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Actualité(s) du Traditionalisme Catholique

27 juin 2017

[Peregrinus - Le Forum Catholique] Révolution française et traditionalisme (IV) : Des "ministres sans mission et sans pouvoirs"

SOURCE - Le Forum Catholique - 27 juin 2017

Dans la partie précédente, je me suis attaché à rappeler les principaux motifs qui ont déterminé l’épiscopat français à refuser la Constitution civile du clergé : celle-ci, émanée d’une puissance temporelle incompétente, méprise la juridiction du pape et des évêques.
     
C’est sur la base des mêmes arguments que les évêques et le clergé fidèle condamnent le clergé constitutionnel, c’est-à-dire les prêtres qui pour conserver leurs places acceptent de prêter le serment prescrit par le décret du 27 novembre 1790. Par ce serment, le prêtre promet d’être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi, ce qui, on y reviendra, ne pose aucun problème particulier, mais aussi de « maintenir de tout [son] pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et acceptée par le Roi ». Or la Constitution, alors en cours d’élaboration, doit comprendre la Constitution civile du clergé, ce qui rend la formule du serment inacceptable.

Aux prêtres constitutionnels, ou assermentés, il est donc logiquement reproché d’adhérer de fait à une organisation ecclésiastique contraire aux principes catholiques sur la juridiction et l’autorité spirituelle. Ce reproche n’est cependant pas le seul. Au problème doctrinal s’ajoute en effet celui de la communion ecclésiastique : après avoir, à seulement quatre exceptions près (1), refusé de faire le serment prescrit, les évêques sont déposés par l’autorité temporelle. On procède donc à l’élection de nouveaux évêques (2), qui occupent des sièges épiscopaux déclarés vacants par l’Assemblée Nationale, mais non par l’Eglise, qui les juge toujours régulièrement occupés par leurs titulaires d’Ancien Régime. Les évêques jureurs n’ont donc pas seulement adhéré à une Constitution dont la condamnation par Rome est connue à partir de mars 1791, mais se sont rendus coupables d’intrusion : ils ne sont pas entrés par la porte des brebis, mais usurpent une juridiction que l’Eglise ne leur a pas donnée. 

Le bref adressé en février 1791 par Pie VI au cardinal de Brienne, archevêque jureur de Sens, témoigne de l’importance accordée à ce problème fondamental : à Brienne, pourtant archevêque régulièrement institué de Sens, le pape reproche principalement non d’avoir adhéré à une « Révolution anti-Dieu et anti-Roi », comme le lui reprocherait le Petit Eudiste, mais d’une part d’avoir consenti à la destruction de son chapitre et donc de la juridiction que celui-ci tenait directement de l’Eglise romaine, et d’autre part d’avoir accepté la réforme de la carte ecclésiastique, ce qui le conduit à exercer illégitimement sa juridiction sur des paroisses d’un autre diocèse, où il se conduit donc en intrus (3). 

Le clergé constitutionnel est donc intrus ou du moins en communion avec des intrus, il prétend exercer une juridiction qu’il ne possède pas. On peut lire à cet égard l’énumération par le chapitre cathédral de Saint-Brieuc des maux qui résulteront de la nouvelle organisation ecclésiastique :
Ouverture du schisme ; évêques intrus ; tous leurs actes de juridiction frappés de nullité ; toute juridiction épiscopale, le siège vacant, suspendue par la dispersion des capitulants ou usurpée par des individus sans titres et sans droits ; ministres institués ou approuvés dans ces sortes de circonstances, tous sans mission et sans pouvoirs ; absolutions nulles ; sacrements abandonnés ou profanés ; danger pour le salut des fidèles etc. (4).
C’est bien sur l’usurpation des juridictions épiscopale et capitulaire qu’insistent les chanoines. La conséquence en est que les constitutionnels exercent le ministère « sans mission et sans pouvoirs » et ne peuvent absoudre validement faute d’approbation par l’évêque légitime. Il n’est sans doute pas sans intérêt de noter que la question des mariages ne tarde pas à se poser : les mariages célébrés devant le clergé constitutionnel sont souvent jugés nuls par le clergé réfractaire pour défaut de forme canonique. 

On le voit, plusieurs comparaisons pourraient être faites avec les questions qui agitent le monde traditionaliste d’aujourd’hui. Mais alors que les traditionalistes, particulièrement ceux qui adoptent les positions les plus dures, se voient volontiers en héritiers et continuateurs des réfractaires d’hier, les questions se posent en réalité à front renversé. S’il existe aujourd’hui un clergé exerçant le ministère « sans titres et sans droits », ce n’est pas le clergé diocésain ni le clergé Ecclesia Dei. L’absurdité historique du jugement assimilant les prêtres des instituts Ecclesia Dei ou les « ralliéristes » de la FSSPX aux prêtres jureurs (6), devient ici particulièrement criante. Quels que soient les reproches que l’on peut faire à ces instituts, on doit reconnaître, à moins de considérer le pape et les évêques comme des intrus, ce qui n’était certainement pas la pensée de Mgr Lefebvre, qu’une telle assimilation ne tient pas : on pourrait presque s’étonner qu’elle n’ait jamais été retournée à ceux qui y recourent le plus facilement, et, il faut le dire, avec le plus de légèreté. 

Un usage aussi manifestement abusif de l’histoire peut certes s’expliquer tout d’abord par une ignorance excusable ; mais cette ignorance semble procéder elle-même d’un certain désintérêt pour les faits : la Révolution étant considérée, comme on l’a vu, comme une sorte de monstre métaphysique et moral, foncièrement anhistorique et intemporel, les motivations, les raisons alléguées par les uns ou les autres, y compris par ceux dont on se réclame, n’ont finalement pas grande importance : seul compte le refus, nécessairement catégorique et intégral, de tout compromis avec la Révolution éternelle et par suite avec les différents visages qu’elle a pu prendre dans le temps. 
Les raisons des uns et des autres étaient pourtant, on le voit, essentiellement théologiques et canoniques. 

On a vu dans cette partie les raisons qu’a alléguées à juste titre le clergé fidèle dans son refus des réformes de la Constituante. C’est aux raisons qu’ont tenté de leur opposer le clergé constitutionnel que sera consacrée la prochaine partie. 

(A suivre)

Peregrinus
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(1) Sept évêques d’Ancien Régime ont accepté le serment, mais l’on ne compte parmi eux que quatre évêques titulaires : Loménie de Brienne, cardinal-archevêque de Sens, Talleyrand, évêque d’Autun, Lafont de Savines, évêque de Viviers, et Jarente d’Orgeval, évêque d’Orléans. 
(2) Il faut noter d’ailleurs que la mise en place de la hiérarchie constitutionnelle ne s’est pas effectuée sans mal. « Nous jurons, mais nous ne sacrons pas » : telle est par exemple la position de Mgr de Jarente, imité par le cardinal de Brienne. Sacrer des évêques auxquels le pape n’avait pas donné l’institution canonique n’allait pas de soi, même pour ces deux prélats qui avaient accepté le serment. Les premiers sacres sont donc célébrés par Gobel, évêque in partibus de Lydda, élu au siège métropolitain de Paris, et par Talleyrand, qui avait alors déjà annoncé son intention de renoncer à toute fonction ecclésiastique. Au-delà du problème des sacres, les dispositions de la Constitution civile du clergé prévoyant l’institution du nouvel évêque par le métropolitain n’ont pas même pu être respectées lors de l’établissement au printemps 1791 de la nouvelle hiérarchie constitutionnelle.
(3) « Vous ne pouviez pas imprimer un plus grand déshonneur à la pourpre romaine qu’en prêtant le serment civique et en l’exécutant, soit par la destruction de l’ancien et vénérable Chapitre de votre Eglise, soit par l’usurpation d’un diocèse étranger » (Bref du 23 février 1791, cité par Joseph Perrin, Le cardinal de Loménie de Brienne. Ses dernières années – Episodes de la Révolution, Imprimerie de Paul Duchemin, Sens, 1896, p. 61).
(4) Archives Nationales, D/XXIXbis/25, Extrait du registre de délibérations du Chapitre de l’église cathédrale de Saint-Brieuc, 9 novembre 1790. Par commodité, orthographe et ponctuation ont été modernisées dans cette citation. 
(5) Voir l’article « Si tu connaissais le don de Dieu ! », du blogue Catholique réfractaire, 4 juillet 2012. On a vu dans les parties précédentes que M. l’abbé Pivert s’est aussi livré à ce type d’analogies. Une telle comparaison apparaît également en filigrane dans plusieurs articles publiés récemment par le blogue Reconquista, lié à la mouvance « résistante » : ainsi un article du 21 juin 2017 désigne-t-il à deux reprises les « résistants » comme les « prêtres et les fidèles réfractaires », tandis qu’un article du 23 juin suivant (« Il nous faut des prêtres fidèles et résistants ! ») choisit pour illustration une représentation du XIXe siècle de la célébration d’une messe « en chambre » par un prêtre insermenté. 
(6) On y reviendra, le Petit Eudiste de mars 2017 recourt quant à lui à une grille d’équivalences légèrement différente.

25 juin 2017

[Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou] Le calme des vieilles troupes

SOURCE - Le Seignadou - juillet 2017


Je vais encore parler un peu de moi, mais rassurez-vous, ce sera la dernière fois. En effet, des « amis » disent que j’ai vieilli ! Il est bien vrai que mon âge a doublé depuis mon ordination ! Mais comme nous vieillissons tous d’un pas égal, je ne vois pas l’intérêt de s’y arrêter ! Je pourrais peut-être prendre cela comme un compliment, car le vin se bonifie avec l’âge… mais je ne crois pas que telle soit la pensée de ces amis, et je pense plutôt qu’on estime que j’ai perdu de ma première vigueur : je ne dis plus ce que je disais autrefois, je me suis ramolli, mon discours est devenu différent ! Cela serait donc une bonne nouvelle : je ne répète pas toujours la même chose, et donc je ne radote pas ! Mais alors, ai-je vieilli ?

En fait, je crois que le reproche sous-jacent est le même que celui qui est fait parfois à Mgr Fellay, qui se serait ramolli parce qu’il ne passe pas son temps à redire ce qu’il a déjà dit, et à condamner tout ce qui est condamnable ! On le dit même isolé ou minoritaire ! Il s’en est expliqué lui-même, et j’ajouterai simplement qu’il est normal qu’il n’intervienne pas toujours lui-même, soit parce que des cardinaux l’ont fait, soit parce nos théologiens le font suffisamment. Je pense, entre autres, à l’excellent article de M. l’abbé Gleize « pour une entente doctrinale », et au texte plus récent : La Lettre sur les mariages : éclaircissements et mises au point. En outre, il n’est pas nécessaire d’être saint-cyrien pour s’apercevoir que, depuis 2000, la situation n’est plus la même : l’Eglise demeure « semper idem », mais les papes passent et passeront encore, les personnes sont différentes, et il n’est pas possible de traiter avec le pape François comme avec Jean-Paul II, ni avec le cardinal Müller comme avec le cardinal Ratzinger. Cela est tellement évident que je ne sais pas pourquoi je perds mon temps à le signaler !

Mais aucun d’entre nous ne peut attendre de Mgr Fellay qu’il enseigne, encourage ou donne l’exemple de l’insubordination. Pas plus que Mgr Lefebvre qui, au plus fort de ses contestations proclamait toujours sa fidélité à Rome et son refus de rompre, quel que soit le pape et quels que soient ses agissements, quel que soit le véritable maître de cette pensée moderniste qui a pénétré jusqu’aux viscères de l’Eglise… Nul d’entre nous ne peut attendre de Mgr Fellay qu’il ne respecte pas la primauté de Pierre, même si, d’évidence, Pierre ne marche pas droit selon la vérité de l’Evangile (Galates II, 14).

Quant à moi, j’ai tout dit et écrit quand j’étais en poste d’autorité, et il suffit de s’y reporter pour connaître ma pensée sur Jean XXIII ou le Concile, sur Jean-Paul II, le nouveau catéchisme, Assise et autres nouveautés conciliaires. Les articles, études, interventions que j’ai publiés sont assez nombreux et à la disposition de tous, et, sur ces questions, je n’ai pas changé. Je ne retire rien de tout cela mais, n’étant plus en situation d’autorité, je laisse parler à présent ceux dont c’est la fonction.

Mais là n’est pas le plus important. Je relisais ces jours-ci la brochure réalisée par sa famille sur l’admirable capitaine Jean Botet de Lacaze, mort au champ d’honneur le 3 mai 1917. Après le désastre de l’opération Nivelle, il cherchait à remonter le moral de son entourage : « Pourquoi vouloir jouer aux stratèges ? Nous sommes des exécutants. Les états-majors ont sans doute des conceptions qu'ils n'ont pas à répandre dans la troupe. C'est leur métier de penser. Le nôtre est de maintenir notre estomac en bon état, de cultiver quelques idées générales. Avec ce bagage, on fait honnêtement la guerre. Car, avant tout, il faut faire la guerre, sans quoi, il était vainement cruel de plonger nos familles dans l'inquiétude. Mais, pour bien faire la guerre, il faut d'abord croire à la victoire même au mépris de la vraisemblance. Si ce n’est pas nous qui en cueillons les lauriers, cela n'a d'importance que relative ... Le pays ne fait pas la guerre pour que nous nous en amusions; ... mais pour qu'il puisse mener cette guerre, il faut que nous la fassions avec une foi qui est à la base des actions fructueuses et, aussi, un acte d'humilité préalable en faisant litière de nos raisonnements et autres prévisions tactiques d'exécutants. Notre devoir est de nourrir nos chevaux et de mettre au point notre équilibre physique. »

L’analogie est claire, et il est facile de transposer ces réflexions à la situation dans laquelle nous nous trouvons. Pour poursuivre l’analogie, que dirait-on d’un capitaine qui proclamerait à ses troupes qu’il a un plan de manœuvre personnel génial, meilleur que celui du général ? Et que dirait-on encore s’il le faisait de telle sorte que l’adversaire apprenne ce désaccord, et sache que le front n’est pas uni ? Même si son plan était meilleur, il aurait gravement mis en péril l’union des cœurs nécessaire à ceux qui mènent le même combat, et donné des armes à ses adversaires. Il mériterait tout simplement d’être passé par les armes !

En outre, je ne sais pas qui lance sans cesse ces fausses nouvelles sur l’imminence d’un accord, et annonce même des dates, etc.… Voilà des années que cela se produit, et à chaque fois, certains tombent dans le panneau et les réactions créent confusion et troubles ! C’est la vieille tactique : Diviser pour régner. Saint Jean nous dit que le propre de l'Antéchrist est de chercher à scinder Jésus: Omnis spiritus qui solvit Jesum, est antichristus (1 Joan., IV, 3). Scinder Jésus, c'est briser le lien qui unit les membres de son Corps mystique. C'est le travail de l'esprit d'erreur.

Mais, me direz-vous, Mgr Lefebvre critiquait bien l’autorité publiquement ! Certes mais avez-vous observé qu’après son action au Concile, il a commencé par agir en silence, pour donner à l’Eglise l’arme capable de répondre aux erreurs en fondant la Fraternité ; et ce n’est que dix années après la fin du Concile qu’on a commencé à parler de lui : il n’a parlé publiquement qu’après avoir été lui-même pris à partie et attaqué publiquement par Rome et par les évêques français, en 1975-1976. L’initiative du débat public a été le fait des autorités romaines, et puis, il me semble que l’enjeu était différent. Il est trop facile de se parer d’une fidélité à Mgr Lefebvre pour faire ce qu’il n’a jamais fait. N’est pas Mgr Lefebvre qui veut !

Enfin, je vous avoue que, dans la confusion actuelle, je ne suis pas impressionné par les contestations, moins importantes qu’il paraît, et je sais que Mgr Fellay est moins minoritaire que ne le disent les contestataires de tout poil. Mais je suis plutôt impressionné par le calme des vieilles troupes ! Oui, honneur à nos vieux « maréchaux », ceux des premières années et des premiers combats qui ont traversé toutes les bourrasques et demeurent les témoins fidèles de la vigueur des grâces initiales ! Je voudrais les citer tous – je pense à ceux qui m’ont précédé au séminaire, qui sont prés d’une trentaine, – car ils oeuvrent dans le silence sans prétendre donner des leçons à nos supérieurs. Les crises n’ont pas manqué pourtant : 1975, 1977, sédévacantisme, 1988, 2004, etc. ou plus simplement et de façon continue: l’esprit d’indépendance ! La fidélité et la vigueur des vieilles troupes sont peut-être un des arguments les plus convaincants pour calmer les craintes des jeunes générations ! Cela m’impressionne beaucoup plus que le bruit qui se fait autour de quelques résistants, déclarés ou non.

Que n’entendons-nous pas comme stupidités ? La plus grosse est peut-être celle que j’ai entendue l’autre jour dans la bouche  d’un ecclésiastique (ancien de chez nous !), à savoir que les prêtres de la Fraternité se répartissent entre résistants et accordistes ! Ce bon abbé est devenu champion dans l’art de la dialectique ! Quoiqu’il en dise, il y a tout simplement une majorité de prêtres ni accordistes ni résistants, qui font leur travail sans bruit et font confiance à leurs supérieurs pour faire le leur.

Méditons cette sage réflexion, adaptée d’une pensée d’Ernest Hello: « L'homme est si petit qu'il se complaît en lui : mais il est si grand qu'il ne se satisfait qu'en Dieu. Le chef d'école veut être le maître : il impose son système. Le disciple de la vérité veut être serviteur : il accepte la loi qu'il n'a pas faite… Le rôle de serviteur est seul assez grand pour l'homme. Que Dieu donc nous donne des prêtres assez ambitieux pour s'oublier, assez grands pour être humbles, assez humbles pour être grands, des prêtres qui restituent aux choses leur majesté perdue ! »

Et concluons avec cette belle prière, qui sera notre bouquet spirituel : O Marie, Vierge et Mère de Jésus ; Donnez-moi de penser, de dire, et de faire, ce qui plaît le plus à Dieu et à vous-même. (Sainte Jeanne de France.)


Cela dit, je n’ose commenter la nouvelle que vous connaissez tous, car cela serait déplacé. Je ne veux dire à notre cher abbé Le Noach que notre amitié, voire notre affection sacerdotale, notre gratitude pour l’œuvre accomplie ici et notre prière chaleureuse et fervente. Quoiqu’il en dise, nous ne sommes pas près de l’oublier, quelle que soit la qualité de son successeur ! Que le Cœur Immaculé de Marie le couvre de sa tendresse maternelle pour adoucir tout ce que cette décision peut avoir de douloureux pour un cœur humain, même sacerdotal, qui a donné tout le meilleur de lui-même pendant tant d’années, et qui a été béni par tant de belles vocations qui ont germé sous sa houlette. Que Notre-Dame lui accorde, avec un repos bien mérité, un bel apostolat, fructueux et consolant !  

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Fatima Primordial – II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 24 juin 2017

A Fatima des clercs font-ils toujours la guerre ?
Satan sera vaincu comme il le fut naguère !

La semaine dernière, ce Commentaire a affirmé qu’il aurait suffi que l’Église et le monde tiennent compte du grand message que Notre Dame avait délivré aux trois enfants de Fatima en 1917 au Portugal, pour que le monde échappe au désastre matériel de la seconde guerre mondiale et que l’Église évite le désastre spirituel encore plus grand du Concile Vatican II. Mais, alors que Notre-Dame souhaitait que la troisième partie du Secret, révélé aux enfants en 1917, fût révélée au monde au plus tard en 1960, les clercs, cette année-là, ont préféré tenir caché le texte du Secret, fort probablement parce qu’il condamnait à l’avance le Concile désastreux que ces hommes d’Église appelaient pourtant de leurs vœux. Depuis, les mêmes responsables Conciliaires n’ont cessé de faire la guerre à Fatima, afin d’échapper à la condamnation que porte le Secret.

Cependant, les fidèles catholiques qui connaissaient l’existence du « Troisième Secret », voulaient savoir en quoi il consistait. Au cours des 40 années qui suivirent, certains détails de son contenu ont été divulgués ici et là ; mais les travaux du père Nicholas Gruner furent la principale cause de la montée en pression pour qu’on en fît la publication. C’est pourquoi, en 2000, les ecclésiastiques de Rome en charge de la question firent un effort tout particulier pour enterrer Fatima une fois pour toutes. En tant que chef de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le Cardinal Ratzinger publia un texte qu’il prétendit être le Troisième Secret. Hélas pour lui, les experts de Fatima ont immédiatement repéré de sérieuses divergences entre le texte du cardinal et ce que l’on savait déjà du véritable Troisième Secret dont on attendait la publication depuis 1960. Ils soupçonnèrent ainsi que le véritable Troisième Secret était encore enfermé à l’intérieur du Vatican.

Un fait est venu par la suite étayer ces soupçons. En effet, lors de cette même année 2000, le Cardinal lui-même a fait au Dr Ingo Dollinger, un de ses amis personnels (et saint prêtre) l’aveu suivant : « Ce que nous avons publié n’était pas le secret dans son entier. Nous avons agi sur ordre”. Le Dr Dollinger mettra à profit les années suivantes pour raconter à de nombreux prêtres, séminaristes et laïcs, l’aveu que lui avait fait le Cardinal. Il y a peu, le Docteur confirmait encore cette histoire, et le 16 mai 2016, il est même allé jusqu’à donner l’autorisation d’en faire état publiquement. Mais la vérité sur le Troisième Secret n’avait pas le droit d’être proclamée. Cf. sur internet le lien : onepeterfive.​com/​confirmation-father-dollingers-claim-cardinal-ratzinger-fatima. Peu de jours après (21 mai), le Vatican publiait un communiqué de presse selon lequel Benoît XVI, l’ancien cardinal Ratzinger, affirmait qu’il n’avait jamais parlé de Fatima au docteur Dollinger, et que le Troisième Secret avait bien été rendu public dans son entier ! A l’évidence, la Rome conciliaire ne reculera devant rien pour étouffer Fatima, mais Fatima ne se laissera pas étouffer.

Allez par Internet sur : onepeterfive.​com/​chief-exorcist-father-amorth-padre-pio-knew-the-third-secret. Vous pourrez voir le détail d’une interview donnée en 2011 par le célèbre exorciste de Rome (mais non Conciliaire), le père Gabriel Amorth. Il voulait que son interview ne soit publiée qu’après sa mort, et il est mort l’année dernière. Le père Amorth a connu Padre Pio pendant 26 ans. L’intervieweur demanda au père Amorth si, dans une conversation tenue avec Padre Pio vers 1960, celui-ci lui aurait dit que le Troisième Secret concernait la perte de foi dans l’Eglise. Padre Pio répondit, très peiné : « Vous savez, Gabriele ! Satan s’est introduit dans le sein de l’Église et, dans très peu de temps, il gouvernera une fausse Église “.

Plus récemment encore, c’est au tour du courageux Cardinal Burke d’entrer dans la mêlée au nom de Notre-Dame de Fatima. Il est l’un des quatre cardinaux qui, au début de l’année, ont formulé de sérieuses objections contre Amoris Laetitia, le document papal sur le mariage et la famille. Le 19 mai dernier, à Rome, lors d’une réunion du Forum de la Vie, il a appelé les catholiques à « travailler pour la Consécration de la Russie au Cœur Immaculée de Marie ». Il a admis que Jean-Paul II, en 1984, avait fait une consécration du monde. Mais “une fois encore, nous entendons l’appel de Notre-Dame de Fatima à consacrer la Russie à son Cœur Immaculé, conformément à ses instructions explicites”. Le Cardinal a parfaitement raison. Fasse le Ciel que, lui au moins, ne soit jamais contraint de ravaler ses paroles !

Kyrie eleison.

24 juin 2017

[Le Salon Beige] L’abbé Émeric Baudot, nommé à Saint-Nicolas du Chardonnet

SOURCE - Le Salon Beige - 24 juin 2017
La Fraternité Saint-Pie X vient de nommer l’abbé Émeric Baudot à Saint-Nicolas du Chardonnet. Âgé de 56 ans, ce prêtre originaire de Lyon, entré au début des années 1980 au séminaire d’Écône pour rejoindre Mgr Marcel Lefebvre, a été ordonné juste après les sacres épiscopaux de 1988. Desservant de la chapelle de Versailles puis directeur du collège de Sainte-Marie, près de Saint-Malo, il fut l’économe général de la Fraternité pendant douze ans, avant d’être nommé premier assistant du supérieur du district de France il y a trois ans. Il est le 5e prêtre que la Fraternité Saint-Pie X nommé à Saint-Nicolas du Chardonnet, à la suite de Mgr François Ducaud-Bourget, prêtre de l’archidiocèse de Paris qui avait investi l’église il y a quarante ans pour la restituer au rite traditionnel, aux côtés des abbés Louis Coache (prêtre du diocèse de Beauvais) et Vincent Serralda (prêtre de l’archidiocèse d’Alger).

À sa mort en 1984, Mgr Ducaud-Bourget avait sollicité l’œuvre fondée par Mgr Lefebvre pour desservir l’église du Ve arrondissement et c’est l’abbé Philippe Laguérie qui fut diligenté par ce dernier pour le remplacer. Depuis, une quarantaine de curés et de vicaires se sont succédés pour œuvrer dans ce « phare » du traditionalisme français. Seule église entièrement consacrée à la liturgie grégorienne dans le pays, elle devint progressivement la matrice de nombreux sanctuaires et chapelles qui ont permis de remettre au goût du jour le rite traditionnel, entièrement proscrit pendant les années 1970. Avec trois messes quotidiennes et cinq messes le dimanche, Saint-Nicolas du Chardonnet met à disposition en permanence un prêtre pour recevoir les fidèles.

[Peregrinus - Le Forum Catholique] Révolution française et traditionalisme (III) : Les réfractaires, d'hier à aujourd'hui

SOURCE - Le Forum Catholique - 24 juin 2017

Dans la deuxième partie de cette petite série consacrée à l’histoire religieuse de la Révolution française et au traditionalisme contemporain, je me suis efforcé de montrer que pour mieux dramatiser l’épisode décisif du serment, que l’on peut dater du début de l’année 1791, certains usages actuels de l’histoire tendaient à brouiller la chronologie et à présenter de la Révolution une vision au fond intemporelle et parfaitement anhistorique. Un tel procédé, s’il s’accorde avec la visée ouvertement prescriptive des textes dont il est question, n’aide guère à comprendre ce qui était en jeu lorsque l’application du décret du 27 novembre 1790 sur le serment a divisé le clergé français entre réfractaires (ou insermentés) et constitutionnels (ou assermentés).

On a vu que pour le Petit Eudiste, le serment constitutionnel est tout uniment une forme d’adhésion à la « Révolution anti-Dieu et anti-Roi (1) », ce qui ne laisse pas que d’être très discutable. Pour les Cahiers du Christ-Roi,
Diviser pour détruire, telle est la tactique révolutionnaire. […] La question des prêtres constitutionnels pendant la Révolution relève aussi de cette intention de réduire l’Eglise à une structure contrôlable par les agents de la Révolution pour mieux la détruire ensuite (2).
Le sens obvie d’une telle affirmation est que la Constitution civile du clergé relève d’un plan bien déterminé par les « agents de la Révolution », donc d’une forme de complot pour détruire l’Eglise. Cette affirmation, assénée avec beaucoup d’évidence, n’est pas moins discutable que la précédente, parce que comme elle, elle fait abstraction des faits et de la chronologie. 

Il n’existe en effet aujourd’hui aucun historien sérieux pour soutenir que l’intention des constituants, en adoptant le décret du 12 juillet 1790 réformant l’organisation ecclésiastique, était de détruire l’Eglise (3). Les intentions des constituants, parmi lesquels figure un quart de députés ecclésiastiques, ne sont pas anticléricales. Il s’agit, après la suppression des dîmes en août 1789 et la mise à disposition de la Nation des biens de l’Eglise en novembre suivant, d’assurer la subsistance du clergé en l’intégrant à la Nation, ce qui est accompli au moyen de sa fonctionnarisation (4). Le traitement matériel réservé aux ecclésiastiques, comme l’ont reconnu jusqu’aux historiens catholiques les moins suspects de sympathie pour les réformes de la Constituante, est alors fixé à un niveau très convenable, nettement supérieur à celui que prévoit par la suite le Concordat de 1801 (5).

Dès lors, que reprochait le clergé réfractaire à la Constitution civile du clergé ? 

Pour répondre à cette question, c’est au texte même du décret du 12 juillet 1790 qu’il faut tout d’abord revenir (6). La Constitution civile du clergé abroge unilatéralement le Concordat de Bologne, qui réglait depuis 1516 les relations entre l’Eglise et la monarchie française. Le décret du 12 juillet réforme tout d’abord la circonscription ecclésiastique, entièrement refondue sur la base des nouveaux départements (titre I, articles 1 à 5). Il interdit de recourir à une autorité placée sous la dénomination d’une puissance étrangère (article 4). Il donne une nouvelle organisation aux églises cathédrales, supprimant les chapitres (article 20) pour les remplacer par un conseil de vicaires épiscopaux (articles 9 et 14). L’élection devient la seule manière de pourvoir aux évêchés et aux cures (titre II, article 1). Une fois élu, l’évêque du département reçoit l’institution canonique du métropolitain, ou, à défaut, du plus ancien évêque de la province (article 17). Il lui est alors interdit de faire un autre serment que celui de professer la religion catholique, apostolique et romaine (article 18). Après son institution, l’évêque écrit au pape en témoignage de l’unité de foi et de communion qu’il veut entretenir avec lui (article 19). 

Le problème principal que pose la nouvelle organisation ecclésiastique se révèle rapidement celui de la juridiction ecclésiastique. Il suffit, pour s’en persuader, de lire l’Exposition des principes publiée le 30 octobre 1790 par Mgr de Boisgelin, archevêque d’Aix, la plus notable des critiques adressées par l’épiscopat français à la Constitution civile du clergé (7). A peine Mgr de Boisgelin a-t-il achevé le résumé des principales réformes qu’il rappelle les principes catholiques de la juridiction :
Il est une juridiction propre et essentielle à l’église, une juridiction que Jésus-Christ lui a donnée, qui se soutint par elle-même dans les premiers siècles, sans le secours de la puissance séculière, et qui, se contenant dans ses bornes, avoit pour objet l’enseignement de la doctrine et l’administration des sacrements (8).
A la nouvelle organisation ecclésiastique, il est tout d’abord reproché d’être émanée d’un acte unilatéral de la puissance temporelle, par elle-même incompétente en matière spirituelle. Cette incompétence résulte de l’exclusion du pape, qui n’est pas consulté préalablement à la réforme, et qui se voit dépossédé de l’institution canonique des évêques. 
Par quelle fatalité faut-il que le chef de l’église ne soit pas consulté sur des droits qui lui furent attribués par les lois, depuis deux siècles, et sur cette partie de la juridiction qu’il avoit exercée dans tous les temps, et que l’église avoit constamment maintenue (9) !
Le principal reproche que l’archevêque d’Aix qu’adresse à la Constitution civile du clergé est donc d’être un attentat à la juridiction du pape tout d’abord, puis des évêques dont les sièges sont supprimés et dont on demande donc la démission. Mgr de Boisgelin refuse une réforme qui conduirait l’épiscopat à « consacrer l’oubli des formes canoniques (10) ».

Souci de maintenir l’Eglise gallicane dans la dépendance et la communion du pontife romain, de ne pas réduire l’union avec Rome à une pure forme, de défendre la juridiction ordinaire des évêques et d’observer les formes canoniques : on le voit, on est très loin d’une « résistance » ecclésiale qui croit non seulement pouvoir, mais encore devoir se passer en toutes circonstances de toutes les formes canoniques ordinaires. La logique de l’argumentation des réfractaires de 1790, prêts à tout perdre pour n’être pas détachés de la juridiction du pape et des évêques, est rigoureusement contraire à celle d’anarcho-traditionalistes d’aujourd’hui qui se font un devoir de ne jamais s’y soumettre. Les « catholiques réfractaires » ne sont peut-être pas ceux que l’on croit.

On objectera non sans raison que les problèmes n’étaient évidemment pas les mêmes. Mais alors il faut en tirer les conséquences et faire au moins preuve de prudence et de retenue dans les usages de l’histoire et s’abstenir d’équivalences, voire d’accusations, dont on commence à voir le caractère extrêmement glissant et réversible. 

(A suivre)

Peregrinus 
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(1) Abbé Etienne de Blois, « Un vicaire silencieux », Le Petit Eudiste, n°202, mars 2017, p. 10-11.
(2) Révolution et Subversion. Cahiers du Christ-Roi, numéro hors-série, décembre 2014, p. 112.
(3) Il faut noter d’ailleurs que ceux qui voyaient dans la Constitution civile du clergé le résultat d’un complot attribuaient celui-ci non à la franc-maçonnerie, mais aux jansénistes, cf. Gérard Pelletier, Rome et la Révolution française. La théologie et la politique du Saint-Siège devant la Révolution française (1789-1799), Ecole française de Rome, Rome, 2004. L’abbé Barruel lui-même, sous le pseudonyme de Bonnaud, semble avoir vu tout d’abord dans le décret du 12 juillet 1790 l’œuvre des jansénistes et des richéristes, cf. Marcel Gauchet, « La question du jansénisme dans l’historiographie de la Révolution », dans Catherine Maire (dir.), Jansénisme et Révolution. Actes du colloque de Versailles tenu au Palais des congrès les 13 et 14 octobre 1989, Chroniques de Port-Royal, Paris, 1990, p. 17.
(4) Sur les principaux traits de la réforme, voir Timothy Tackett, La Révolution, l’Eglise, la France, Cerf, Pars, 1986.
(5) Voir par exemple Ludovic Sciout, Histoire de la Constitution civile du clergé (1790-1801). L’Eglise et l’Assemblée Constituante, t. I, Firmin Didot, Paris, 1872.
(6) On peut trouver le texte complet de la Constitution civile, ibid., p. 182-189.
(7) L’Exposition, écrit ainsi Jean-Claude Meyer, Deux théologiens en Révolution, Parole et Silence, Paris, 2011, p. 207, témoigne d’une « conscience exacte des enjeux ecclésiologiques » de la réforme. L’abbé Meyer la situe dans la lignée du gallicanisme modéré de Bossuet, qui admet le recours à Rome en temps de crise.
(8) Mgr de Boisgelin, Examen des principes sur la Constitution civile du clergé, Le Clère, Paris, 1801, p. 4-5.
(9) Ibid., p. 26.
(10) Ibid., p. 18.