. L'appel de Dieu est alors comme l'aboutissement de cette éducation. Monseigneur Lefebvre le rappelait :

« La vocation n'est pas le fait d'un appel miraculeux ou extraordinaire, mais l'épanouissement d'une âme chrétienne qui s'attache à son Créateur et Sauveur Jésus-Christ d'un amour exclusif et partage sa soif de sauver les âmes(4) ».

L'an dernier, Dieu a entendu vos prières. De belles vocations sont entrées au séminaire et dans différentes communautés de la Tradition. D'autres se préparent pour l'an prochain. Ainsi, s'il plaît à Dieu, demain, la charité du Christ se diffusera davantage dans nos prieurés et nos écoles où les prêtres et les frères sont tant attendus.

Entrez avec générosité dans cette nouvelle croisade des vocations ! Notre-Seigneur enverra des ouvriers à sa moisson comme Il l'a promis. Surtout, que les enfants la rejoignent en récitant la neuvaine prévue du 5 au 13 mai. Notre-Seigneur ne résiste pas à leurs prières.

Que Notre-Dame Reine du Clergé, Mère de toutes les vocations religieuses et sacerdotales, intercède auprès de son divin Fils pour qu'Il nous donne beaucoup de saintes vocations religieuses et sacerdotales.

Que Dieu vous bénisse !

Abbé Christian BOUCHACOUR +, Supérieur du District de France de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

Notes

(1) RP Garrigou-Lagrange, l'union du prêtre avec le Christ prêtre et victime, p. 190.
(2) Cardinal Pie, OEuvres de l'Evêque de Poitiers, Tome 2, avec le clergé diocésain, suite à la retraite sacerdotale de 1853, p. 20-21.
(3) Pie XII, Pergratus nobis, 3 avril 1958, au congrès des états de perfection du Portugal.
(4) Monseigneur Marcel Lefebvre, lettre Albano du 17 octobre 1983.

[Paix Liturgique] À Rome, la jeunesse prie pour les vocations

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 640 - 17 avril 2018

Alors que l'on se dirige à Rome vers le Synode des Jeunes (voir notre lettre 638), un groupe de jeunes étudiants des universités pontificales romaines organise depuis 2017 une messe mensuelle pour les vocations, célébrée selon la forme extraordinaire du rite romain.

I – Prier, rassembler, animer

C'est un étudiant de l'université pontificale Saint Thomas d'Aquin, l'Angelicum, avec ses prestigieuses facultés de philosophie et de théologie dirige par les dominicains, qui est à l'origine de la célébration, depuis la fin de l'année universitaire 2016-2017, d'une messe mensuelle pour les vocations.

Grand clerc à la Trinité des Pèlerins, la paroisse personnelle érigée sur les bords du Tibre en 2008 sur volonté du pape Benoît XVI pour les fidèles désireux de vivre leur foi au rythme de la forme extraordinaire du rite romain, Jacob Stein a eu l'idée de réunir tous les mois quelques autres étudiants autour de la célébration de la messe traditionnelle. Baptisé “Tridentini” (Tridentins), ce groupe a pour aumônier l'abbé Raffray, prêtre de l'Institut du Bon Pasteur et enseignant à l'Angelicum.

Pour Jacob, natif du Nebraska, la rencontre avec la messe traditionnelle s'est faite à l'époque où il désirait entrer au séminaire de son diocèse, alors que Benoît XVI venait de promulguer le motu proprio Summorum Pontificum. Lors de sa première messe, Jacob a « immédiatement » compris que sa relation personnelle avec le Christ méritait d'être encore approfondie : « Pour la première fois, à travers les rituels de la messe, je voyais le prêtre agissant pleinement in Persona Christi et j'ai pu alors percevoir pleinement Christ comme Maître, Médecin et Médiateur. Comme jeune homme occupé à discerner sa vocation sacerdotale, c'était exactement ce qu'il me fallait. »

Aujourd'hui, c'est cette expérience que Jacob, à travers le groupe Tridentini se propose de partager. Pour prier, parce que l'Église a un besoin pressant de (saintes) vocations sacerdotales ; pour rassembler, parce que la forme extraordinaire du rite romain doit être offerte au plus grand nombre ; pour animer, parce que la vie des étudiants catholiques exige un supplément d'âme.

II – Les réflexions de Paix Liturgique

1) Où l’on voit une fois encore, la preuve ici par Jacob, que la forme extraordinaire du rite romain attire les jeunes, et que ceux-ci ne sont pas nécessairement issus de familles traditionalistes, mais souvent des « convertis » à la liturgie tridentine, qu’ils ont découvert par eux-mêmes. 

2) Ils ne font guère de bruit mais il y a sur tous les continents des groupes de jeunes garçons qui se retrouvent autour de la forme extraordinaire du rite romain. Pour la servir, la chanter, la promouvoir. C'est là un vivier essentiel de vocations sacerdotales et religieuses. Ces groupes de « grands clercs », à l'image de ceux de la paroisse Saint-Eugène à Paris, par exemple, témoignent de l'attrait qu'exercent encore les saints mystères, surtout lorsqu’ils sont célébrés de manière à manifester l’essence du ministère sacerdotal, comme c’est le cas dans la liturgie traditionnelle.

3) Capitale du monde catholique, Rome attire chaque année des jeunes gens se posant la question de leur vocation. Beaucoup d'entre eux n'ont pas trouvé dans leur diocèse l'accueil qu'ils espéraient, surtout s'ils ont manifesté un trop grand intérêt pour la tradition – liturgique, spirituelle et doctrinale – de l'Église. Ils viennent donc à Rome en pensant pouvoir y trouver une nourriture pour leur âme et des passerelles pour l'accomplissement de leur vocation. Il n'existe cependant jusqu'à ce jour (*) aucune structure – foyer, institut – pouvant leur offrir en un seul lieu tout le soutien dont ils ont besoin. Heureusement, ils trouvent en la paroisse personnelle de la Trinité des Pèlerins un lieu où ils peuvent se rencontrer autour de la forme extraordinaire du rite romain.

4) La messe célébrée au Panthéon le 26 janvier 2018 fut un bel exemple de ce caractère international, presque universel, de l'intérêt des fidèles pour la liturgie traditionnelle. Les personnes présentes – qui pour une bonne part n'avait pas prévu d'assister à un office traditionnel – ont été très marqués de voir des jeunes venus de toutes les régions du monde – d'Amérique, de Grande-Bretagne, du Nigeria, de France, de Pologne et d'Italie – dans l'assistance, dans la chorale et, surtout, au chœur. Bien plus, ils ont été marqués par la profonde atmosphère de piété liturgique de la cérémonie. Comme nous le déclara un couple de touristes belges, venu pour visiter le monument et qui décida de rester « pour voir » la cérémonie qui se préparait : « C'est une messe magnifique à laquelle nous avons participé. Chez nous en Belgique il n'y a plus rien de cela et c'est bien dommage car nous y participerions de bon cœur. » Deux étudiants chinois catholiques de Hong-Kong, venus eux-aussi par hasard, nous affirmèrent avoir trouvé en participant à cette cérémonie le sens de leur pèlerinage à Rome . Et quelle stupeur pour les touristes de passage de voir, à la sortie du Panthéon dont ils ignorent souvent que c'est "aussi" une église, de si nombreux jeunes évidemment catholiques, l'un avec son surplis, l'autre avec les partitions, s'exprimant dans toutes les langues et rayonnant de joie, de paix et d’enthousiasme. Deo gratias.

15 avril 2018

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Un argument «anti-lefebvriste» - II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 14 avril 2018

Louanges et grâces à Dieu de nous avoir donné:
En Mgr Lefebvre, la foi, la Tradition, l’infaillibilité.

Revenons aux “Commentaires” de la semaine dernière. Pour quelle raison N M, en traitant du problème des Papes conciliaires, conclut-il, de manière péremptoire, qu’ils n’ont jamais été Papes ? On peut tenter l’explication suivante : l’Église catholique est à la fois humaine (société composée d’êtres humains) et divine (sa particularité est d’être animée par le Saint-Esprit). Il importe de ne pas confondre ces deux aspects. Les êtres humains, en tant que tels, sont nécessairement faillibles : Dieu seul est infaillible. L’erreur des catholiques qui recourent à la solution radicale de N M est d’attribuer aux papes humains trop de cette infaillibilité qui ne peut provenir que de Dieu. Pour illustrer notre propos, prenons l’image d’une installation électrique dans une maison quelconque.

Quand je branche des fiches dans une prise électrique murale, ce n’est pas la prise qui fournit le courant. C’est la centrale électrique qui envoie l’électricité jusqu’à la prise murale et de là, dans l’appareil électrique qu’il faut alimenter en courant. La centrale électrique, c’est Dieu. La prise murale, c’est l’Église. Le courant, c’est l’infaillibilité de l’Église, venant de Dieu. La fiche représente les quatre conditions que seul le pape peut réunir pour correspondre vraiment à la prise. Ces quatre conditions à réunir sont : qu’il 1) s’exprime en tant que Pape et non en tant que personne privée, 2) afin de définir une fois pour toutes, 3) un article de foi ou de morale, 4) avec l’intention d’obliger tous les catholiques à l’accepter. Par ces quatre conditions, le Pape, et lui seul en tant qu’être humain, jouit d’un accès garanti à l’infaillibilité divine de l’Église. Les quatre conditions requises doivent être engagées par le pape. L’infaillibilité, c’est l’engagement de Dieu.

Certes, cette « prise murale » particulière, connue sous le nom de Magistère extraordinaire (ME) de l’Église, n’est pas le seul canal par lequel les hommes accèdent à l’infaillibilité de l’Église. Ils peuvent y accéder beaucoup plus souvent par le Magistère Ordinaire de l’Église (MO), qui correspond à la Tradition Catholique, c’est-à-dire ce que l’Église enseignante, papes et évêques en particulier, a enseigné partout dans le monde depuis que Jésus-Christ nous a laissé, avec son Église, le dépôt de la foi pour être confirmé infailliblement par les apôtres à la Pentecôte et transmise infailliblement par eux jusqu’à la mort du dernier d’entre eux. Par la suite, cette doctrine fut confiée à des êtres humains faillibles, à qui Dieu laissa leur libre arbitre pour enseigner l’erreur s’ils choisissaient de ce faire. Mais, de par cette faiblesse humaine, il peut devenir problématique de distinguer ce qui relève du dépôt infaillible et ce qui n’en relève pas. C’est pourquoi Dieu donna à son Église le Magistère extraordinaire, précisément pour fixer une fois pour toutes ce qui appartient ou non au Magistère ordinaire. Ainsi le Magistère ordinaire est au Magistère extraordinaire comme le principe est au corollaire, et non comme le corollaire est au principe !

Depuis la définition solennelle en 1870 sur l’infaillibilité de l’Église, le problème de beaucoup de catholiques vient de ce qu’ils ont tendance à exagérer l’importance du Magistère extraordinaire au motif qu’il garantit automatiquement l’infaillibilité de l’Église, d’une façon dont le Magistère ordinaire ne la garantit pas. Dès lors, le Magistère extraordinaire semble supérieur, et les catholiques dévots ont eu tendance à transférer son infaillibilité sur la personne du pape alors qu’elle n’appartient qu’à l’Église. Dès lors, si le Pape commet de graves erreurs, comme le font les Papes conciliaires, la seule explication qui reste, c’est qu’ils ne sont pas Papes. Ou bien, si malgré tout ils sont papes, alors il faut adhérer à leurs erreurs. La logique est bonne, mais la prémisse est fausse. Les papes ne sont pas aussi infaillibles que cela. Ils peuvent faire de graves erreurs. Vatican II et ses Papes conciliaires l’ont montré comme jamais auparavant dans toute l’histoire de l’Église ! Mais l’Église demeure infaillible et c’est pourquoi je sais que la Tradition catholique durera jusqu’à la fin du monde, en dépit d’éventuels pauvres papes qui, d’ici là, pourront errer encore plus.

Mais comment savoir qu’au Pape en tant que Pape appartient seulement l’accès privilégié (les quatre conditions) au courant électrique (l’infaillibilité), et non le courant lui-même qui appartient à la prise murale (l’Église) ? Parce que la définition de 1870 sur l’infaillibilité le dit explicitement ! Il suffit de lire : lorsque le Pape réunit les quatre conditions (mentionnées ci-dessus), alors il « possède vraiment cette infaillibilité dont le Divin Rédempteur a voulu doter son Église afin de définir la doctrine concernant la foi et les mœurs ».

De par leur libre arbitre les papes catholiques peuvent donc commettre de terribles erreurs sans que l’Église pour autant soit moins infaillible.

Kyrie eleison.