28 juillet 2017

[FSSPX Asie] La FSSPX en apostolat auprès des catholiques Philippins du Moyen-Orient

SOURCE - FSSPX Asie - via La Porte Latine - 13 juillet 2017

Deux familles catholiques traditionnelles résident dans l'un des états du Golfe à des fins professionnelles. Ils ont demandé à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X de venir dès qu’elle le pourrait pour leur donner les sacrements. M. l'abbé Benoît Wailliez, prieur de Negombo au Sri Lanka a pu les visiter pour la deuxième fois début juillet.

L'un des fidèles a un bon poste à l'ambassade des Philippines. Cela a non seulement permis au père de dire la messe pour le personnel (environ 20 personnes présentes) mais aussi de visiter « le refuge » où ils habitent Pour comprendre ce que nous entendons par refuge, il est important de rappeler qu'environ 10 millions de Philippins travaillent à l'extérieur des Philippines. C'est environ 10% de la population ! La plupart d'entre elles sont des femmes de ménage. Elles travaillent à Hong Kong, en Malaisie, en Thaïlande, à Singapour et dans les États du Golfe. Dans ces derniers états arabes, la condition des domestiques n’est pas souvent enviable. Ils doivent remettre leur passeport à leur employeur, souvent leur téléphone portable, et sont fréquemment privés de vacances annuelles. Parfois, leur salaire est retenu pendant plusieurs mois sans raison valable. Ils peuvent être maltraités physiquement et même abusés sexuellement.

Tout cela explique pourquoi toute une aile de l'Ambassade de Philippines est un devenu un « refuge » pour les domestiques qui ont fui leur employeur et qui ne peuvent pas quitter le pays. Lorsque l’abbé Wailliez a visité l'abri, il s’y trouvait environ 400 femmes de ménage! Il a reçu environ 30 d'entre elles pour des conseils et des confessions. Leur histoire est souvent identique.Elles ont quitté les Philippines pour payer les frais de scolarité de leurs enfants. Elles ont envoyé au pays la plupart de leurs revenus et n'ont gardé quasiment rien pour elles-mêmes. Elles se sentent extrêmement fragiles. En vérité, leur désarroi vient du fait que leur générosité (mal orientée) a souvent conduit leur mari à l'infidélité, parfois aussi, à une famille brisée. Les enfants sont éloignés de leur mère et leur sacrifice semble avoir été inutile ou même très néfaste pour toute la famille.

Alors qu'une messe hebdomadaire est célébrée samedi dans le refuge, l’abbé a remarqué que toutes les domestiques ne s’étaient pas confessées pendant un nombre considérable d'années. C'est une des caractéristiques du Novus Ordo: les gens ne se confessent pas parce que les prêtres n'en parlent plus et ne consacrent pas le temps à ce sacrement de la miséricorde divine. Les femmes de ménages récitent cependant le Rosaire dans leur chambre la nuit. De leur propre initiative.

Le soir de sa visite, l’abbé leur donna une instruction sur l’Ave Maria [Voir photo ci-dessus]. Étant donné qu'une petite minorité était protestante, le père leur a montré combien cette prière était très biblique. 230 domestiques ont assisté à la conférence et ont reçu le scapulaire brun. Comme la file d'attente était assez longue, les servantes ont chanté plusieurs hymnes à Notre Dame en Tagalog et ont récité le Rosaire. La température était très élevée (45 degrés à l'ombre), mais grâce à Dieu sans humidité.

Étant donné que ce pays est un pays musulman relativement strict, voici comment l’abbé Wailliez s'est habillé penant son séjour :
  • en civil pour entrer et sortir du pays,
  • en tenue sacerdotale normale (soutane blanche et ceinture noire) dans l'ambassade; 
  • en soutane blanche (similaire à la robe blanche longue locale appelée Kandoorah ou Dishdaashah) à l'extérieur.
Gardons ces fidèles dans nos prières. Ils ont seulement une messe tous les 3-4 mois.

27 juillet 2017

[Peregrinus - Le Forum Catholique] "Révolution française et traditionalisme (VIII) : Le serment, mythes et réalités"

La crise du serment se trouve, avec les persécutions de la Terreur, au cœur des représentations traditionalistes de la Révolution française. Cela est particulièrement net dans l’apologue du « Vicaire silencieux » déjà cité à plusieurs reprises dans cette petite série, publié en mars 2017 dans le Petit Eudiste, bulletin du prieuré de Gavrus (1), qui d’ailleurs confond tout uniment ces deux épisodes, comme cela a déjà été signalé. 

De manière intéressante, l’apologue s’attarde très peu sur l’attitude des prêtres constitutionnels : du curé jureur condamné pour s’être uni à la « Révolution anti-Dieu et anti-Roi », il n’est finalement qu’assez peu question. Comme le titre l’indique, c’est avant tout l’attitude de l’un des vicaires de la paroisse, explicitement associée à celle de l’actuel clergé des instituts Ecclesia Dei (2), qui doit retenir l’attention. Il importe de rappeler que dans le récit du Petit Eudiste, le vicaire n’a pas prêté le serment dit constitutionnel du 27 novembre 1790. Le prêtre « n’aime pas » la Constitution civile du clergé, mais par prudence ne veut pas que son opposition aux réformes soit connue : il espère ainsi rester en place pour donner aux fidèles les sacrements et prêcher ce qu’il a « toujours prêché : l’amour de Jésus, la prière, la pénitence… » Pour ce vicaire, la Constitution civile du clergé est avant tout une « question qui relève de Rome ». On s’en doute, ce prêtre s’attire une forte condamnation : il fait le « jeu de la Révolution en lui donnant une apparence honorable ». Du point de vue du fidèle Michel, que l’apologue nous donne en modèle, la décision est prise : 
Il est hors de question de se compromettre avec la Révolution, donc ni avec le Curé jureur, ni avec son vicaire silencieux, pas même une fois, et surtout pas pour la messe. […] Je n’irai plus à la paroisse (3).
Voilà donc quelle est l’image de l’attitude catholique dans la crise du serment que nous donne un bulletin traditionaliste d’aujourd’hui. 
On a déjà vu que le Petit Eudiste a quelques problèmes avec la chronologie. On va voir qu’il n’en a pas moins avec le fond de la question dont il traite avec pourtant beaucoup d’assurance. 

Il faut relever tout d’abord que la situation du vicaire est elle-même assez invraisemblable. Le clergé paroissial a été tenu de faire publiquement le serment au cours des mois de janvier et de février 1791 ; un prêtre de paroisse qui se serait contenté de garder le silence aurait non sans raison été tenu pour insermenté et donc expulsé de sa place par les autorités civiles. Cependant, en considérant les effectifs pléthoriques du clergé de France à l’époque du serment, on ne peut tout à fait exclure que le cas se soit présenté ; il n’est en tout cas guère représentatif. 

Cette relative invraisemblance n’est toutefois pas le principal problème que pose l’apologue. En effet, si l’on y regarde bien, l’attitude qu’il dénonce est en réalité celle d’une partie considérable du clergé réfractaire, à commencer par l’épiscopat. Au vicaire silencieux, il est reproché tout d’abord de ne pas tenir contre la Constitution civile qu’il « n’aime pas » un langage incisif, mais d’en faire une « question qui relève de Rome », en un mot de s’en remettre au jugement de l’Eglise universelle. C’est pourtant précisément ce qu’ont fait à l’époque les évêques de France. 

Il suffit pour le prouver de citer l’Exposition des principes de Mgr de Boisgelin, archevêque d’Aix, la plus notable critique épiscopale des réformes de la Constituante. Les évêques, rappelle le prélat, ont « réclamé, selon les formes antiques de l’église gallicane, le recours au chef de l’église universelle (4)»:
Nous pensions que notre premier devoir est d’attendre, avec confiance, la réponse du successeur de saint Pierre, qui, placé dans le centre de l’unité catholique et de la communion, doit être l’interprète et l’organe du vœu de l’église universelle (5).
C’est encore ainsi qu’au lendemain du Concordat l’ancien archevêque d’Aix résume l’attitude de l’épiscopat de France :
Tous les mémoires, […] toutes les consultations que nous adressions à sa sainteté, étoient toujours fondés sur ce principe, qu’il étoit notre juge, par notre déclaration, comme par son autorité, et que nous nous en rapportions à son jugement (6).
Il est donc pour le moins étrange de faire au « vicaire silencieux » un crime d’une position qui a été en réalité celle d’une part considérable des évêques fidèles ; et peut-être cela en dit-il malheureusement déjà très long sur la mission dont semblent se croire investis certains clercs et laïcs d’aujourd’hui. 

Le Petit Eudiste reproche encore au vicaire de s’être laissé par son silence prendre pour un jureur par ses paroissiens. Ce point n’est pas sans intérêt. Le serment constitutionnel du 27 novembre 1790 est rejeté comme impie par les réfractaires « parce qu’il attaque l’autorité de J.C. dans les mains de son église (7) » dans la mesure où il représente une adhésion aux atteintes que porte la Constitution civile du 12 juillet 1790 aux principes de la juridiction ecclésiastique. C’est avant tout en tant que tel qu’il a été combattu par les évêques fidèles. Cependant, ceux-ci, pour éviter le schisme, ont tenté jusqu’au bout de trouver une formule de conciliation. La plus notable est celle que propose à l’Assemblée le 2 janvier 1791 François de Bonal, évêque de Clermont. 
Il faut ici préciser que Mgr de Bonal, prélat instruit et vigoureux, n’est pas le premier venu, mais s’impose rapidement comme l’un des meilleurs orateurs de la droite catholique de l’Assemblée et l’un des plus constants défenseurs des droits de l’Eglise (8). Cet évêque intransigeant tente donc de soumettre à la Constituante une autre formule de serment : 
Je jure de veiller avec soin, sur les fidèles dont la conduite m’a été ou me sera confiée par l’église ; d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir, de tout mon pouvoir, en tout ce qui est de l’ordre politique, la constitution décrétée par le roi, exceptant formellement les objets qui dépendent essentiellement de l’autorité spirituelle (9).
Ce serment, qui ne se distingue du serment constitutionnel que par l’ajout d’une restriction relative au spirituel, est donc jugé tout à fait acceptable par un évêque qui se signale alors par sa rigueur doctrinale, et a dans les faits été prêté par un grand nombre de curés et vicaires. C’est le cas par exemple de Jean-Joseph Traizet, curé d’Ormois au diocèse de Soissons, qui revient dans ses mémoires sur l’épisode du serment :
Comme on avait mis dans la tête de nos paroissiens, que le refus que nous pourrions en faire, serait une preuve certaine du mépris que nous ferions d’eux, je crus devoir le faire, mais avec une restriction catholique, comme faisaient nos confrères voisins, et les paroissiens en témoignèrent un grand contentement (10).
On le voit, l’abbé Traizet, ne se contente pas de garder le silence comme le vicaire de l’apologue, mais prête le serment restrictif pour ne pas se séparer de ses paroissiens en passant à leurs yeux pour réfractaire aux lois. Le Petit Eudiste n’aurait sans doute pas de mots assez durs pour condamner tant de compromis avec la « Révolution anti-Dieu et anti-Roi ». Pourtant, jamais l’abbé Traizet n’a encouru la moindre censure de la part de son évêque, l’intransigeant Mgr de Bourdeilles ; jamais il n’est mis au nombre des constitutionnels, ni par ses supérieurs ecclésiastiques, ni par les autorités civiles, qui lui font subir toutes sortes de persécutions. Son attitude est en réalité celle de la quasi-totalité des curés réfractaires de son diocèse.

Sans bien s’en rendre compte, c’est donc une part non négligeable du clergé fidèle, et parfois de véritables confesseurs de la foi, que le Petit Eudiste, pour qui la crise du serment relève visiblement davantage de la mythologie que de l’histoire, rejette comme des prêtres compromis avec la Révolution : il n’est pas question d’assister à leur messe, même une seule fois, nous dit Michel, l’exemplaire laïc de l’apologue, qui fuit donc désormais sa paroisse. 

L’attitude de Michel, on le devine en lisant ce qu’écrivaient du schisme les canonistes du camp réfractaire, aurait été dénoncée à l’époque comme schismatique par bien des prêtres fidèles. On aura l’occasion d’y revenir. 

(A suivre)

Peregrinus
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(1) Abbé Etienne de Blois, « Un vicaire silencieux », Le Petit Eudiste, n°202, mars 2017, p. 10-11
(2) « Remplaçons […] silencieux par rallié… Notre devoir est tout tracé » (ibid., p. 10).
(3) Ibid., p. 11.
(4) Examen des principes sur la Constitution civile du clergé, Le Clère, Paris, 1801, p. 68.
(5) Ibid., p. 76.
(6) « Lettre de M. l’archevêque d’Aix, en réponse au Bref de sa sainteté le pape Pie VII, en date du 15 août 1801 », dans Exposition des principes, op. cit., p. 202.
(7) Gabriel-Nicolas Maultrot, Comparaison de la Constitution de l’Eglise catholique, avec la Constitution de la nouvelle Eglise de France. Moyen de les accorder, Dufresne, Paris, 1792, p. 14. 
(8) Nigel Aston, The End of an Elite. The French Bishops and the Coming of the Revolution (1786-1790), Clarendon Press, Oxford, 1992, p. 230.
(9) Discours de M. l’évêque de Clermont, relativement au serment exigé par l’assemblée nationale, et qu’il a prononcé en partie dans la séance du dimanche matin, 2 janvier 1791, Imprimerie Briand, Paris, 1791, p. 13.
(10) Mémoire de l’abbé Traizet sur son émigration, précédées d’une notice sur l’auteur par l’abbé Pécheur, Imprimerie A. Michaux, Soissons, 1875, p. 23.

[Philippe Maxence - L'Homme Nouveau] L'Institut du Christ-Roi se développe : notre entretien avec Mgr Wach

Mgr Gilles Wach en compagnie
du cardinal Burke et des sœurs
adoratrices
SOURCE - Philippe Maxence - L'Homme Nouveau - 27 juillet 2017

Mgr Gilles Wach est le fondateur et le prieur général de l'Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre (ICRSP) société de Vie Apostolique en forme canoniale de Droit Pontifical dont la principale mission est la formation de futurs prêtres en son séminaire de Gricigliano (Italie). Il a bien voulu répondre à nos questions sur le développement de cet institut et sur la portée du motu proprio Summorum Pontificum dont on a fêté le 7 juillet dernier les dix ans d'application.
L'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP) que vous dirigez a eu la grâce de plusieurs ordinations cette année encore. Les vocations ne se tarissent donc pas ?
Notre Institut a effectivement depuis plusieurs années la grâce de nombreuses ordinations sacerdotales, 29 depuis 2015 dont 6 cette année. Nos maintenant 106 chanoines exercent leur ministère sur trois continents, dans treize pays. C'est S.E.R. le Cardinal Burke qui cette année encore nous a fait l'honneur de venir ordonner nos prêtres, tandis que S.Exc.R. Mgr Pozzo, secrétaire de la Commission Pontificale Ecclesia Dei est venu ordonner 13 diacres et sous-diacres pour notre Institut.
Ces vocations viennent du monde entier, en particulier d'Europe et de France. Notre maison de formation, le séminaire international Saint-Philippe-Néri de Gricigliano, situé à côté de Florence en Italie, s'apprête à recevoir en septembre 2017 plus de 20 nouveaux séminaristes en première année de formation. A ceux-là s'ajoutent une quinzaine de jeunes hommes qui vont passer une année de discernement dans nos maisons aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en France.
Au total, c'est une centaine de vocations que nous accueillons actuellement pour les former au sacerdoce, dont 9 diacres.

Notre Institut compte également des oblats, c'est à dire de jeunes hommes qui se sentent destinés à se consacrer au sacerdoce de Jésus Christ Souverain Prêtre par une vie de prière liturgique avec nos chanoines, et par le service rendu au ministère sacerdotal dans notre Institut, sans avoir vocation à devenir prêtres. Ils sont actuellement une dizaine dans notre Institut, et autant en formation dans nos différentes maisons. Ils représentent 10% de nos membres, ce qui est une part importante et souvent méconnue de notre Institut ; leur aide est pourtant précieuse dans nos apostolats ; grâce à Dieu, leur nombre aussi est en croissance.

Je n'oublie pas nos sœurs Adoratrices, qui elles aussi attirent de nombreuses vocations, probablement cinq ou six nouvelles postulantes entreront dans les mois qui viennent. Cette branche féminine de notre Institut, présente dans trois pays, compte maintenant près de quarante religieuses. Elles apportent une grande aide à nos prêtres, d'abord dans la prière à leurs intentions, mais aussi en participant à divers labeurs apostoliques.
Quelle est la spécificité de votre Institut qui explique l'attirance toujours nombreuse de jeunes hommes (ou de jeunes filles pour la branche féminine) en son sein ?
Je constate tout d'abord que ces vocations viennent pour la plupart d'elles-mêmes frapper à notre porte ; il n'y a pas chez nous de communication "pastorale" particulière sur ce sujet. Plusieurs de nos prêtres et de nos séminaristes ont connu notre Institut seulement à travers nos sites internet ! Tous ces jeunes hommes sont attirés par le sens du Beau, principalement dans la liturgie. Bon nombre d'entre eux découvrent la forme extraordinaire tardivement, et ils y trouvent la réponse à cette soif intérieure qui les brûle.

Notre vie canoniale, qui met à la première place la célébration du Saint Sacrifice de la Messe et le chant de l'Office Divin, est en quelque sorte le moyen voulu par la Providence pour l'épanouissement de ces vocations. C'est à travers cette liturgie soignée que nous participons dès ici-bas à la splendide liturgie de la Jérusalem céleste.

Ces vocations, tout en restant résolument apostoliques, recherchent aussi une communauté pour éclore. A l'école de nos saints patrons, saint François de Sales pour sa spiritualité centrée sur la charité, saint Thomas d'Aquin pour les études et saint Benoît pour la liturgie, ces jeunes gens approfondissent au fur et à mesure et se nourrissent davantage du charisme propre de notre Institut.

Il semble donc que la Providence continue de nous envoyer des vocations tant que nous demeurons fidèles à mettre Dieu à la première place par une vie liturgique soignée et par une observation fidèle de la forme canoniale de nos Constitutions telles qu'elles ont été reconnues par le Saint-Siège.

Il en est de même pour nos sœurs Adoratrices qui "suivent le même esprit, prient pour la sanctification des prêtres, et particulièrement des membres de l’Institut, dont elles soutiennent l’apostolat."
Institut international, vous venez d'ouvrir, je crois, un nouveau lieu d'apostolat en Angleterre, mais vous êtes aussi présent ailleurs ?
Notre Institut est effectivement en plein extension, et à l'issue de notre Chapitre Général qui se tiendra fin août, nous pourrons annoncer notre implantation dans plusieurs nouveaux apostolats, aux États-Unis, en France, en Angleterre, etc. Nous essayons de répondre, partout où cela est compatible avec notre vie communautaire, aux demandes des évêques qui souhaitent dans leur diocèse avoir l'aide de chanoines de l'Institut et faire bénéficier leurs fidèles des richesses de la forme extraordinaire du rite romain.

Le développement de notre apostolat en Angleterre est à ce titre en effet significatif. Deux évêques nous ont depuis plusieurs années accueillis avec une très grande bienveillance dans leurs diocèses, l'évêque de Shrewsbury, S.Exc.R. Mgr Davies, qui a conféré les Ordres mineurs à nos séminaristes cette année, et l'évêque de Lancaster, S.Exc.R. Mgr Campbell. Ils nous ont confié la charge de splendides sanctuaires dont l’un (New Brighton) était fermé au public, faute d’entretien suffisant. Nos sanctuaires ont la mission de promouvoir la dévotion Eucharistique et la célébration de tous les Sacrements dans la forme extraordinaire. Pour la rentrée prochaine, S.Exc.R. Mgr Campbell confie à notre Institut une nouvelle église à Preston, dédiée à Saint Thomas de Cantorbéry et aux Martyrs Anglais ; elle sera désormais desservie par l’Institut comme sanctuaire pour la dévotion aux Martyrs anglais (les catholiques, principalement des prêtres, qui furent martyrisés pour leur foi entre 1535 et 1679 - beaucoup provenant du comté du Lancashire, dont dépend Preston), dont l’église possède actuellement plusieurs reliques insignes. Mgr Campbell a aussi donné son accord à l'ouverture d'une école où nos chanoines œuvreront. Enfin, en novembre 2017, une maison de formation pour l’Institut sera aussi ouverte, où de jeunes hommes pourront apprendre le français et suivre une formation préparatoire à leur entrée éventuelle dans l’Institut (comme séminaristes ou comme oblats).

D'un pays à l'autre, et même d'un continent à l'autre puisque nous sommes présents de l'île Maurice aux États-Unis, en passant par le Gabon et bien sûr la plus grande partie des pays d'Europe, les mentalités sont très différentes, mais il existe un point commun : les fidèles restent universellement assoiffés de Dieu. L'on mesure partout les immenses bienfaits que la présence d'un prêtre ou d'une communauté de prêtres peut apporter en ouvrant grand le trésor des sacrements : que ce soit dans les paroisses, églises, chapelles, écoles, hôpitaux ou toute autre œuvre qui nous est confiée.
Le 7 juillet dernier, nous avons fêté les 10 ans du motu proprio Summorum Pontificum. Quel bilan en tirez-vous ?
Le Motu Proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI avait pour objectif de permettre une diffusion aussi large et généreuse que possible de la forme extraordinaire du rite romain.
Celui-ci a déjà porté de nombreux fruits sur ce plan là, et dans le monde entier nous avons pu assister à la multiplication des célébrations dans l'usus antiquior, aussi bien par des prêtres appartenant à des communautés dépendant d'Ecclesia Dei que par des religieux ou des prêtres diocésains : la Messe traditionnelle a en quelque sorte enfin retrouvé en pratique le droit d'exister, même si l'on peut regretter que l'application ait été bien parcimonieuse et réticente dans un certain nombre d'endroits où toutes les conditions sont pourtant remplies.

Ce Motu Proprio restera dans l'Histoire comme l'un des actes majeurs du Pontificat de Benoît XVI, sa portée ne se limite absolument pas aux groupes de fidèles, d'ailleurs de plus en plus nombreux, qui en bénéficient directement. La liturgie traditionnelle a été officiellement rendue à l’Église, et par le même fait, l’Église a été rendue à la liturgie. Comme le notait à l'époque le Cardinal Ratzinger, la crise dans l’Église provient d'abord de la crise dans la liturgie, et dans cette perspective, c'est seulement par une restauration de la liturgie qu'une solution à cette crise peut être espérée. La Providence suscitera certainement de grands liturges et hommes de prières comme furent Durand de Mende, Mgr Gromier ou ces deux fils de Saint Benoît : dom Guéranger au XIX° et le cardinal Schuster au XX°.

Permettez-moi de vous citer quelques phrases que Dom Guéranger écrivait dans son Introduction à l'Année liturgique :
Or, sur cette terre, c'est dans la sainte Église que réside ce divin Esprit. Il est descendu vers elle comme un souffle impétueux, en même temps qu'il apparaissait sous l'emblème expressif de langues enflammées. Depuis lors, il fait sa demeure dans cette heureuse Épouse; il est le principe de ses mouvements; il lui impose ses demandes, ses vœux, ses cantiques de louange, son enthousiasme et ses soupirs. De là vient que, depuis dix-huit siècles, elle ne se tait ni le jour, ni la nuit ; et sa voix est toujours mélodieuse, sa parole va toujours au cœur de l’Époux. 
Tantôt, sous l'impression de cet Esprit qui anima le divin Psalmiste et les Prophètes, elle puise dans les Livres de l'ancien Peuple le thème de ses chants ; tantôt, fille et sœur des saints Apôtres, elle entonne les cantiques insérés aux Livres de la Nouvelle Alliance ; tantôt enfin, se souvenant qu'elle aussi a reçu la trompette et la harpe, elle donne passage à l'Esprit qui l'anime, et chante à son tour un cantique nouveau ; de cette triple source émane l'élément divin qu'on nomme la Liturgie. La prière de l’Église est donc la plus agréable à l'oreille et au cœur de Dieu, et, partant, la plus puissante.
La sainte liturgie est ce pont dressé vers le Ciel qui nous met en contact direct et immédiat avec le Seigneur. Œuvre d’amour par excellence, le culte divin constitue le renouvellement, l’actualisation, la continuation de la Passion du Christ ; et de découvrir à la médiocrité du siècle la miséricorde du Sauveur, et d’en dispenser les innombrables faveurs. Que ce soit dans la sainte Eucharistie – le Sacrement d’amour par antonomase -, la vie sacramentelle ou le chant de l’office divin, Notre-Seigneur continue à inonder le monde de ses grâces.

Je suis convaincu que la grande richesse de la forme extraordinaire encourage et stimule ce contact de l'âme avec Dieu, que ce soit l'âme du prêtre qui célèbre le saint Sacrifice ou l'âme des fidèles qui y participent. Nos prédécesseurs dans la Foi ont pendant des siècles puisé dans ce réservoir comme à une fontaine d'eau vive, et le pape Benoît XVI a rouvert un accès facile à ce trésor : ne nous lassons pas de le faire découvrir !
La liturgie romaine traditionnelle est essentiellement théocentrique. N'est ce pas ce qui manque terriblement à notre monde actuel : la présence de Dieu ?
Si Dieu ne règne pas par sa présence, Il règne par son absence et c’est l’enfer. C’est un peu paraphraser ce que disait le grand Cardinal Pie, évêque de Poitiers au XIXe siècle :
« de toute façon, Dieu règne toujours, soit par les malheurs dus à son absence, soit par les bienfaits de sa présence ».
Donnons la primauté à Dieu en tout, et d'abord dans le culte qui lui est dû ; l’Église et l'humanité ne s'en trouveront que mieux ; voilà le vrai remède. Que l'Esprit Saint ouvre les cœurs et les esprits à ses ministres sacrés pour en faire des instruments humbles et fidèles à son service.

[Abbé Philippe Toulza, fsspx - Fideliter]

SOURCE - Abbé Philippe Toulza, fsspx - Fideliter - mai-juin 2017

On ne peut ni célébrer la messe de Paul VI, ni y assister. C'est ce que pensent les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X , d'autres communautés, et de nombreux fidèles.
Cette affirmation paraît dure. Beaucoup la refusent. Soit ils prennent franchement la défense du Novus Ordo Missæ, soit, à tout le moins, ils nous disent : « Vos blâmes sur la nouvelle messe sont excessifs. La célébrer, ou y assister, n’est pas défendu. » En particulier, on entend les objections suivantes :

1. Les défauts de la messe de Paul VI sont réels : elle est donc imparfaite. Mais ils ne sont pas tels qu’on puisse la dire illégitime. En un mot, elle est moins bonne que le rit traditionnel, mais pas pour autant mauvaise.

2. Il y a des circonstances dans lesquelles la messe de Paul VI est bien dite, par exemple quand elle est célébrée en latin, dos au peuple, par un prêtre pieux et sérieux, avec la première Prière eucharistique. Dans ces cas, y assister (ou la célébrer) n’est pas interdit, et même au contraire.

3. La messe selon le rit de Paul VI a été dite chaque jour par les papes Paul VI, Jean- Paul II et Benoît XVI ; par les cardinaux Burke et Sarah. Soeur Lucie, qui a vu la sainte Vierge, y a assisté, et de nombreux saints religieux et saintes religieuses. Il n’est du coup pas raisonnable de soutenir qu’on ne peut ni la célébrer ni y assister !

4. En promulguant ce rit de la messe, le pape Paul VI a fait, pour l’Église, une loi de la célébrer et d’y assister selon ce rit ; cette loi oblige. Or, le pape ne peut pas se tromper quand il promulgue une loi pour l’Église entière : en effet, il est alors infaillible. Donc, la messe de Paul VI est bonne.

Avant de répondre à chacune de ces objections, expliquons pourquoi nous considérons qu’on ne peut ni célébrer, ni assister activement à la messe de Paul VI, que ce soit le dimanche ou en semaine. La raison de fond peut être résumée ainsi :
(A) On ne peut pas célébrer la messe selon un rit non catholique, ni y assister.
(B) Or la messe de Paul VI est un rit non catholique.
(C) Donc on ne peut pas célébrer la messe de Paul VI, ni y assister.
La première considération (A) rappelle simplement qu’il n’est pas licite de participer à un rit non catholique (canon 1258). Par exemple, si l’on se trouve le dimanche dans un pays où il n’y a pas de messe catholique, il n’est pas pour autant permis d’aller prier à une messe orthodoxe, ou a fortiori dans le cadre d’un culte protestant.

La deuxième affirmation (B) est plus abrupte. On la prouve ainsi : tout rit de la messe qui, bien qu’ayant été approuvé par le Saint-Siège, est à la fois indigne du culte divin et de la réitération sacramentelle du sacrifice de la Croix, et qui est davantage né­faste que profitable à ceux qui le célèbrent ou y assistent, est un rit non catholique. Or le rit de Paul VI, bien qu’il ait été approuvé par le Saint-Siège, est indigne du culte et de la représentation sacramentelle du Calvaire, et davantage néfaste que profitable aux âmes. Par conséquent, il ne mérite pas l’appellation de catholique.

Mais comment, précisément, parvient-on à la conviction de cette indignité et de ce danger pour les âmes qu’il représente ? Par les arguments qui ont été exposés dans diverses études (livres et revues), et dont la plupart sont rappelés dans ce dossier.

Notons qu’on ne peut pas dire que cette messe soit invalide en soi (bien qu’elle puisse l’être ici et là). Elle est une vraie messe, parce que la matière du sacrement (pain et vin) et les paroles prononcées sur cette matière (Ceci est mon corps...) sont celles que Jésus-Christ a instituées. Le coeur (la substance) de la messe, à savoir la consécration, n’est donc, de soi, pas absent de ce rit. Toutefois, ce n’est pas une messe catholique, ce qui la rend illicite. Car ce qui entoure le coeur de la messe n’est pas digne du culte catholique et constitue plus un danger qu’un profit pour les âmes.

En outre, les défauts de ce rit sont plus souvent des manques (par exemple la raréfaction du rappel du sacrifice) que des affirmations frisant l’hérésie ou des gestes irrévérencieux. Chacun de ces défauts (par exemple la réduction du nombre de génuflexions, la participation mal comprise des fidèles) ne suffit pas à se détourner de la messe de Paul VI. Mais c’est l’ensemble, l’ordre général (plus exactement le désordre, appelé en théologie privation), le tout composé de ces divers manquements qui mène, hélas, à juger qu’elle « s’éloigne, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique du sacrifice de la messe ». Il y a du sacré ici et là dans ce rit, mais pas suffisamment pour faire que l’ensemble soit sacré ; il y a des prières et des gestes qui conviennent au sacrifice rédempteur, mais pas suffisamment pour que le rit soit digne du sacrifice ; il y a des bienfaits à en attendre pour la piété des fidèles, mais ce rit est plus propice à leur faire du mal que du bien. Du reste, l’état des croyances et de la piété chez les catholiques aujourd’hui, est un indice de tout cela.

Il reste à répondre aux objections présentées plus haut.

1. Une fois que l’on a constaté l’ensemble des défauts de cette messe, faut-il en conclure qu’elle est seulement imparfaite, ou plutôt qu’elle est illicite ? À ce stade il y a une appréciation à poser. La vérité, c’est que les défauts sont tels qu’ils la rendent illi­cite. Toutefois, du fait qu’elle vient du pape lui-même, et qu’elle est célébrée partout depuis des dizaines d’années, il n’y a rien d’étonnant à ce que beaucoup de catholiques hésitent à se ranger à cette appréciation. Ce sont donc d’abord l’autorité de Rome et l’habitude d’as­sister à cette messe qui empêchent de nom­breux catholiques de juger ce rit comme il faut. De ce fait, il serait absurde d’être rigou­reux envers ceux qui ne partagent pas le point de vue de la Fraternité.

2. Le fait que cette messe puisse être dite tantôt « sérieusement », tantôt cahin-caha, est déjà un grave défaut. Quoi qu’il en soit, même célébrée par un prêtre fervent, cette messe garde ses difformités intrinsèques. Il y a dans ce cas une disproportion entre la qualité du célébrant et le rit qu’il célèbre, comme une mauvaise pièce de théâtre que jouerait un bon acteur.

3. Il est étonnant et à peine croyable qu’un rit pas vraiment catholique soit célébré par les papes, les évêques, et que de saintes per­sonnes y assistent, c’est vrai. Mais rien, dans la constitution de l’Église, ne garantit que ce soit impossible. Du reste, il est aussi étonnant, et à peine croyable, que dans l’Église il y ait eu Dignitatis humanæ, les réunions d’Assise et Amoris lætitia, qui sont des faits.

4. Le pape, lorsqu’il promulgue une loi liturgique pour l’Église universelle, est infaillible. Or la promulgation de cette messe a les apparences d’une loi liturgique pour l’Église. Cette quatrième objection est donc sérieuse. On y a répondu, à la suite du canoniste l’abbé Raymond Dulac, que malgré les apparences il n’y a pas eu de véritable promulgation. Certains (l’abbé Anthony Cekada, par exemple) ont tenté de réfuter l’argumentation de l’abbé Dulac, en soutenant que Paul VI a voulu vraiment obliger les prêtres à célébrer selon le nouveau rit, ce qui revenait à interdire le rit traditionnel. Mais leur réfutation a pris du plomb dans l’aile depuis le motu proprio Summorum pontificum, puisque Benoît XVI y a confirmé que Paul VI n’avait jamais interdit le rit traditionnel.

Abbé Philippe Toulza, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

24 juillet 2017

[Mgr Fellay - FSSPX Actualités] A la messe, Jésus-Christ et le prêtre sont un seul (sermon)

SOURCE - Mgr Fellay - FSSPX Actualités - 8 juillet 2017

Extraits du sermon de Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, lors de la première messe de l’abbé Ian Palko, le 8 juillet 2017, ordonné prêtre la veille, au séminaire Saint-Thomas d’Aquin à Dillwyn, en Virginie (Etats-Unis).

(A l’occasion de cette cérémonie) je parlerai des fruits de la messe, de ses effets, de ce qui se passe, de ce pour quoi le prêtre est consacré.
Adoration
La messe est avant tout un acte d’adoration. C’est notre premier devoir en tant que créatures. Notre tout premier devoir envers Dieu, c’est de l’adorer. C’est le premier commandement : « Tu adoreras Dieu seul ». Cet acte d’adoration signifie que nous reconnaissons la totale souveraineté de Dieu sur nous. Non seulement nous la reconnaissons, mais nous nous y soumettons. Cependant en tant qu’êtres humains, en tant que créatures, notre adoration sera toujours limitée par nos facultés, car nous sommes nous-mêmes limités. Nous pouvons offrir le meilleur de nous-mêmes, mais ce sera toujours limité.

La seule adoration illimitée, provenant de la seule personne qui ne soit pas limitée, c’est l’adoration de Notre-Seigneur Jésus-Christ, parce qu’il est Dieu, parce qu’il est infini dans sa divinité. L’adoration qu’il rend à Dieu avec son âme et son corps est infinie. A la messe, en ce moment unique, il y a un acte infini d’adoration qui, de l’autel, s’élève tout droit vers le ciel, au-delà de l’espace et du temps, directement vers Dieu. Cet acte est réellement proportionné à l’adoration due à Dieu : rien ne limite, ne réduit, ne restreint cet acte infini. A la messe donc, cher ami, vous êtes face à l’infini, face à cette adoration infinie. En assistant à la messe – grâce et par le prêtre –, nous pouvons vraiment rendre à Dieu un acte d’adoration qui Lui convienne pleinement.
Action de grâce
Il en est de même avec l’action de grâce ; c’est le second fruit. Chaque messe est une action de grâce. Nous devons remercier ; nous y sommes obligés en tant que créatures, car nous avons tout reçu de Dieu, absolument tout. C’est pourquoi nous devons remercier ; c’est juste. Nous devons exprimer notre gratitude. En théologie, on sait que la justice signifie que nous devons donner en retour de ce qu’on a reçu, à égalité stricte. Si nous recevons un don, nous devons donner en retour. Si l’on veut acheter un pain, par exemple, on doit le payer ; c’est justice.

Mais on voit qu’il y a une partie dans la justice où l’on ne peut jamais rendre à égalité ce que l’on a reçu. Nous avons reçu de certaines personnes, de notre patrie, de nos parents, certains biens que nous ne serons jamais capables de payer en retour, à égalité. Et cette partie de la justice qui est la plus noble, cette impossibilité de payer totalement en retour : c’est la vertu de religion, notre relation à Dieu. Nous lui devons infiniment, parce que de lui nous avons tout reçu. C’est Dieu lui-même qui l’a dit : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » (1Co 4,7) Tout ce qui est bon en nous, nous l’avons reçu de Dieu. Et notre devoir de reconnaissance est à ce même niveau, mais jamais nous ne serons capables de remercier comme nous le devons. Jamais ! A la messe cependant, nous le pouvons : l’action de grâce de Notre Seigneur, adressée de l’autel directement à Dieu, n’a pas de limites, elle est infinie.
Satisfaction pour nos péchés
Le troisième fruit est la satisfaction, la réparation pour nos péchés. Il est vrai que la satisfaction que Notre Seigneur réalise sur la Croix est infinie, bien entendu, mais le bénéfice, le pardon dépend de nous. Jusqu’à quel point recevrons-nous le pardon de Dieu, comment recevrons cette assurance de Dieu qui nous dit : « je te pardonne ; tes péchés n’existent plus » ?

Tous les sacrements viennent de l’autel. Le baptême satisfait de manière parfaite. Nous le savons, il ne supprime pas seulement le péché originel. Le baptême pour un adulte supprime tous les péchés de sa vie passée, ils ne sont pas seulement pardonnés, mais supprimés comme s’ils n’avaient jamais existé. C’est pourquoi ce baptisé n’est pas tenu à réparer ses péchés : un adulte, mourant juste après son baptême, va tout droit au ciel parce qu’il n’a pas de péché à réparer. Telle est l’efficacité non seulement du baptême, mais de la messe ; car toute l’efficacité des sacrements vient de la messe. Les sacrements sont comme des tuyaux, des canaux qui déversent sur nous depuis l’autel, la grâce dont la fontaine est ici. C’est la messe ! Et notre grand et saint théologien, saint Thomas d’Aquin, enseigne que nous recevons le fruit de la réparation selon le degré de notre dévotion.

Ainsi donc, quand nous venons à la messe, si nous préparons notre messe, si nous préparons notre âme pour la messe, nous recevrons davantage. Cela ne fait aucun doute. C’est pourquoi Pie XII disait que la meilleure manière d’assister à la messe, c’est de l’embrasser tout entière, c’est-à-dire de faire siens non seulement les sentiments, mais les pensées, l’intention, les désirs qui animaient le Cœur de Notre Seigneur quand il montait au Calvaire. Plus on s’unit à Notre Seigneur sur le chemin du Calvaire, plus on se prépare à assister à la messe, plus on est uni avec le Seigneur dans son action, dans sa satisfaction pour les péchés. Nous savons que le péché a détruit le plan de Dieu, le plan initial de Dieu pour nous. Le péché a fermé les portes du ciel, nous a rendu ennemis de Dieu, nous a dépouillé de la grâce, de la vie divine en nous. C’est ainsi que nous naissons sur terre. Et il était impossible à l’homme de réparer. L’homme n’aurait jamais pu, même avec la meilleure volonté, réparer le dommage causé. Il était nécessaire qu’une personne infinie, d’une valeur et dignité infinies, réalise cette réparation. Seul Notre Seigneur pouvait le faire ; et il l’a fait, il a réparé pour nous. La Sainte Ecriture est très claire : « Il a porté nos péchés en son corps sur le bois » (1P 2,24). Sur la Croix, – le réalisons-nous assez ? –, il reçoit toute la colère de Dieu contre le péché, celle qui nous était méritée pour nos péchés. Il la prend sur lui. Ce qui se passe dans son âme à cet instant est indescriptible. Lui, l’innocence même, il prend sur lui, à ce moment-là, nos péchés comme s’il en était coupable. Et en assumant cette culpabilité, il la détruit par sa mort sur la Croix ; voilà ce qu’il a fait pour nous!
Prière
Enfin le quatrième fruit de la messe qui est aussi illimité, c’est la prière. Notre Seigneur prie. Sa prière en soi est infaillible. Tout ce que le Fils demande au Père, il l’obtient. Bien sûr ! Le contraire est impossible. Et à l’autel, cher ami, il est tellement uni à vous que tous vos ennuis, vos soucis, vraiment tous vos besoins, il les prend et les fait siens ; non pas seulement le péché, mais tout le reste. Il vous aime : il partage vos inquiétudes, vos soucis. Il prend tout et le porte à l’autel. Je dis Jésus, mais quand je dis Jésus, je dis le prêtre. Comprenons bien, ne faisons pas de distinction ici. Ils sont un : Jésus et le prêtre ! Même en prenant un couteau, il serait impossible de couper et de les séparer, car ils sont un. Il prend donc tout ce dont on se soucie.

Où est donc la limite ici, si sa prière est infinie ? Nous l’expérimentons pourtant tous les jours : nos demandes ne sont pas toutes exaucées : quelques-unes le sont, d’autres ne le sont pas. D’où vient donc la limite ? Non pas du côté de Dieu, quoique dans un certain sens on peut dire que oui. Regardez ce qui se passe dans le cas d’un petit enfant qui demanderait à un adulte une chose qui serait considérée comme péché. Est-ce que cet adulte, avec tout l’amour qu’il a pour l’enfant, va la lui donner ? Bien sûr que non, parce qu’il sait que cela lui causerait du mal. Ou s’il s’agit de quelque chose pour lequel l’enfant n’est pas prêt ; il ne lui sera pas donné maintenant ou de la façon réclamée. Il recevra quelque chose, mais non pas exactement ce qui était demandé. Telle peut être la limitation posée par Dieu à nos prières. C’est précisément pourquoi, il importe de notre côté, autant que nous le pouvons, de correspondre à la volonté de Dieu. Plus nous y correspondons, plus nous obtenons ce que nous demandons. Si nous demandons des choses mauvaises, il ne nous les donnera pas, parce qu’elles nous feraient du mal. Quelquefois nous nous trouvons en face d’un grave dilemme.

Le Seigneur apparut un jour à sainte Gertrude qui le suppliait de guérir l’une de ses chères amies. Il lui dit combien il était partagé : « Vois-tu, tu me demandes de délivrer ton amie de sa maladie. Et pourtant, grâce à cette maladie, elle a fait de tels progrès dans la vertu, dans l’amour de Dieu. Que ferai-je donc ? La délivrer ? La priver d’autres progrès ? » C’est ce que sainte Thérèse de l’Enfant Jésus avait compris à la fin de sa vie. Elle avait vu que tout ce qu’elle demandait, elle l’obtenait. Bientôt elle arrêta ses requêtes, pensant : « si je demande ce que je ne devrais pas et l’obtiens, ce n’est pas une bonne solution ». Alors elle se contenta de laisser les choses entre les mains de Dieu.

Nous voyons qu’il y a ici quelques limitations posées à notre prière. Attention, cela ne veut pas dire que Dieu n’écoute pas ! Bien sûr qu’il nous écoute et qu’il donne ; non pas ce que nous voulons, mais ce dont nous avons besoin. Une prière sans réponse n’existe pas, mais nous ne recevons pas nécessairement ce que nous désirons ou ce qui nous paraît bon.

Comprenons bien que la prière la plus efficace qui puisse jamais être offerte à Dieu, c’est à la messe qu’elle s’exprime, grâce et par le prêtre.
Titre et intertitres de la rédaction. Pour conserver aux extraits de ce sermon leur caractère propre, le style oral a été maintenu.